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Texte à méditer :  Une vie sans examen ne mérite pas d'être vécue.  Socrate
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Hors des sentiers battus
La foi

   "Quand l'âme croit fermement la parole de Dieu, elle le tient pour véridique, juste et droit et lui rend par là le plus grand honneur que l'on puisse lui rendre, car elle lui donne alors raison, elle reconnaît qu'il a raison, elle honore son nom et le laisse agir sur elle comme il entend le faire, car elle ne doute pas qu'il soit juste et véridique dans toutes ses paroles. Inversement, on ne peut pas faire à Dieu de plus grave affront que de ne pas le croire ; en agissant de la sorte, l'âme le tient pour un être sur lequel on ne peut faire fond, pour un menteur sans scrupules, et, pour ce qui est d'elle, elle renie Dieu par un pareil manque de foi et, dans son cœur, elle dresse en face de Dieu, telle une idole, sa propre raison, comme si elle se prétendait plus savante que lui. Quand Dieu voit que l'âme reconnaît sa véracité et l'honore de sa foi, il l'honore en retour et la tient pour juste et véridique et elle est aussi juste et véridique du fait de cette foi, car il est conforme à la vérité et juste de reconnaître à Dieu l'esprit de vérité et de justice, et cela rend juste et véridique puisqu'il est véritable et juste de reconnaître à Dieu l'esprit de vérité. C'est ce que ne font pas ceux qui ne croient pas, quand bien même ils se multiplient et se dépensent en bonnes œuvres.
  Douzièmement. Non seulement la foi obtient que l'âme, à l'image de la parole divine, soit comblée de toutes les grâces, libre et bienheureuse, mais elle unit encore l'âme au Christ, comme une épouse est unie à l'époux. La conséquence de ce mariage est, comme dit saint Paul [Ephésiens 5, 30], que le Christ et l'âme ne font plus qu'une seule chair, les biens des deux conjoints sont aussi mis en commun, leur chance et leur malchance et toutes choses ; ce qu'a le Christ est la propriété de l'âme croyante, ce qu'a l'âme devient la propriété du Christ. Ainsi le Christ est possesseur de tout bien et de toute félicité, l'âme en a la propriété. Ainsi l'âme ne détient que mal et que péché : ils deviennent propriété du Christ. Alors s'instituent cette joute et cet échange joyeux : puisque le Christ, Dieu et homme, n'a encore jamais péché et que sa justice est invincible, éternelle et toute-puissante, il s'approprie les péchés de l'âme croyante, grâce à l'anneau nuptial de celle-ci (c'est-à-dire grâce à sa foi) et tout se passe comme s'il les avait commis, c'est-à-dire que les péchés doivent s'engloutir et se noyer en lui. Car aucun péché ne peut résister à la puissance invincible de ce juste ; ainsi l'âme est débarrassée et libérée de tous ses péchés par la seule grâce de son trésor nuptial, c'est-à-dire à cause de sa foi, et reçoit en présent du Christ, son époux, le don d'être éternellement juste. N'est-ce pas un heureux ménage qui se fonde, quand le fiancé riche, noble, juste, prend pour épouse la malheureuse et mauvaise petite prostituée que l'on méprise, la délivre de tout mal et l'orne de tout bien ? Ainsi il n'est pas possible que ses péchés la condamnent car ils reposent maintenant sur le Christ et sont engloutis en lui ; elle est en son époux si abondamment juste qu'elle est une fois encore capable de résister à tous les péchés quand même ils reposeraient sur elle. C'est ce que dit saint Paul (I Corinthiens, 15 [57]) : « Grâces soient rendues à Dieu qui nous a donné la victoire en Jésus-Christ en qui s'est engloutie la mort avec le péché. »

  Treizièmement. Mais vous voyez à présent pour quelles raisons à bon droit on attribue à la foi un pouvoir assez grand pour qu'elle puisse satisfaire aux exigences de tous les commandements et qu'elle nous justifie sans le concours d'aucune bonne œuvre. Car vous voyez à présent qu'elle satisfait aux exigences du premier commandement qui prescrit : « Tu honoreras un seul Dieu. » Quand vous ne seriez que bonnes œuvres des pieds à la tête, vous ne seriez quand même pas juste, vous n'honoreriez encore nullement Dieu et vous ne satisferiez pas aux exigences du tout premier d'entre les commandements. Car il n'est pas possible d'honorer Dieu sans lui reconnaître la véracité et toutes les qualités, comme il les possède d'ailleurs vraiment. C'est ce que ne fait aucune bonne œuvre, mais seule le fait la foi du cœur.
  Aussi est-ce en elle seule que l'homme devient juste et satisfait aux exigences de tous les commandements. Car celui qui satisfait aux exigences du premier et du plus important d'entre les commandements satisfera sûrement et aisément aux exigences de tous les autres commandements. Les œuvres, par contre, sont choses mortes, elles ne pourraient honorer ni louer Dieu, encore qu'on puisse y recourir et en user pour l'honneur et la gloire de Dieu, mais nous cherchons ici non pas celui qui est mis en action, comme sont les œuvres, mais celui qui agit par lui-même et le maître d'œuvre qui honore Dieu et accomplit les œuvres. Il n'est autre que la foi du cœur, principe et substance même de la justice, aussi répand-on une doctrine dangereuse et absurde quand on enseigne que c'est par les œuvres qu'il faut accomplir les commandements, alors qu'avant de pratiquer les œuvres, il faut satisfaire par la foi à ces exigences et les œuvres viendront après l'accomplissement des commandements, ainsi que nous l'apprendrons."

 

 Martin Luther, De la liberté du chrétien, 1520, Trad. Maurice Gravier, Paris, Aubier Montaigne, 1969, p. 56-60.

 

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Date de création : 28/10/2013 @ 10:23
Dernière modification : 28/10/2013 @ 13:05
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