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Texte à méditer :   C'est croyable, parce que c'est stupide.   Tertullien
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Hors des sentiers battus
Droits et devoirs
 "[…] le devoir que j'ai de vous respecter est mon droit à votre respect, et réciproquement vos devoirs envers moi sont mes droits sur vous. Ni vous ni moi nous n'avons d'autre droit l'un sur l'autre que le devoir mutuel de nous respecter tous les deux. […] Qu'est-ce, en effet, on ne saurait trop se le répéter à soi-même et aux autres, qu'est-ce que mon droit à votre respect sinon le devoir que vous avez de me respecter parce que je suis un être libre ? Mais vous-même, vous êtes un être libre, et le fondement de mon droit et de votre devoir devient pour vous le fondement d'un droit égal, et en moi d'un devoir égal."
 
Victor Cousin, Justice et charité, Didot, 1849, p. 28.


  "Nos devoirs — ce sont les droits que les autres ont sur nous. Comment les ont-ils acquis ? Par le fait qu'ils nous considérèrent comme capables de conclure des engagements et de les tenir, qu'ils nous tinrent pour leurs égaux et leurs semblables, qu'en conséquence ils nous ont confié quelque chose, ils nous ont éduqués, instruits et soutenus. Nous remplissons notre devoir — c'est-à-dire que nous justifions cette idée de notre puissance, l'idée qui nous a valu tout le bien que l'on nous fait, nous rendons dans la mesure où l'on nous a donné. C'est donc notre fierté qui nous ordonne de faire notre devoir, — nous voulons rétablir notre autonomie, en opposant à ce que d'autres firent pour nous quelque chose que nous faisons pour eux, — car les autres ont empiété sur l'étendue de notre pouvoir et y laisseraient la main d'une façon durable, si par le « devoir » nous n'usions de représailles, c'est-à-dire si nous n'empiétions sur leur pouvoir à eux. Ce n'est que sur ce qui est en notre pouvoir que les droits des autres peuvent se rapporter ; ce serait déraisonnable de quelqu'un de nous demander quelque chose qui ne nous appartînt pas. Il faudrait dire plus exactement : seulement sur ce qu'ils croient être en notre pouvoir, en admettant que ce soit la même chose que ce que nous considérons nous-mêmes comme étant en notre pouvoir. La même erreur pourrait facilement se produire des deux côtés. Le sentiment du devoir exige que nous ayons sur l'étendue de notre pouvoir la même croyance que les autres ; c'est-à-dire que nous puissions promettre certaines choses, nous engager à les faire (« libre-arbitre »). — Mes droits : c'est là cette partie de mon pouvoir que les autres m'ont non seulement concédée, mais qu'ils veulent aussi maintenir pour moi. Comment y arrivent-ils ? D'une part, par leur sagesse, leur crainte et leur circonspection : soit qu'ils attendent de nous quelque chose de semblable (la protection de leurs droits), soit qu'ils considèrent une lutte avec nous comme dangereuse et inopportune, soit qu'ils voient dans chaque amoindrissement de notre force un désavantage pour eux-mêmes, puisque dans ce cas nous serions inaptes à une alliance avec eux contre une troisième puissance ennemie. D'autre part, par des donations et des cessions. Dans ce cas les autres ont suffisamment de pouvoir pour être à même d'en abandonner et pour pouvoir se porter garants de donation : ou bien il faut admettre un certain sentiment du pouvoir chez celui qui se laisse gratifier. C'est ainsi que se forment les droits : des degrés de pouvoir reconnus et garantis. Si des rapports de pouvoirs se déplacent d'une façon importante, des droits disparaissent et il s'en forme d'autres, — c'est ce que démontre le droit des peuples dans son va-et-vient incessant. Si notre pouvoir diminue beaucoup, le sentiment de ceux qui garantissaient jusqu'à présent notre droit se transforme : ils pèsent les raisons qu'ils avaient à nous accorder notre ancienne possession. Si cet examen n'est pas en notre faveur, ils nient dorénavant « nos droits ». De même, si notre pouvoir augmente d'une façon considérable, le sentiment de ceux qui le reconnaissaient jusqu'à présent et dont nous n'avons plus besoin se transforme : ils essayeront bien de réduire ce pouvoir à sa dimension première, ils voudront s'occuper de nos affaires en s'appuyant sur leur devoir, — mais ce ne sont là que paroles inutiles. Partout où règne le droit, on maintient un état et un certain degré de pouvoir, on repousse toute augmentation et toute diminution. Le droit des autres est une concession de notre sentiment du pouvoir, au sentiment du pouvoir des autres. Quand notre pouvoir se montre profondément ébranlé et brisé, nos droits cessent : par contre, quand nous sommes devenus beaucoup plus puissants, les droits des autres cessent pour nous d'être ce qu'ils ont été jusqu'à présent."

 

Nietzsche, Aurore, 1881, tr. fr. Henri Albert, Le Livre de Poche, 1995, p. 113-115.


Date de création : 03/05/2013 @ 13:59
Dernière modification : 26/12/2014 @ 17:40
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