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Texte à méditer :   Les hommes normaux ne savent pas que tout est possible.   David Rousset
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Hors des sentiers battus
Amour de Dieu, amour pour Dieu
 "Ayant égard maintenant à la nature de la loi divine, nous verrons :
    1° qu'elle est universelle, c'est-à-dire commune à tous les hommes, car nous l'avons déduite de la nature humaine prise dans son universalité ;
    2° qu'elle n'existe pas qu'on ait foi dans des récits historiques, quel qu'en soit le contenu. Puisqu'en en effet cette Loi divine naturelle se connaît par la seule considération de la nature humaine, il est certain que nous pouvons la concevoir également bien en Adam et en un autre homme quelconque […] Et la foi dans les récits historiques, alors même qu'elle envelopperait une certitude, ne peut nous donner la connaissance de Dieu, ni, conséquemment, l'amour de Dieu. L'amour de Dieu naît de sa connaissance et la connaissance de Dieu doit se puiser dans des notions communes, certaines et connues par elles-mêmes. Il s'en faut donc de beaucoup que la foi dans les récits historiques soit une condition sans laquelle nous ne puissions parvenir au souverain Bien. Toutefois, si la foi dans les récits historiques ne peut nous donner la connaissance de l'amour de Dieu, nous ne nions pas que la lecture n'en soit très utile en ce qui concerne la vie civile […]
    3° que cette loi divine naturelle n'exige pas de cérémonie rituelle, c'est-à-dire d'action qui en elle-même sont indifférentes et ne sont appelées bonnes qu'une vertu d'une institution, ou, si l'on préfère, n'exige pas d'action dont la justification surpasse l'humaine compréhension. La lumière naturelle en effet n'exige rien que n'atteigne cette lumière même...
    4° que la plus haute récompense de la loi divine consiste à connaître cette loi même, c'est-à-dire Dieu, et à l'aimer en êtres vraiment libres, d'une âme pure et constante, tandis que le châtiment est la privation de ces biens et la servitude de la chair, c'est-à-dire une âme inconstante et flottante."
 
Spinoza, Traité théologico-politique, 1670, Chapitre V, trad. Charles Appuhn, GF, p. 89-90.


  "Ce qui prouve de la manière la plus claire et la plus irréfutable que dans la religion l'homme s'intuitionne comme objet divin, comme fin divine, et donc que dans la religion, il ne se rapporte qu’à sa propre essence, qu'à lui-même, c'est l’amour que Dieu porte à l'homme, amour qui est le fondement et le centre de la religion. Dieu aliène sa divinité pour l'homme. C'est là que réside l'impression sublimante de l'incarnation ; l'Être Suprême, sans besoin, s'humilie, s'abaisse pour l'homme. C'est pourquoi ma propre essence se donne en Dieu comme objet de mon intuition ; j’ai une valeur pour Dieu ; la signification divine de mon être me devient manifeste. Comment peut-on exprimer avec plus de hauteur la valeur de l'homme, que là où Dieu devient homme à cause de l'homme, et là où l'homme est le but final, l'objet de l'amour divin ? L'amour de Dieu pour l'homme est une détermination essentielle de l'être divin : Dieu est un Dieu qui m'aime, qui aime l'homme en général. C'est là qu'est l'accent, c'est là l'émotion fondamentale de la religion. L'amour de Dieu me fait aimer. L'amour de Dieu pour l'homme est le fondement de l'amour de l'homme pour Dieu. L'amour de Dieu est la cause qui éveille l'amour humain : « Aimons-le puisqu'il nous a aimés le premier ». Qu’aimer en Dieu ? L'amour, mais l'amour pour l'homme ! Si j’aime et adore l'amour avec lequel Dieu aime l'homme, est-ce que je n'aime pas l'homme, mon amour pour Dieu n'est-il pas, même indirectement, amour pour l’homme ? L'homme n'est-il donc pas le contenu de Dieu, lorsque Dieu aime l'homme ? N'est-ce pas le plus profond de moi que j'aime. [...]
 Si Dieu aime l'homme, alors l'homme est le cœur de Dieu – le bien de l'homme, son affaire la plus intime. Si l'homme est l'objet de Dieu, n'est-il pas alors en Dieu, lui-même à lui-même objet ? Le contenu de l'être divin n'est-il pas l'être de l'homme, si Dieu est amour, l'homme étant le contenu essentiel de cet amour ? Fondement et centre de la religion, l'amour de Dieu pour l'homme n'est-il point l'amour de l'homme pour lui-même, objectivé, intuitionné comme la vérité suprême, comme l’être suprême de l’homme ?"
 
Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, 1841, trad. J.-P. Osier, Éd. Maspero, p. 181-182.

Date de création : 25/05/2012 @ 14:14
Dernière modification : 25/05/2012 @ 14:14
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