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Hors des sentiers battus
L'adaptation des animaux à leur milieu

   "On comprend facilement qu'un naturaliste qui aborde l'étude de l'origine des espèces et qui observe les affinités mutuelles des êtres organisés, leurs rapports embryologiques, leur distribution géographique, leur succession géologique et d'autres faits analogues, en arrive à la conclusion que les espèces n'ont pas été créées indépendamment les unes des autres, mais que, comme les variétés, elles descendent d'autres espèces. Toutefois, en admettant même que cette conclusion soit bien établie, elle serait peu satisfaisante jusqu'à ce qu'on ait pu prouver comment les innombrables espèces, habitant la terre, se sont modifiées de façon à acquérir cette perfection de forme et de coadaptation qui excite à si juste titre notre admiration. Les naturalistes assignent, comme seules causes possibles aux variations, les conditions extérieures, telles que le climat, l'alimentation, etc. Cela peut être vrai dans un sens très limité, comme nous le verrons plus tard ; mais il serait absurde d'attribuer aux seules conditions extérieures la conformation du pic-vert, par exemple, dont les pattes, la queue, le bec et la langue sont si admirablement adaptés pour aller saisir les insectes sous l'écorce des arbres. […]
  Il est donc de la plus haute importance d'élucider quels sont les moyens de modification et de coadaptation. […]
  Faut-il donc s'étonner, quand on voit que des variations utiles à l'homme se sont certainement produites, que d'autres variations, utiles à l'animal dans la grande et terrible bataille de la vie, se produisent dans le cours de nombreuses générations ? Si ce fait est admis, pouvons-nous douter (il faut toujours se rappeler qu'il naît beaucoup plus d'individus qu'il n'en peut vivre) que les individus possédant un avantage quelconque, quelque léger qu'il soit d'ailleurs, aient la meilleure chance de vivre et de se reproduire ? Nous pouvons être certains, d'autre part, que toute variation, si peu nuisible qu'elle soit à l'individu, entraîne forcément la disparition de celui-ci. J'ai donné le nom de sélection naturelle ou de persistance du plus apte à cette conservation des différences et des variations individuelles favorables et à cette élimination des variations nuisibles. Les variations insignifiantes, c'est-à-dire qui ne sont ni utiles ni nuisibles à l'individu, ne sont certainement pas affectées par la sélection naturelle et demeurent à l'état d'éléments variables, tels que peut-être ceux que nous remarquons chez certaines espèces polymorphes, ou finissent par se fixer, grâce à la nature de l'organisme et à celle des conditions d'existence."

 

Charles Darwin, L'Origine des espèces, 1859, Introduction et chapitre IV, tr. Fr. Edmond Barbier, GF, 1993, p. 47 et p. 130.


 

  "Le concept de la sélection naturelle est un mélange remarquable d'induction et de déduction. Darwin a basé sa théorie sur trois faits naturels observables, et deux déductions de ces faits.
  Le premier est la tendance de tout être organisé à se multiplier en proportion géométrique. Cette tendance tient à ce que la descendance, dans les premiers stades de son développement, est toujours plus nombreuse que les parents.

  Le second fait est qu'en dépit de cette tendance, les populations d'une espèce donnée demeurent plus ou moins constantes.
  Sa première déduction en découle : de ces deux faits Darwin tira la lutte pour l'existence, car puisque plus de jeunes sont produits que ceux qui peuvent vivre, une lutte pour la survivance doit exister.

  Le troisième fait naturel de Darwin est la variation. Tous les organismes varient de manière appréciable ; et la seconde déduction tirée de la déduction précédente et du troisième fait constitue la sélection naturelle. Comme il y a lutte pour l'existence parmi les individus, et comme ces individus ne sont pas tous semblables, quelques-unes des variations seront avantageuses dans la lutte pour l'existence, tandis que d'autres seront nocives. En conséquence, une plus grande proportion d'individus avec les variations favorables survivront en moyenne. Et comme beaucoup de variations sont transmises héréditairement, ces effets de survie différentielle peuvent s'accumuler de génération en génération.
  Ainsi la sélection naturelle agit constamment en améliorant et en maintenant l'ajustement des organismes à leur milieu."

 

Julian Huxley, Conférence prononcée au Palais de la Découverte, le 3 octobre 1945, in Théories de l'évolution, aspects historiques, 1990, Paris, Presses Pocket, p. 158-159.


 

  "Quand un comportement se trouve adapté à un élément correspondant du milieu de l'espèce, ce n'est jamais ni un fruit du hasard, ni une chose qui va de soi. L' « adaptation » est le processus qui modèle l'organisme de telle façon qu'il coïncide avec son milieu, au point que l'indi­vidu peut survivre. L'adaptation est toujours la preuve irréfutable que ce processus a eu lieu. Toutes les fois qu'un organisme se modèle sur son milieu, le processus en cours ressemble tout à fait à ce qui se passe quand, dans la structure organique, il se forme une image du milieu ; il est donc parfaite­ment correct de dire que l'organisme a acquis une information concernant son milieu.
  Cela ne peut se produire que de deux façons. La première est l'interaction entre l'organisme et son milieu. Dans ce processus, c'est l'espèce qui, au moyen de la mutation et de la sélection, produit l'adaptation qui permet la survivance. Toutes les structures et fonctions complexes des chromosomes, y compris la mutation et la reproduction sexuelle, sont un mécanisme créé au service de la fonction consistant à acquérir et à mettre en réserve des infor­mations sur le milieu. Il y a une grande analogie fonctionnelle entre l'acquisition de connaissances par tâtonnement et la façon dont une partie de la progéniture est risquée dans cette « expérience » qu'est la mutation, une partie prudemment propor­tionnée par un taux de mutation qui ne met pas en jeu la survie de l'espèce, donc la quantité d'in­formation déjà mise en réserve. Il est probable que l'une des principales fonctions de la reproduction sexuelle est de répandre rapidement, dans une popu­lation donnée, les informations nouvellement ac­quises.
  Campbell attire l'attention sur le fait que le pro­cessus par lequel une espèce obtient des renseigne­ments sur son milieu est pratiquement identique à celui de l'induction pure et simple, et qu'il lui manque la déduction qui guide l'expérimentation humaine. Les renseignements ainsi acquis sont « mémorisés» par les gènes ; c'est pourquoi cer­tains généticiens ont eu raison d'appeler ces der­niers « une source d'informations codées ».
  L'organisation qui produit tout cela doit évidem­ment être apparue sur notre planète à un stade très ancien de la vie. Nous savons que tous les animaux et végétaux supérieurs descendent d'organismes qui avaient déjà « inventé » un noyau à chromosomes accomplissant ces fonctions. À mesure que s'appro­fondit notre connaissance biochimique des processus analogues chez les organismes très inférieurs, bacté­ries et virus, nous sommes bien obligés de nous de­mander si l'origine de ces mécanismes d'acquisition de renseignements ne serait pas identique à l'origine de la vie elle-même.

  La seconde manière par laquelle des renseigne­ments sur le milieu peuvent être inscrits dans le système organique est l'interaction entre l'individu et ce qui l'entoure. Toutes les fois que l'organisme subit un stimulus provoquant une réaction, cela implique que l'animal reçoit des renseignements sur son milieu, même si ces renseignements déterminent simplement le moment et le lieu où un certain méca­nisme de comportement sera activé, mais sans produire aucune modification, aucune adaptation du mécanisme lui-même. Tous les « réflexes », processus déclencheurs, etc., ainsi que les réactions d'orienta­tion (ou tropismes), appartiennent à cette catégorie."

 

Konrad Lorenz, Évolution et modification du comportement, 1966, tr. fr. Laurent Jospin, Payot, 1990, p. 15-17.



  "Dans le maintien, la reproduction et la réalisation du cycle vital, les animaux doi­vent conserver de états d'équilibre face aux facteurs perturbateurs du milieu. Cha­que espèce y parvient plus facilement dans un habitat déterminé qui lui est caractéris­tique et dans lequel existent des conditions particulières de climat, de végétation, de protection, etc.
  La capacité à savoir choisir l'habitat adapté à ses besoins est une des caractéris­tiques du comportement qui contribue le plus à la survie d'une espèce. Cette apti­tude se maintient même dans de conditions artificielles. Ainsi, lorsqu'on offre, dans un laboratoire spécialement équipé, à des animaux de diverses espèces la possibi­lité de choisir dans une large gamme de températures et de degrés d'humidité, cha­cun se placera dans la zone qui présente les qualités optimales, c'est-à-dire celles qui lui sont caractéristiques dans l'état natu­rel. Ce choix est conditionné par les caractéristiques corporelles et physiologi­ques de chaque animal : la dimension cor­porelle et la surface de la peau déterminent la température externe la mieux adaptée pour la perte ou le gain de chaleur à tra­vers la peau.

  Dans le même ordre d'idée, la forme et la dimension du bec et des pattes des oiseaux le rendront plus ou moins apte à se nourrir de certaines proies, qu'ils devront donc rechercher dans la zone et l'habitat où ils abondent. Le choix de l'ha­bitat par les espèces d'oiseaux des forêts nord-américaines constitue un bon exemple. Ces petits oiseaux concentrent leurs activités dans les diverses parties des sapins, en usant de tactiques variées pour la recherche de nourriture. Chaque espèce se nourrit de ses aliments préférés, qu'elle trouve dans les divers secteurs d'un même arbre.
  Ces faits ont été confirmés par des expériences faites avec des mammifères particulièrement avec deux sous-espèces de souris américaines à pattes blanches, dont l'une vit de préférence dans les bois l'autre surtout dans les prairies. Si on leur donne l'occasion de choisir entre un milieu ­artificiel boisé (petits arbres plantés) ou composé de prairies (languettes de papier jetées sur le sol pour imiter l'herbe), les animaux de chaque sorte s'établissent dans l'habitat le plus semblable à celui qui con­vient à leur sous-espèce, même si toutes les souris sont nées dans un laboratoire et ont été élevées dans des conditions identiques.
  L'habitat dans lequel un animal se développe conditionne le type de nourri­ture qu'il peut obtenir. Les animaux sont généralement très spécialisés à cet égard et leur capacité sensorielle comme la struc­ture de leurs organes d'obtention et de capture de la nourriture s'accommodent exactement à leurs besoins alimentaires.
  Par exemple, si nous offrons des grai­nes de différentes couleurs à des poussins ou à des canetons qui n'ont pas eu l'occa­sion d'entrer en contact avec les aliments naturels de leurs espèces, nous constatons que les premiers mangent de préférence les graines de couleur orange, tandis que les seconds préfèrent les vertes. Ce choix est dû au fait que les poussins recherchent le graine dont la couleur ressemble le plus à celle des semences mûres, qui constitue­raient la majeure partie de leur alimenta­tion naturelle, tandis que les caneton prennent les plus semblables aux plante aquatiques portant les insectes dont ils s'a­limenteraient.
  L'obtention de la nourriture et les spé­cialisations corporelles utiles à cette acti­vité constituent deux aspects de grande importance dans les domaines de l'écologie et de l'éthologie.
  Parmi les premières observations systématiques réalisées dans ce domaine, il faut citer celles de Darwin sur les adaptations de la forme du bec des pinsons des Galapagos. Ces oiseaux ont une origine commune ; toutefois, en se spécialisant vers diverses formes de nourriture, ils se sont différenciés en variétés pourvues de becs bien distincts. Quelques-uns présentent une caractéristique inusitée : de même que les oiseaux-charpentiers, ils se nourrissent d'insectes extraits des fentes arbres ; comme ils n'ont pas la langue assez longue pour les en retirer, ils pratiquent d'abord un trou dans les arbres, puis prennent dans leur bec une épine de cactus ou un petit bout de bois qu'ils introduisent dans le trou afin de les déloger.
  Toutefois, l'emploi d'outils pour la chasse et l'obtention de la nourriture n'est pas particulier à ces oiseaux. Par exemple les ours polaires, pour chasser les morses utilisent de bloc de glace qu'ils laissent tomber sur leur proie pour le tuer.
  Les chimpanzés sont aussi capables d'utiliser des outils pour extraire de des fourmis ou des termites. Ils emploient à cet effet des petits bouts de bois et ils les « fabriquent » parfois aussi en coupant eux-mêmes de petites branches faciles à introduire dans les fourmilières ou les termitières."

 

Henri Tissot (dir.), Le Comportement animal, Bibliothèque Laffont des Grands Thèmes, 1975, p. 111-115.

 

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Date de création : 06/10/2020 @ 11:17
Dernière modification : 13/10/2020 @ 11:49
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