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Texte à méditer :  La solution du problème de la vie, c'est une manière de vivre qui fasse disparaître le problème.  Wittgenstein
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Hors des sentiers battus
Le désir comme manque

  "SOCRATE : Tout ce que je veux savoir, c’est si Eros éprouve ou non le désir de ce dont il est amour.
  AGATHON : Assurément, il en éprouve le désir.

  – Est-ce le fait de posséder ce qu’il désire et ce qu’il aime qui fait qu’il le désire et qu’il l’aime, ou le fait de ne pas le posséder ?
  – Le fait de ne pas le posséder, cela du moins est vraisemblable.
  – Examine donc si au lieu d’une vraisemblance il ne s’agit pas d’une nécessité : il y a désir de ce qui manque, et il n’y a pas désir de ce qui ne manque pas ? Il me semble à moi, Agathon, que cela est une nécessité qui crève les yeux ; que t’en semble-t-il ?
  – C’est bien ce qu’il me semble.
  – Tu dis vrai. Est-ce qu’un homme qui est grand souhaiterait être grand, est-ce qu’un homme qui est fort souhaiterait être fort ?
  – C’est impossible, suivant ce que nous venons d’admettre.
  – Cet homme ne saurait manquer de ces qualités, puisqu’il les possède.
  – Tu dis vrai.
  – Supposons en effet qu’un homme qui est fort souhaite être fort, qu’un homme qui est rapide souhaite être rapide, qu’un homme qui est en bonne santé souhaite être en bonne santé, car quelqu’un estimerait peut-être que, en ce qui concerne ces qualités et toutes celles qui ressortissent au même genre, les hommes qui sont tels et qui possèdent ces qualités, désirent encore les qualités qu’ils possèdent. C’est pour éviter de tomber dans cette erreur que je m’exprime comme je le fais. Si tu considères, Agathon, le cas de ces gens-là, il est forcé qu’ils possèdent présentement les qualités qu’ils possèdent, qu’ils le souhaitent ou non. En tout cas, on ne saurait désirer ce que précisément on possède. Mais supposons que quelqu’un nous dise : « Moi, qui suis en bonne santé, je n’en souhaite pas moins être en bonne santé, moi, qui suis riche, je n’en souhaite pas moins être riche ; cela même que je possède, je ne désire pas moins le posséder. » Nous lui ferions cette réponse : « Toi, bonhomme, qui es doté de richesse, de santé et de force, c’est pour l’avenir que tu souhaites en être doté, puisque, présentement en tout cas, bon gré mal gré, tu possèdes tout cela. Ainsi, lorsque tu dis éprouver le désir de ce que tu possèdes à présent, demande-toi si ces mots ne veulent pas tout simplement dire ceci : "Ce que j’ai à présent, je souhaite aussi l’avoir dans l’avenir." » Il en conviendrait, n’est-ce pas ? […] Dans ces conditions, aimer ce dont on n’est pas encore pourvu et qu’on ne possède pas, n’est-ce pas souhaiter que, dans l’avenir, ces choses-là nous soient conservées et nous restent présentes ?
  – Assurément.
  – Aussi l’homme qui est dans ce cas, et quiconque éprouve le désir de quelque chose, désire ce dont il ne dispose pas et ce qui n’est pas présent ; et ce qu’il n’a pas, ce qu’il n’est pas lui-même, ce dont il manque, tel est le genre de choses vers quoi vont son désir et son amour."

 

Platon, Le Banquet, 200a-200e, tr. Luc Brisson modifiée, GF, 2018, p. 132-134.


 

  "SOCRATE - Il nous faut encore au préalable voir ce qu’est le désir et où il naît.
  PROTARQUE - Faisons donc cet examen ; aussi bien nous n’avons rien à y perdre.

  SOCRATE - Nous y perdrons, au contraire, Protarque, et voici quoi : quand nous aurons trouvé ce que nous cherchons, nous perdrons l’embarras où nous sommes à cet égard.
  PROTARQUE - Bien riposté. Mais essayons de traiter la suite.
  SOCRATE - Eh bien, n’avons-nous pas dit tout à l’heure que la faim, la soif et beaucoup d’autres choses analogues sont des désirs ?
  PROTARQUE - Certainement.
  SOCRATE - Que voyons-nous d’identique dans ces affections si différentes, pour les désigner par un seul nom ?
  PROTARQUE - Par Zeus, cela ne doit pas être facile à expliquer ; il faut le faire pourtant.
  SOCRATE - Reprenons la chose de ce point, avec les mêmes exemples.
  PROTARQUE - De quel point ?
  SOCRATE - Toutes les fois que nous disons : « Il a soif », nous disons bien quelque chose.
  PROTARQUE - Bien sûr.
  SOCRATE - Cela revient à dire : « Il est vide ».
  PROTARQUE - Sans doute.
  SOCRATE - Or la soif n’est-elle pas un désir ?
  PROTARQUE - Oui, un désir de boire.
  SOCRATE - De boire et d’être rempli par la boisson.
  PROTARQUE - Oui, d’en être rempli, ce me semble.
  SOCRATE - Ainsi, quand l’un d’entre nous est vide, il désire, à ce qu’il paraît, le contraire de ce qu’il éprouve, puisque, étant vide, il désire être rempli.
  PROTARQUE - C’est parfaitement clair."

 

Platon, Philèbe, 34d-35a, tr. fr. Émile Chambry, GF, 1969, p. 311-313.



  "Le malaise détermine la volonté
  Revenons donc à notre recherche quant à ce qui, dans le champ de l'action, détermine la volonté. Après avoir réexaminé la question, je suis porté à croire que ce n'est pas, comme on le suppose ordinairement, le plus grand bien envisagé mais un malaise (souvent le plus pressant) auquel on est actuellement soumis; c'est ce qui successivement détermine la volonté et nous porte aux actions que nous faisons. Ce malaise, on peut le nom­mer d'après ce qu'il est : désir, malaise de l'esprit dû à un bien absent; toute douleur du corps quelle qu'elle soit, toute inquiétude de l'esprit, est un malaise, et il lui est toujours joint un désir égal à la douleur (ou malaise) ressentie, qui n'en est guère discernable. Car le désir n'étant que malaise par manque d'un bien absent, ce bien absent (par analogie à toute douleur ressentie) c'est d'être à l'aise ; et tant que cette aisance n'est pas atteinte, on peut appeler désir ce malaise – car personne ne ressent de douleur sans souhaiter en être délivré, avec un désir égal à la douleur et inséparable de lui.

  Le désir est malaise
  Outre le désir d'être délivré de la douleur, il en est aussi un autre, le désir d'un bien positif absent ; ici aussi le désir et le malaise sont égaux : autant l'on désire un bien absent, autant on vit douloureusement son absence. Pourtant un bien absent ne produit pas une douleur en rapport avec la grandeur qu'il a ou qu'il est censé avoir, alors que toute douleur produit un désir qui lui est égal; l'absence d'un bien n'est en effet pas toujours une douleur, alors que la présence d'une douleur l'est. Et donc on peut envisager un bien absent sans désir ; mais dans la mesure où quelque part il y a du désir, il y a malaise."

 

Locke, Essais sur l'entendement humain, 1690, Livre II, tr. fr. J.M. Vienne, Vrin, 2001, p. 397-398.
 

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Date de création : 06/12/2018 @ 08:46
Dernière modification : 16/09/2019 @ 08:12
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