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Hors des sentiers battus
Individualité et spécifité en histoire

  "Seule l'histoire ne peut vraiment pas prendre rang au milieu des autres sciences, car elle ne peut pas se prévaloir du même avantage que les autres : ce qui lui manque en effet, c'est le caractère fondamental de la science, la subordination des faits connus dont elle ne peut nous offrir que la simple coordination. Il n'y a donc pas de système en histoire, comme dans toute autre science. L'histoire est une connaissance, sans être une science, car nulle part elle ne connaît le particulier par le moyen de l'universel, mais elle doit saisir immédiatement le fait individuel, et, pour ainsi dire, elle est condamnée à ramper sur le terrain de l'expérience. Les sciences réelles au contraire planent plus haut, grâce aux vastes notions qu'elles ont acquises, et qui leur permettent de dominer le particulier, d'apercevoir, du moins dans de certaines limites, la possibilité des choses comprises dans leur domaine, de se rassurer enfin aussi contre les surprises de l'avenir. Les sciences, systèmes de concepts, ne parlent jamais que des genres : l'histoire ne traite que des individus. Elle serait donc une science des individus, ce qui implique contradiction. Il s'ensuit encore que les sciences parlent toutes de ce qui est toujours, tandis que l'histoire rapporte ce qui a été une seule fois et n'existe plus jamais ensuite. De plus, si l'histoire s'occupe exclusivement du particulier et de l'individuel, qui, de sa nature, est inépuisable, elle ne parviendra qu'à une demi-connaissance toujours imparfaite. Elle doit encore se résigner à ce que chaque jour nouveau, dans sa vulgaire monotonie, lui apprenne ce qu'elle ignorait entièrement".

 

Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, 1818, trad. A. Burdeau, P.U.F., 1966, p. 1179-1180.


 

  "L'histoire s'intéresse à des événements individualisés dont aucun ne fait pour elle double emploi, mais ce n'est pas leur individualité elle-même qui l'intéresse : elle cherche à les comprendre, c'est-à-dire à retrouver en eux une sorte de généralité ou plus précisément de spécificité ; il en est de même de l'histoire naturelle : sa curiosité est inépuisable, toutes les espèces comptent pour elle et aucune n'est de trop, mais elle ne se propose pas de faire jouir de leur singularité, à la manière des bestiaires chers au Moyen Âge où on lisait la description d'animaux nobles, beaux, étranges ou cruels. Nous venons de voir que, loin d'être rapport aux valeurs, l'histoire commence par une dévalorisation générale : Brigitte Bardot et Pompidou ne sont plus des individualités notoires, admirées ou désirées, mais les représentants de leur catégorie ; la première est une star, le second se partage entre l'espèce des professeurs qui se tournent vers la politique et l'espèce des chefs d'État. On est passé de la singularité individuelle à la spécificité, c'est-à-dire à l'individu comme intelligible (c'est pourquoi « spécifique » veut dire à la fois « général » et « particulier »). Tel est le sérieux de l'histoire : elle se propose de raconter les civilisations du passé et non de sauver la mémoire des individus ; elle n'est pas un immense recueil de biographies. Les vies de tous les tailleurs sous Frédéric-Guillaume se ressemblant beaucoup, ­elle les racontera en bloc parce qu'elle n'a aucune raison de se passionner pour l'un d'eux en particulier ; elle ne s'occupe pas des individus, mais de ce qu'ils offrent de spécifique, pour la bonne raison [qu'] il n'y a rien à dire de la singularité individuelle, qui peut seulement servir de support ineffable à la valorisation (« parce que c'était lui, parce que c'était moi »). Que l'individu soit premier grand rôle de l'histoire ou figurant parmi des millions d'autres, il ne compte historiquement que par sa spécificité."

 

Paul Veyne, Comment on écrit l'histoire, 1971, Points Histoire, 1979, p. 47-48.

 

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Date de création : 11/09/2018 @ 14:03
Dernière modification : 24/01/2026 @ 08:59
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