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Texte à méditer :   Les vraies révolutions sont lentes et elles ne sont jamais sanglantes.   Jean Anouilh
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Hors des sentiers battus
Dieu

   "132. Bienheureux celui qui a acquis un trésor de divines pensées, malheureux celui qui n'a sur les dieux qu'une croyance ténébreuse.
  133. Il n'est pas possible de nous rapprocher de la divinité et la saisir par la vue ou de la toucher de la main, ce qui est la meilleure voie d'accès pour que la persuasion atteigne le coeur de l'homme.
  134. Dieu ne possède pas de corps pourvu d'une tête humaine ; il n'a pas de dos d'où partent, comme deux rameaux, deux bras ; il n'a ni pied, ni genoux agiles, ni membre viril couver de poils. Il est uniquement un esprit auguste et d'une puissance inexprimable dont la pensée rapide parcourt l'univers".

 

Empédocle, "La divinité est esprit", in Les penseurs grecs avant Socrate, p. 122-132.

 

    "Si quelqu'un compose un poème sur les malheurs de Niobé, des Pélopides, des Troyens , ou sur tout autre sujet semblable, il ne faut pas qu'il puisse dire que ces malheurs sont l'oeuvre de Dieu, ou, s'il le dit, il doit en rendre raison peu près comme, maintenant, nous cherchons à le faire. Il doit dire qu'en cela Dieu n'a rien fait que de juste et de bon, et que ceux qu'il a châtiés en ont tiré profit ; mais que les hommes punis aient été malheureux, et Dieu l'auteur de leurs maux, nous ne devons pas laisser le poète libre de le dire. Par contre, s'il affirme que les méchants avaient besoin de châtiment, étant malheureux, et que Dieu leur fit du bien en les punissant, nous devons le laisser libre. Dès lors, si l'on prétend que Dieu, qui est bon, est la cause des malheurs de quelqu'un, nous combattrons de tels propos de toutes nos forces, et nous ne permettrons pas qu'ils soient énoncés ou entendus, par les jeunes ou par les vieux, en vers ou en prose, dans une cité qui doit avoir de bonnes lois, parce qu'il serait impie de les émettre, et qu'ils ne sont ni à notre avantage ni d'accord entre eux... Voilà donc la première règle et le premier modèle auxquels on devra se conformer dans les discours et dans les compositions poétiques. Dieu n'est pas la cause de tout, mais seulement du bien."

 

Platon, La République, Livre II, 380a-380c.


 

 "Pense d'abord que le dieu est un être immortel et bienheureux, comme l'indique la notion commune de divinité, et ne lui attribue jamais aucun caractère opposé à son immortalité et à sa béatitude. Crois au contraire à tout ce qui peut lui conserver cette béatitude et cette immortalité. Les dieux existent, nous en avons une connaissance évidente. Mais leur nature n'est pas ce qu’un vain peuple pense. Celui qui nie les dieux de la foule n'est pas impie. L'impie est celui qui attribue aux dieux les caractères que leur prête la foule. Car ces opinions ne sont pas des intuitions, mais des imaginations mensongères. De là viennent pour les méchants les plus grands maux, et pour les bons, les plus grands biens. La foule, habituée à la notion particulière qu'elle a de la vertu, n'accepte que les dieux conformes à cette vertu, et croit faux tout ce qui en est différent".
 
Épicure, Lettre à Ménécée.

 

    "Aucune durée n'appartient à Dieu. – L’attribut principal qu’il faut considérer avant tous les autres est l’Éternité de Dieu par où nous expliquons sa durée ; ou plutôt, pour n’attribuer à Dieu aucune durée, nous disons qu’il est éternel. Car, ainsi que nous l’avons noté dans la première partie, la durée est une affection de l’existence, non de l’essence. Ainsi nous ne pouvons attribuer aucune durée à Dieu, son existence étant de son essence. Attribuer à Dieu la durée, c’est distinguer en effet son existence de son essence. Il y en a cependant qui demandent si Dieu n’a pas une existence plus longue maintenant que lorsqu’il a créé Adam et, cela leur paraissant assez clair, ils estiment ne devoir en aucune façon retirer à Dieu la Durée. Mais ils font une pétition de principe ; car ils supposent que l’essence de Dieu est distincte de son existence. Ils demandent, en effet, si Dieu qui a existé jusqu’à la création d’Adam n’a pas ajouté à son existence un nouvel espace de temps depuis Adam jusqu’à nous ; ils attribuent ainsi à Dieu une durée plus longue pour chaque jour écoulé, et supposent qu’il est continûment comme créé par lui-même. S’ils ne distinguaient pas l’existence de Dieu de son essence, ils ne lui attribueraient en aucune façon la durée, attendu que la durée ne peut du tout appartenir aux essences des choses. Personne ne dira jamais que l’essence du cercle ou du triangle, en tant qu’elle est une vérité éternelle, a duré un temps plus long maintenant qu’au temps d’Adam. De plus, comme la durée est dite plus grande et plus petite, c’est-à-dire qu’elle est conçue comme composée de parties, il s’ensuit clairement qu’aucune durée ne peut être attribuée à Dieu ; car, puisque son Être est éternel, c’est-à-dire qu’il ne peut y avoir en lui ni avant ni après, nous ne pouvons lui attribuer la durée sans détruire le concept vrai que nous avons de Dieu : en lui attribuant la durée, nous diviserions en effet en parties ce qui est infini de sa nature et ne peut être conçu autrement que comme infini".

 

Spinoza, Pensées métaphysiques, 1663, Partie II, Chapitre 1, trad. Charles Appuhn, GF, p. 357-358.


 

    "Puis donc que l'amour de Dieu est la suprême félicité et la béatitude de l'homme, la fin ultime et le but de toutes les actions humaines, celui-là seul suit la loi divine qui a souci d'aimer Dieu, non par crainte du supplice ni par amour d'une autre chose, telle que les plaisirs, le renom, etc., mais pour cette raison seulement qu'il connaît Dieu, autrement dit qu'il connaît que la connaissance et l'amour de Dieu est le souverain Bien. toute la loi divine donc se résume dans cet unique précepte : aimer Dieu comme un bien souverain ; et cela, nous l'avons dit, non par crainte d'un supplice ou d'un châtiment, ni par amour d'une autre chose de laquelle nous désirons du plaisir. La leçon contenue dans l'idée de Dieu, c'est en effet que Dieu est notre souverain Bien, autrement dit que la connaissance et l'amour de Dieu est la fin dernière à laquelle doivent tendre toutes nos actions. L'homme charnel toutefois ne peut connaître cette vérité, et elle lui paraît vaine parce qu'il a de Dieu une connaissance trop insuffisante, et aussi parce qu'il ne trouve dans ce souverain Bien rien qu'il puisse toucher ou manger ou qui affecte la chair, dont il recherche le plus les délices, puisque ce bien consiste dans la contemplations seule et dans la pensée pure".

 

 

Spinoza, Traité théologico-politique, 1670, Chapitre V, trad. Charles Appuhn, GF, p. 88-89.



  "L'idée même la plus parfaite que nous ayons de Dieu, n'est qu'une attribution des mêmes idées simples qui nous sont venues en réfléchissant sur ce que nous trouvons en nous-mêmes, et dont nous concevons que la possession nous communique plus de perfection, que nous n'en aurions si nous en étions privés ; ce n'est, dis-je, autre chose qu'une attribution de ces Idées simples à cet Etre suprême, dans un degré illimité. Ainsi après avoir acquis par la réflexion que nous faisons sur nous-mêmes, l'idée d'existence, de connaissance, de puissance et de plaisir, de chacune desquelles nous jugeons qu'il vaut mieux jouir que d'en être privé, et que nous sommes d'autant plus heureux que nous les possédons dans un plus haut degré, nous joignons toutes ces choses ensemble en attachant l'infinité à chacune en particulier, et par-là nous avons l'idée complexe d'un Etre éternel, omniscient, tout-puissant, infiniment sage, et infiniment heureux."

 

John Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain, 1689, Livre III, chapitre 6, § 11, tr. fr. Pierre Coste, Le Livre de Poche, 2009, p. 669-670.



    "Dieu est la première raison des choses : car celles qui sont bornées, comme tout ce que nous voyons et expérimentons, sont contingentes et n'ont rien en elles qui rende leur existence nécessaire, étant manifeste que le temps, l'espace et la matière, unies et uniformes en elles-mêmes et indifférentes à tout, pouvaient recevoir de tout autres mouvements et figures, et dans un autre ordre. Il faut donc chercher la raison de l'existence du monde, qui est l'assemblage entier des choses contingentes, et il faut la chercher dans la substance qui porte la raison de son existence avec elle,  et laquelle par conséquent est nécessaire et éternelle. Il faut aussi que cette cause soit intelligente ; car ce monde qui existe étant contingent, et une infinité d'autres mondes étant également possibles et également prétendant à l'existence, pour ainsi dire, aussi bien que lui, il faut que la cause du monde ait eu égard ou relation à tous ces mondes possibles, pour en déterminer un. Et cet égard ou rapport d'une substance existante à de simples possibilités ne peut être autre que l'entendement qui en a les idées ; et en déterminer une, ne peut être autre choses que l'acte de la volonté qui choisit. Et c'est la puissance de cette substance qui en rend la volonté efficace. La puissance va à l'être, la sagesse ou l'entendement au vrai, et la volonté au bien. Et cette cause intelligente doit être infinie de toutes les manières et absolument parfaite en puissance, en sagesse et en bonté puisqu'elle va à tout ce qui est possible. Et comme tout est lié, il n'y a pas lieu d'en admettre plus d'une. Son entendement est la source, des essences et sa volonté est l'origine des existences. Voilà en pou de mots la preuve d'un Dieu unique avec ses perfections, et par lui, l'origine des choses".
 
Leibniz, Essais de Théodicée, 1710, GF-Flammarion, 1969, p. 107-108.
 

 

    "Et ici donc vaut, sans aucune restriction, la proposition : l'objet de l'homme (dans la religion) n'est rien d'autre que son essence objective, elle-même. Telle est la pensée de l'homme, tels ses sentiments, tel son Dieu : autant de valeur possède l'homme, autant et pas plus, son Dieu. La conscience de Dieu est la conscience de soi de l'homme, la connaissance de Dieu est la connaissance de soi de l'homme. À partir de son Dieu tu connais l'homme, et inversement à partir de l'homme son Dieu : Dieu est l'intériorité manifeste, le soi exprimé de l'homme ; la religion est le solennel dévoilement des trésors cachés de l'homme, l'aveu de ses pensées les plus intimes, la confession publique de ses secrets d'amour.Mais si la religion, consciente de Dieu, est désignée comme étant la conscience de soi de l'homme, cela ne peut signifier que l'homme religieux a directement conscience du fait que sa conscience de Dieu est la conscience de soi de son essence, puisque c'est la carence de cette conscience qui précisément fonde l'essence particulière de la religion. Pour écarter ce malentendu, il vaut mieux dire : la religion est la première conscience de soi de l'homme, mais indirecte. Partout, par suite, la religion précède la philosophie, aussi bien dans l'histoire de l'humanité que dans l'histoire de l'individu. L'homme déplace d'abord à l'extérieur de soi sa propre essence avant de la trouver en lui. La religion est l'essence infantile de l'humanité".

 

 

Feuerbach, L'Essence du christianisme, 1841, Maspero.


 

    "Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu'une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute-bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d'une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l'existence du mal, et il n'en va de la sorte que s'il n'est pas tout-puissant. C'est alors seulement que nous pouvons maintenir qu'il est compréhensible et bon, malgré le mal qu'il y a dans le monde. Et comme de toute façon nous trouvions douteux en soi le concept de toute-puissance, c'est bien cet attribut là qui doit céder la place. […]

      […] étant donné les actes véritablement monstrueux et entièrement unilatéraux que les humains faits à son image commettent parfois envers d'autres humains sans la faute de ces derniers, on devrait s'attendre que le bon Dieu brise de temps en temps sa propre règle, l'extrême retenue de sa puissance, et qu'il intervienne par un miracle salvateur. Aucun de ces miracles salvateurs, pourtant, ne s'est produit ; pendant toutes les années qu'a duré la furie d'Auschwitz, Dieu s'est tu. Les miracles qui se produisirent virent seulement d'êtres humains : ce furent les actions de ces justes, isolés, inconnus parmi les nations, qui ne reculèrent pas même devant l'ultime sacrifice pour sauver Israël, pour adoucir son sort, voire, s'il ne pouvait en être autrement, pour le partager à cette occasion. […] Mais Dieu, lui, s'est tu. Et moi, je dis maintenant : s'il n'est pas intervenu, ce n'est point qu'il ne le voulait pas, mais parce qu'il ne le pouvait pas."

 

Hans Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz, 1984, tr. fr Philippe Ivernel, Rivages Poche / Petite Bibliothèque, 1994, p. 32-33 et p. 34.


 

    "La présentation du bouddhisme en Occident achoppe de manière saisissante sur la question de son rapport au divin. Le bouddhisme est en effet souvent décrit comme étant une religion athée, qui offrirait par là même une alternative à nos monothéismes, une simple morale. Les tenants d'une telle interprétation ne semblent nullement gênés par les grandes expositions régulièrement organisées où sont montrés des panthéons riches de multiples divinités et par les textes qui les évoquent, peu à peu traduits en français. Penser ainsi le bouddhisme comme athée est une vue de l'esprit qui provient d'une construction intellectuelle sans grand rapport avec la réalité de ce chemin spirituel. Une telle erreur repose cependant sur la position très subtile que le bouddhisme adopte par rapport au divin.
    L'existence d'un Dieu unique, créateur de la terre, du ciel et de toute chose, n'y trouve pas sa place. La conception religieuse comme détermination métaphysique d'un Dieu « volonté génératrice de toute existence et antérieure à toute existence » (Bakounine) lui est étrangère. En ce sens, les bouddhistes ne sont pas athées pour la raison très simple que l'idée de Dieu leur est inconcevable. Pour eux, un être personnel est forcément un individu ; il existe donc au milieu d'autres individus et dépend d'eux, comme ils dépendent de lui. L'absolu, s'il existe, ne peut pas être personnel. S'il l'était, il existerait dans cette situation d'interdépendance et, par là même, ne serait plus absolu.
    Le bouddhisme, ne connaissant pas le Dieu du monothéisme, est une tradition spirituelle non théiste, ce qui en constitue le caractère profondément unique. […]

    Une telle perspective transforme la compréhension habituelle d'une voie spirituelle, en ce qu'elle ne débouche pas sur la nécessité de croire en quoi que ce soit d'extérieur à nous, mais présente une discipline qui nous permet de nous ouvrir simplement à ce qui est. Autrement dit, le bouddhisme n'invite à nul désenchantements ni désacralisation du monde. Il inaugure, au contraire de ce que prétend la doxa, d'une manière unique, un rapport profond au divin, comme le visage toujours nouveau que nous présente l'éveil quand nous savons lui répondre."

 

 
Fabrice Midal, « La philosophie du bouddhisme », Nouvel Observateur hors série n° 50, avril-juin 2003, p. 8-9.
 
 

Date de création : 08/12/2005 @ 10:52
Dernière modification : 05/10/2016 @ 13:31
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