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Texte à méditer :  Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes.  Heinrich Heine
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Hors des sentiers battus
La nostalgie

  "Sur un point au moins la nostalgie diffère du spleen, de l'angoisse ou de l'ennui : la nostalgie, elle, n'est pas une « algie » entièrement immotivée ni entièrement indéterminée. Ce « je-ne-sais-quoi » sait ou pressent quelque chose. Cette douleur sans rien d'endolori ne reste pas longtemps innommée… Cette algie-là peut dire de quoi elle souffre, de quoi elle est le mal : elle est le mal du pays ; elle dit elle-même sa raison déterminante, et elle la dit dans son complément déterminatif : « le mal du pays », toska po rodinié[1]. Voilà une toska qui a l'air de connaître la cause de la maladie ! Et non seulement le mal du pays localise l'origine de sa langueur, mais la nostalgie indique pour sa part le remède : le remède s'appelle le retour, nostos ; et il est, si l'on peut dire, à la portée de la main. Pour guérir, il n'y a qu'à rentrer chez soi. Le retour est le médicament de la nostalgie comme l'aspirine est le médicament de la migraine. Ithaque est pour Ulysse le nom de ce remède. C'est du moins ce que l'on croit…"

 

Vladimir Jankélévitch, L'irréversible et la nostalgie, 1974, Champs essais, 2011, p. 340.


[1] Toska po rodinié : expression russe qui désigne donc le mal du pays.



  "Nous avons besoin de distinguer la nostalgie de la mémoire rassurante des temps heureux, qui permet de relier le présent au passé, et d'offrir un sentiment de continuité. L'appel émotionnel aux souvenirs heureux n'est pas lié à la dépréciation du présent, typique de l'attitude nostalgique. La nostalgie renvoie au sentiment que le passé offrait des joies désormais inenvisageables. Les représentations nostalgiques du passé évoquent une époque à jamais révolue, et pour cette raison intemporelle et inchangée. La nostalgie, au sens strict du terme n'implique en rien l'exercice de la mémoire, puisque le passé qu'elle idéalise reste en dehors du temps, figé en une éternelle perfection. Il arrive que la mémoire idéalise le passé, mais pas pour condamner le présent. Elle tire espoir et réconfort du passé afin d'enrichir le présent, et de faire face avec courage à ce qui nous attend. Elle envisage le passé, le présent et le futur comme continus. Elle est moins préoccupée par la perte que par notre dette permanente à l'égard d'un passé dont l'influence formatrice persiste à vivre dans nos manières de parler, nos gestes, nos idées de l'honneur, nos attentes, notre disposition fondamentale à l'égard du monde qui nous entoure."

 

Christopher Lasch, Le Seul et vrai paradis, 1991, tr. fr. Frédéric Joly, Champs essais, 2006, p. 101-102.
 

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Date de création : 12/03/2019 @ 16:05
Dernière modification : 30/03/2019 @ 14:18
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