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Texte à méditer :  Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger.   Terence
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Hors des sentiers battus
Malheur de l'être désirant

  "Les riches qui possèdent de nombreux biens et propriétés ajoutent encore chaque jour champ à champ (Isaïe, V, 8) et élargissent les limites de ceux-ci avec une cupidité incroyable... Ceux qui habitent des maisons royales et de vastes palais ajoutent cependant, chaque jour, maison à maison, construis­ent ou démolissent, changent ce qui est carré en forme arrondie... Dès lors, faut-il s'étonner que celui qui ne peut s'arrêter, tant qu'il ne possède pas ce qu'il y a de plus grand et de plus excellent, ne soit jamais satisfait de ce qui est moins bon et moins élevé ? Mais c'est une sottise et le signe d'une extrême folie de désirer toujours ce qui jamais, je ne dis pas rassasie, mais amortit la convoitise : quoi qu'on ait obtenu, on n'en désire pas moins ce qu'on ne possède pas encore et toujours on s'inquiète à rechercher ce qui manque. Et il arrive ainsi que l'esprit vagabond parcoure les attraits variés et trompeurs du monde et se fatigue, par ce vain travail, sans jamais être rassasié."

 

Bernard de Clairvaux, De diligendo Deo [De l'amour de Dieu], 1126, VII, 18, c, 985c.


 

  "Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux. Et ceux qui font sur cela les philosophes et qui croient que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu'ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des misères qui nous en détournent, mais la chasse nous en garantit.
 
Et ainsi, quand on leur reproche que ce qu'ils recherchent avec tant d'ardeur ne saurait les satisfaire, s'ils répondaient comme ils devraient le faire s'ils y pensaient bien, qu'ils ne recherchent en cela qu'une occupation violente et impétueuse qui les détourne de penser à soi et que c'est pour cela qu'ils se proposent un objet attirant qui les charme et les attire avec ardeur, ils laisseraient leurs adversaires sans repartie... Mais ils ne répondent pas cela, parce qu'ils ne se connaissent pas eux‑mêmes. Ils ne savent pas que ce n'est que la chasse et non pas la prise qu'ils recherchent. […]
  Ils s'imaginent que s'ils avaient obtenu cette charge ils se reposeraient ensuite avec plaisir et ne sentent pas la nature insatiable de la cupidité. Ils croient chercher sincèrement le repos, et ne cherchent en effet que l'agitation. Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l'occupation au‑dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles. Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n'est en effet que dans le repos et non pas dans le tumulte. Et de ces deux instincts contraires il se forme en eux un projet confus qui se cache à leur vue dans le fond de leur âme, qui les porte à tendre au repos par l'agitation et à se figurer toujours que la satisfaction qu'ils n'ont point leur arrivera si, en surmontant quelques difficultés qu'ils envisagent, ils peuvent s'ouvrir par là la porte au repos.

  Ainsi s'écoule toute la vie, on cherche le repos en combattant quelques obstacles. Et si on les a surmontés, le repos devient insupportable par l'ennui qu'il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte. Car ou l'on pense aux misères qu'on a ou à celles qui nous menacent. Et quand on se verrait même assez à l'abri de toutes parts, l'ennui, de son autorité privée, ne laisserait pas de sortir du fond du cœur, où il a des racines naturelles, et de remplir l'esprit de son venin."

 

Pascal, Pensées, 1670, Brunschvicg 139, Lafuma 136, Livre de Poche, 1972, p. 68-70.


 

  "Entre les désirs et leurs réalisations s'écoule toute la vie humaine. le désir, de sa nature, est souffrance ; la satisfaction engendre bien vite la satiété ; le but était illusoire; la possession lui enlève son attrait; le désir renaît sous une forme nouvelle, et avec lui le besoin; sinon, c'est le dégoût, le vide, l'ennui, ennemis plus rudes encore que le besoin. Quant le désir et la satisfaction se suivent à des intervalles qui ne sont ni trop longs, ni trop courts, la souffrance, résultat commun de l'un et de l'autre, descend à son minimum; et c 'est là la plus heureuse vie. Car il est bien d'autres moments, qu'on nommerait les plus beaux de la vie, des joies qu'on appellerait les plus pures ; mais elles nous enlèvent au monde réel et nous transforment en spectateurs désintéressés de ce monde ; c'est la connaissance pure, pure de tout vouloir, la jouissance du beau, le vrai plaisir artistique ; encore ces joies, pour être senties, demandent-elles des aptitudes bien rares ; elles sont donc permises à bien peu, et, pour ceux-là même, elles sont comme un rêve qui passe; au reste, ils les doivent, ces joies, à une intelligence supérieure, qui les rend accessibles à bien des douleurs inconnues du vulgaire plus grossier, et fait d'eux, en somme, des solitaires au milieu d'une foule toute différente d'eux ; ainsi se rétablit l'équilibre. Quant à la grande majorité des hommes, les joies de la pure intelligence leur sont interdites, le plaisir de la connaissance désintéressés le dépasse ; ils sont réduits au simple vouloir."

 

Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, 1819, Livre IV, § 57, tr. fr. A. Burdeau revue par R. Roos, PUF Quadrige, 2003, p. 396-397.

 

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Date de création : 08/07/2019 @ 08:02
Dernière modification : 08/07/2019 @ 08:02
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