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Texte à méditer :  Il n'est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon doigt.  David Hume
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Hors des sentiers battus
L'évolution de l'espace vécu avec l'âge

  "Même lorsque les possibilités physiques de la personne âgée restent élevées, la diminution de la sociabilité et les difficultés croissantes d'adaptation, phénomènes reconnus par les psychologues, affectent inéluctablement l'espace vécu. L'espace social se restreint par la disparition des contemporains, parents ou amis, l'altération des relations physiques ou morales avec les classes d'âge plus jeunes. La mort du conjoint conduit à la solitude. L'espace se désocialise. De plus, l'accès aux « coquilles » externes devient de plus en plus difficile, à cause de la dégradation des facultés d'adaptation. Le jeune homme saute dans le train en marche et descend avant l'arrêt. Il accompagne ou précède le mouvement, raccourcissant ainsi l'espace-temps. Dans le train, le couple de personnes âgées arrive bien avant l'heure du départ, a crainte de s'être trompé de ligne, vit dans l'angoisse du prochain arrêt, se prépare à descendre bien avant l'heure. Les distances-temps se compliquent, s'allongent, s'alourdissent. Aussi l'espace de la vieillesse se vit-il normalement comme un repli dont les étapes reconstituent à l'envers les conquêtes enfantines : de la région au quartier ou au village, de celui-ci au jardin ou au voisinage immédiat, de là à la chambre puis au fauteuil ou au grabat.
  Mais l'espace vécu subit aussi parallèlement de très profondes mutations psychologiques. L'espace immédiat s'alourdit de toutes les épaisseurs de l'habitude et, dans le prolongement de chaque geste, chaque objet se charge de valeurs exceptionnelles. La petite ville, le jardin ou la chambre, remarquablement connus jusqu'aux plus infimes détails, concentrent pour un temps tout l'intérêt du monde. La mémoire, même si elle s'affaiblit, joue relativement un rôle croissant jusqu'à se substituer aux perceptions. Les souvenirs de jeunesse doublent l'espace de vie par un espace mental où les lieux d'enfance, les déplacements d'adolescent, le grand jeu du service militaire, peuvent tenir la première place. Le passé vécu se substitue au présent d'une vie qui finit, notent les analystes. L'univers de la maison et de la chambre, l'espace vécu des dernières années, devient repli et souvenir. Les photographies, l'usure des choses, le vide des pièces évoquent un espace au passé, tandis que le présent désintéresse. Jusqu'à l'ultime rétraction."

 

Armand Frémont, La région, espace vécu, 1976, 2e édition, 1999, Champs essais, 2009, p. 73-75.

 

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Date de création : 05/01/2014 @ 17:10
Dernière modification : 05/01/2014 @ 17:10
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