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Hors des sentiers battus
La hiérarchisation des sciences

  "La conception dominante aujourd'hui des relations entre les sciences de  la nature est essentiellement linéaire : même si l'on admet l'existence de plusieurs « niveaux » d'étude possibles (par exemple celui de l'atome, celui du noyau, celui des particules fondamentales), ceux-ci sont conçus comme ordonnés unidimensionnellement et n'entretenant l'un avec l'autre que des rapports d'inclusion plus ou moins complexes. Dès lors, la physique des particules apparaît comme l'étude du niveau le plus « profond » aujourd'hui accessible, sur la base de laquelle aborder l'étude des autres niveaux. On trouve au cœur même de l'organisation des diverses sciences physiques une hiérarchisation épistémologique bien définie, dont le caractère est pourtant fortement idéologique. En effet, même s'il est vrai que, par exemple, la physique nucléaire puisse en principe s'expliquer à partir de la physique des particules, cet « en principe » même manifeste l'impossibilité d'une totale réductibilité, et l'autonomie relative des champs d'étude ; de même la chimie ramenée « en principe » à physique atomique et moléculaire, n'en a pas moins perduré et gardé ses concepts et méthodes propres. D'ailleurs, la hiérarchie ordonne encore dans la représentation courante les diverses sciences de la nature : physique, chimie, biologie, géologie, etc. selon la vieille classification d'A. Comte. Les privilèges idéologiques de la physique en général s'expliquent ainsi comme ceux de sa branche la plus « avancée ». Mais l'étude de la nature ne se réduit pas à l'ouverture successive d'une série de poupées russes. Les relations entre disciplines scientifiques ne peuvent être uniquement spécifiées par le caractère plus ou moins « profond » des lois qu'elles établissent : l'emprunt mutuel de concepts, de techniques expérimentales, les rapports à leurs applications industrielles, leur poids philosophique, etc. obligent à une vision pluridimensionnelle. À titre d'exemple, si la physique des particules est théoriquement et « en principe » à la base de la physique nucléaire, de la physique atomique et moléculaire et donc de la physique de la matière condensée, on peut au contraire soutenir que cette dernière est pratiquement (en partie) à la base de la physique des particules qui expérimentalement fait grand usage de physique des solides pour ses détecteurs, bientôt de supra-conductivité pour ses aimants, etc. La domination implicite mais écrasante d'une hiérarchie unilatérale dans la conception courante des sciences physiques, basée sur les rapports théoriques entre ces sciences, reflète l'idéologie philosophique dominante de la société bourgeoise : elle explique pour partie le privilège conféré à la physique des particules. Pour quiconque en douterait, une enquête simple dans les milieux de la physique révélerait immédiatement le parallélisme entre cette hiérarchie des domaines et l'élitisme plus ou moins grand de leurs chercheurs."

 

Jean-Marc Lévy-Leblond, "Mais ta physique ?", in L'idéologie de/dans la science, Seuil, 1977, p. 118-119.

 

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Date de création : 26/05/2014 @ 13:25
Dernière modification : 26/05/2014 @ 13:25
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