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Texte à méditer :   Un peuple civilisé ne mange pas les cadavres. Il mange les hommes vivants.   Curzio Malaparte
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Hors des sentiers battus
Toute connaissance scientifique est interprétation
  "Une formule générale peut s'appliquer à la connaissance que livrent les méthodes scientifiques : toute connaissance est une interprétation. L'interprétation des textes peut illustrer ce qui se passe lorsqu'on se fait une idée de l'être. Cette comparaison n'est pas un effet du hasard.
  En effet, nous ne saisissons l'être que par la signification. Quand nous le formulons, nous le saisissons dans la signification des mots prononcés ; et c'est seulement ce qui est capté par le langage que nous possédons sur le plan du savoir. Mais même avant que nous ayons parlé, dans ce langage que constitue déjà notre comportement pratique envers les choses, l'être est déjà là pour nous sous forme de signification ; il n'est jamais déterminé qu'en indiquant autre chose. Il n'y a de l'être pour nous que dans l'interdépendance de ses significations. L'être et la connaissance de l'être, la réalité et le langage dont nous nous servons pour parler d'elle, forment donc un réseau de significations diverses. Tout être est pour nous être-interprété.
 La signification implique qu'on distingue ce qui est de ce qui est signifié, comme on distingue du signe ce qu'il désigne. Si l'on conçoit l'être comme être-interprété, il faut de même, semble-t-il, établir une distinction : l'interprétation interprète quelque chose ; en face de notre interprétation, il y a ce qui est interprété, l'être lui-même. Mais on ne peut pas faire vraiment cette distinction. Car il n'y a rien pour nous qui résiste à l'analyse, rien qui soit purement connu, rien qui soit pur objet interprété sans être déjà en soi interprétation. Quoi que nous connaissions, ce n'est jamais qu'un faisceau lumineux projeté sur l'être par notre interprétation, ou bien la saisie d'une interprétation possible. L'être dans sa totalité doit être constitué de telle sorte qu'il nous rende possibles de telles interprétations à l'infini.
  Mais l'interprétation n'est pas arbitraire. Vraie, elle a un caractère objectif. L'être exige ces interprétations. Tous les modes de l'être sont bien pour nous des modes de la signification, mais pourtant aussi ceux d'une signification nécessaire. Ainsi la doctrine des catégories, qui est aussi celle des structures de l'être, esquisse le schéma des modalités de l'être en tant que modes de la signification : par exemple, les catégories de « l'objectif » telles qu'on les trouve dans l'identité, la relation, la causalité, ou bien celles de liberté, d'expression, etc.
  Tout être considéré dans sa signification devient pour nous comme un jeu de miroirs se multipliant dans toutes les directions.
  Les modes de la réalité positive, eux aussi, sont les modes d'une réalité interprétée. Il y a interprétation toutes les fois que la réalité interprétée n'est pas l'être en soi, mais une manière de nous le présenter. Il est impossible d'atteindre directement la réalité absolue par une interprétation. Nous faussons radicalement notre connaissance chaque fois que nous prenons le contenu d'une interprétation pour la réalité en soi."
 
Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, 1950, tr. fr. Jeanne Hersch, 10/18, 1981, p. 81-82.

Date de création : 23/06/2013 @ 17:37
Dernière modification : 23/06/2013 @ 17:37
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