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Texte à méditer :  Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger.   Terence
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Hors des sentiers battus
Le goût du luxe

  "Combien de mets ne sont recherchés que parce qu'ils sont coûteux ! Pendant des années les peuples civilisés dépensèrent une bonne partie de leur effort extérieur à se procurer des épices. On est stupéfait de voir que tel fut l'objet suprême de la navigation, alors si dangereuse ; que des milliers d'hommes y jouèrent leur vie ; que le courage, l'énergie et l'esprit d'aventure d'où sortit par accident la découverte de l'Amérique s'employèrent essentiellement à la poursuite du gingembre et du girofle, du poivre et de la cannelle. Qui se soucie des aromates si longtemps délicieux depuis qu'on peut les avoir pour quelques sous chez l'épicier du coin ? De telles constatations ont de quoi attrister le moraliste. Qu'on y réfléchisse pourtant, on y trouvera aussi des motifs d'espérer. Le besoin toujours croissant de bien-être, la soif d'amusement, le goût effréné du luxe, tout ce qui nous inspire une si grande inquiétude pour l'avenir de l'humanité parce qu'elle a l'air d'y trouver des satisfactions solides, tout cela apparaîtra comme un ballon qu'on remplit furieusement d'air et qui se dégonflera aussi tout d'un coup. Nous savons qu'une frénésie appelle la frénésie antagoniste. Plus particulièrement, la com­paraison des faits actuels à ceux d'autrefois nous invite à tenir pour transi­toires des goûts qui paraissent définitifs. Et puisque la possession d'une automobile est aujourd'hui pour tant d'hommes l'ambition suprême, reconnais­sons les services incomparables que rend l'automobile, admirons cette merveille de mécanique, souhaitons qu'elle se multiplie et se répande partout où l'on a besoin d'elle, mais disons-nous que, pour le simple agrément ou pour le plaisir de faire du luxe, elle pourrait ne plus être si désirée dans peu de temps d'ici, - sans toutefois être délaissée, nous l'espérons bien, comme le sont aujourd'hui le girofle et la cannelle."

 

Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, 1932, Chapitre IV, Alcan, p. 323-324.

 

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Date de création : 02/03/2014 @ 18:20
Dernière modification : 02/03/2014 @ 18:20
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