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Hors des sentiers battus
Le corps humain est-il une machine ?

  "Qu'on m'accorde seulement que la matière organisée est douée d'un principe moteur, qui seul la différencie de celle qui ne l'est pas [...] et que tout dépend dans les animaux de la diversité de cette organisation, comme je l'ai assez prouvé ; c'en est assez pour deviner l'énigme des substances et celle de l'homme. On voit qu'il n'y en a qu'une dans l'univers, et que l'homme est la plus parfait. Il est au singe, aux animaux les plus spirituels, ce que la pendule planétaire de Huygens, est à une montre de Julien le Roi. S'il a fallu plus d'instruments, plus de rouages, plus de ressorts pour marquer les mouvements des planètes, que pour marquer les heures ou les répéter; s'il a fallu plus d'art à Vaucanson pour faire son flûteur, que pour son canard, il eût dû en employer encore davantage pour faire un parleur: machine qui ne peut plus être regardée comme impossible, surtout entre les mains d'un nouveau Prométhée. Il était donc de même nécessaire que la Nature employât plus d'art et d'appareil pour faire et entretenir une machine, qui pendant un siècle entier pût marquer tous les battements du cœur et de l'esprit;  car si on n'en voit pas au pouls les heures, c'est du moins le baromètre de la chaleur et de la vivacité, par laquelle on peut juger de la nature de l'âme. Je ne me trompe point; le corps humain est une horloge, mais immense, et construite avec tant d'artifice et d'habileté, que si la roue qui sert à marquer les secondes, vient à s'arrêter, celle des minutes tourne et va toujours son train; comme la roue des quarts continue de se mouvoir, et ainsi des autres, quand les premières, rouillées, ou dérangées par quelque cause que ce soit, ont interrompu leur marche [...] Phénomènes qui ne surprennent point les médecins éclairés. Ils savent à quoi s'en tenir sur la nature de l'homme, et pour le dire en passant, de deux médecins, le meilleur, celui qui mérité le plus de confiance, c'est toujours, à mon avis, celui qui est le plus versé dans la physique, ou la mécanique du corps humain, et qui laissant l'âme, et toutes les inquiétudes que cette chimère donne aux sots et aux ignorants, n'est occupé sérieusement que du pur naturalisme [...]
  Je crois que Descartes serait un Homme respectable à tous égards, si né dans un siècle qu'il n'eût pas dû éclairer, il eût connu le prix de l'expérience et de l'observation, et le danger de s'en écarter [...]

  Il est vrai que ce célèbre philosophe s'est beaucoup trompé, et personne n'en disconvient. Mais enfin il a connu la nature animale; il a le premier parfaitement démontre que les animaux étaient de pures machines. Or après une découverte de cette importance, et qui suppose autant de sagacité, le moyen sans ingratitude, de ne pas faire grâce à toutes ses erreurs !
  Elles sont à mes yeux toutes réparées par ce grand aveu. Car enfin, quoi qu'il chante sur la distinction des deux substances, il est visible que ce n'est qu'un tour d'adresse, une ruse de style, pour faire avaler aux théologiens un poison caché à l'ombre d'une analogie qui frappe tout le monde, et qu'eux seuls ne voient pas. Car c'est elle, c'est cette forte analogie, qui force tous les savants et les vrais juges d'avouer que ces êtres fiers et vains, plus distingués par leur orgueil, que par le nom d'hommes, quelque envie qu'ils aient de s'élever, ne sont au fond que des animaux, et des machines perpendiculairement rampantes.
  Être Machine, sentir, penser savoir distinguer le bien du mal, comme le bleu du jaune, en un mot être né avec de l'intelligence, et un instinct sûr de morale, et n'être qu'un animal, sont donc des choses qui ne sont pas plus contradictoires, qu'être un singe, ou un perroquet, et savoir se donner du plaisir."

 

Julien Offray De La Mettrie, L'homme-Machine, 1747, Folio essais, 1999, p. 203-207.

 

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Date de création : 13/09/2017 @ 12:20
Dernière modification : 13/09/2017 @ 12:20
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