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Texte à méditer :  Je vois le bien, je l'approuve, et je fais le mal.  Ovide
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Figures philosophiques

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Qu'est-ce que la philosophie ?
 "J'aurais voulu […] expliquer ce que c'est que la philosophie, en commençant par les choses les plus vulgaires, comme sont : que ce mot « philosophie » signifie l'étude de la sagesse, et que par la sagesse on n'entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l'homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie, que pour la conservation de sa santé et l'invention de tous les arts ; et qu'afin que cette connaissance soit telle, il est nécessaire qu'elle soit déduite des premières causes, en sorte que, pour étudier à l'acquérir, ce qui se nomme proprement philosopher, il faut commencer par la recherche de ces premières causes, c'est-à-dire des principes ; et que ces principes doivent avoir deux conditions : l'une, qu'ils soient si clairs et si évidents que l'esprit humain ne puisse douter de leur vérité, lorsqu'il s'applique avec attention à les considérer ; l'autre, que ce soit d'eux que dépende la connaissance des autres choses, en sorte qu'ils puissent être connus sans elles, mais non pas réciproquement elles sans eux ; et qu'après cela il faut tâcher de déduire tellement de ces principes la connaissance des choses qui en dépendent, qu'il n’y ait rien en toute la suite des déductions qu'on en fait qui ne soit très manifeste. Il n'y a véritablement que Dieu seul qui soit parfaitement sage, c'est-à-dire qui ait l'entière connaissance de la vérité de toutes choses ; mais on peut dire que les hommes ont plus ou moins de sagesse à raison de ce qu’ils ont plus ou moins de connaissance des vérités plus importantes."
 
Descartes, Les principes de la philosophie, 1644, Première partie, Lettre de l'auteur à celui qui a traduit le livre, Vrin, 1993, p. 30.

 
 "Par PHILOSOPHIE, on entend la connaissance acquise par le raisonnement qui va de la façon dont une chose est engendrée jusqu'à ses propriétés, ou qui va des propriétés à quelque voie possible d'engendrement de cette chose, afin d'être capable de produire, aussi loin que le permettent le sujet et les forces humaines, les effets que requiert la vie humaine. Ainsi, le géomètre, par raisonnement, à partir de la construction de figures, découvre de nombreuses propriétés de ces figures, et, en partant des propriétés, de nouvelles façons de les construire, afin de pouvoir mesurer la terre et l'eau, et pour un nombre infini d'autres usages. De même, l'astronome, à partir du lever, du coucher, et du mouvement du soleil et des étoiles dans les différentes parties des cieux, découvre les causes du jour et de la nuit, et des différentes saisons de l'année, et de cette façon, il tient un calcul du temps ; et il en est de même dans les autres sciences.
 Par cette définition, il est évident que nous ne devons pas compter comme une part de la philosophie cette connaissance originaire appelée expérience, en laquelle consiste la prudence, parce qu'elle n'est pas obtenue par raisonnement, mais se trouve aussi bien chez les bêtes brutes que chez l'homme; et elle n'est que le souvenir de successions d'événements du passé, dans lequel l'omission d'une petite circonstance, altérant le raisonnement, déçoit l'attente du plus prudent, tandis que le raisonnement juste ne produit que la vérité générale, éternelle et immuable .
 Nous ne devons donc pas donner non plus ce nom à de fausses conclusions, car celui qui raisonne d'une façon juste avec les mots qu'il comprend ne peut jamais conclure par une erreur.
 Nous ne devons pas le donner non plus à ce qu'on sait par révélation surnaturelle, parce que cela n'est pas acquis par raisonnement.
 Nous ne devons pas le donner non plus à ce qui est obtenu par raisonnement à partir de l'autorité des livres, parce que ce n'est pas obtenu par un raisonnement qui va de la cause à l'effet, ou de l'effet à la cause, et ce n'est [donc] pas connaissance, mais foi."
 
Hobbes, Léviathan, 1651, Livre IV, § 46, Trad. Philippe Folliot.

 
 "La philosophie, - recherche... et découverte de la raison des choses... – (en comprenant dans choses toutes les manifestations de l'être humain), [...] n'est point la recherche, encore moins la découverte de leurs nature. [...] Ce que l'esprit voit des choses, ce sont leurs différences, espèces, séries et groupes, en un mot, leur raison [...] La philosophie porte sur des rapports. [...] La phénoménologie des choses et ses lois. [...]
Se rendre compte, en trois mots, de ce qui lui arrive au-dedans, qu'il observe ou exécute, au-dehors, dont ses sens et sa conscience lui rendent témoignage, voilà pour l'homme, ce qu'est philosopher.
Ainsi, le but de la philosophie est d'apprendre à l'homme à penser par lui-même, à raisonner avec méthode, à se faire des idées justes des choses, à formuler la vérité des jugements réguliers, le tout afin de diriger sa vie, de mériter par sa conduite l'estime de ses semblables et la sienne, et de s'assurer, avec la paix du coeur, le bien-être du corps et la sécurité de l'esprit. [...]
Un principe de garantie pour nos idées ; une règle pour nos actions ; comme conséquence de ce double critère et de l'accord de notre raison pratique avec notre raison spéculative, une synthèse de toutes nos connaissances et une conception suffisante de l'économie du monde et de notre destinée : voilà ce que nous doit la philosophie."
 
                        Proudhon, De la justice dans la révolution et dans l'Église, Philosophie Populaire, 1858.

 
 "La définition de la philosophie implique dans ces termes :
1° Quelqu'un qui cherche, observe, analyse, synthétise, et qu'on nomme le sujet ou moi ;
2° Quelque chose qui est observé, analysé, dont on cherche la raison et qui s'appelle l'objet ou non-moi.
Le premier, l'observateur, sujet, mois ou esprit, est actif ; le second, la chose observée, objet, non-moi, ou phénomène, est passif. Ne nous effrayons pas des mots ; cela veut dire que l'on est l'artisan de l'idée et que l'autre en fournit la matière. Point de statue sans statuaire... mais point de statue... sans marbre. Or il en est ainsi des idées. Supprimez l'un ou l'autre de ces deux principes, le sujet et l'objet, plus d'idée qui se forme, plus de savoir possible. […] Toute production artistique ou industrielle en est là. Ôtez l'ouvrier, vous resterez éternellement avec votre matière première. Ôtez à l'ouvrier ses matériaux […] et dites-lui de produire par sa pensée seule, il croira que vous vous moquez de lui."
 
Proudhon, De la justice dans la révolution et dans l'Église, Philosophie Populaire, 1858.

 
 "Qu'est-ce que cette philosophie, si universelle et qui se manifeste sous des formes si étranges ? Le mot grec « philosophe » (philosophos) est formé par opposition à sophos. Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui, possédant le savoir, se nomme savant. Ce sens persiste encore aujourd'hui : l'essence de la philosophie, c'est la recherche de la vérité, non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent, jusqu'à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formules, définitif, complet, transmissible par l'enseignement. Faire de la philosophie, c'est être en route. Les questions, en philosophie, sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question.
  Pourtant, cette marche en avant - qui est le sort de l'homme dans le temps - n'exclut pas la possibilité d'un profond apaisement, et même à certains instants suprêmes, d'une sorte d'achèvement. Celui-ci n'est jamais enfermé dans un savoir formulable, dans des énoncés ou des professions de foi ; il l'est dans la façon dont s'accomplit, au sein de l'histoire, la condition d'un être humain auquel se révèle l'être même. Conquérir cette réalité dans la situation donnée, toujours particulière, où l'on se trouve placé, tel est le sens de l'effort philosophique.
  Être en route et chercher, ou bien trouver la paix et l'achèvement d'un instant privilégié, ce ne sont pas là des définitions de la philosophie. La philosophie ne se situe ni au-dessus, ni à côté d'autre chose. Elle ne peut pas être dérivée. Toute philosophie se définit elle-même par sa réalisation. Ce qu'elle est, on ne peut le savoir que par l'expérience; alors on voit qu'elle est à la fois l'accomplissement de la pensée vivante et la réflexion de cette pensée, ou l'action et le commentaire de l'action. Seule l'expérience personnelle permet de percevoir ce qu'on peut trouver de philosophie dans le monde.
  Nous pouvons recourir à d'autres formules pour exprimer la signification de la philosophie. Aucune n'épuise cette signification et aucune ne s'avère la seule. Dans l'Antiquité, définissant la philosophie d'après son objet, on a dit qu'elle était connaissance des choses divines et humaines, ou de l'être en tant qu'être; la définissant d'après son but, on a dit qu'elle était apprendre à mourir, ou qu'elle était la conquête, par la pensée, du bonheur, ou de la ressemblance divine; la définissant enfin par ce qu'elle embrasse, on a dit qu'elle était le savoir de tout savoir, l'art de tous les arts, la science en général, qui ne se limite pas à tel ou tel domaine particulier.
  Aujourd'hui, si l'on essaie de parler du sens de la philosophie, on pourrait peut-être recourir aux formules suivantes : elle tend à apercevoir la réalité originelle ; à saisir la réalité par la manière dont je me comporte envers moi-même quand je pense et par mon activité intérieure; à ouvrir notre être aux profondeurs de l'englobant ; à assumer en une lutte fraternelle, quel que soit le sens de la vérité énoncée, le risque de la communication d'homme à homme ; à garder sa raison patiemment et inlassablement en éveil, même devant l'être le plus étranger, qui se ferme et se refuse.
  La philosophie est ce qui ramène au centre où l'homme devient lui-même en s'insérant dans la réalité."
 
 
Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, 1950, tr. fr. Jeanne Hersch, 10/18, 1981, p. 10-12.

 
 "Qu'est-ce que cette philosophie, si universelle et qui se manifeste sous des formes si étranges ?
 Le mot grec « philosophe » (philosophos) est formé par opposition à sophos. Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui, possédant le savoir, se nomme savant. Ce sens persiste encore aujourd'hui: l'essence de la philosophie, c'est la recherche de la vérité, non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent, jusqu'à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formules, définitif, complet, transmissible par l'enseignement. Faire de la philosophie, c'est être en route. Les questions, en philosophie, sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question.
 Pourtant, cette marche en avant qui est le sort de l'homme dans le temps n'exclut pas la possibilité d'un profond apaisement, et même, à certains instants suprêmes, d'une sorte d'achèvement. Celui-ci n'est jamais enfermé dans un savoir formulable, dans des énoncés ou des professions de foi ; il est dans la façon dont s'accomplit, au sein de l'histoire, la condition d'un être humain auquel se révèle l'être même. Conquérir cette réalité dans la situation donnée, toujours particulière, où l'on se trouve placé, tel est le sens de l'effort philosophique. Être en route et chercher, ou bien trouver la paix et l'achèvement d'un instant privilégié, ce ne sont pas là des définitions de' la philosophie. La philosophie ne se situe ni au-dessus, ni à côté d'autre chose. Elle ne peut pas être dérivée. Alors on voit qu'elle est à la fois l'accomplissement de la pensée vivante et la réflexion sur cette pensée, ou l'action et le commentaire de l'action. Seule l'expérience personnelle permet de percevoir ce qu'on peut trouver de philosophie dans le monde. Nous pouvons recourir à d'autres formules pour exprimer la signification de la philosophie. Aucune n'épuise cette signification et aucune ne s'avère la seule. Dans l'antiquité, définissant la philosophie d'après son objet, on a dit qu'elle était connaissance des choses divines et humaines, ou de l'être en tant qu'être; la définissant d'après son but, on a dit qu'elle était apprendre à mourir, ou qu'elle était la conquête, par la pensée, du bonheur, ou de la ressemblance divine; la définissant enfin par ce qu'elle embrasse, on a dit qu'elle était le savoir de tout les savoir, l'art de tous les arts, la science en général, qui ne se limite plus à tel ou tel domaine particulier.
 Aujourd'hui, si l'on essaie de parler du sens de la philosophie, on pourrait peut-être recourir aux formules suivantes: elle tend à apercevoir la réalité originelle; à saisir la réalité par la manière dont je me comporte envers moi-même quand je pense et par mon activité intérieure; à ouvrir notre être aux profondeurs de l'englobant ; à assumer en une lutte fraternelle, quel que soit le sens de la vérité énoncée, le risque de la communication d'homme à homme; à garder sa raison patiemment et inlassablement en éveil, même devant l'être le plus étranger, qui se ferme et se refuse.
 La philosophie est ce qui ramène au centre où l'homme devient lui-même en s'insérant dans la réalité.
 
 La philosophie, nous l'avons vu, peut atteindre tout homme, et même un enfant, sous la forme de quelques pensées simples et efficaces. Cependant, son élaboration est une tâche sans fin et sans -cesse recommencée qui s'accomplit toujours sous l'aspect d'un tout actualisé. C'est ainsi qu'elle apparaît dans les oeuvres des grands philosophes, et, comme un écho, dans celles des philosophes mineurs. Aussi longtemps que les hommes seront des hommes, la conscience de cette tâche, quelle que soit son apparence ne s'éteindra pas".
 
Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, 1950, tr. fr. Jeanne Hersch, 10/18, 1981, p. 10-12.
 

Date de création : 18/11/2012 @ 16:32
Dernière modification : 07/01/2015 @ 16:42
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