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Texte à méditer :  La solution du problème de la vie, c'est une manière de vivre qui fasse disparaître le problème.  Wittgenstein
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Hors des sentiers battus
L'animal et son territoire

  "D'après Rousseau, le bâtisseur de la première barrière fut le fondateur de la civilisation. Depuis H.E. Howard (1920) nous savons toutefois que beaucoup d'animaux défendent une certaine partie de leur domaine contre leurs semblables, et que, dans un certains sens, ils le délimitent d'une manière spécifique. Le territoire peut être la propriété d'un seul animal qui en repousse tous ses semblables ou seulement ses congénères du même sexe, mais il peut être aussi la propriété d'un petit groupe qui n'en éconduit que les membres étrangers au groupe.
  Éthologiquement un territoire est défini comme un espace dans lequel un animal ou un groupe domine généralement les autres, qui à leur tour peuvent devenir dominants ailleurs. La domination peut être exercée par différents moyens, par exemple menace, combat, chants territoriaux ou marquage chimique olfactif.

  Chez le hamster, le mâle et ra femelle sont des solitaires qui ne vivent ensemble qu'occasionnellement pendant ra saison de reproduction. Les femelles elles-mêmes ne vivent qu'un temps relativement réduit avec leurs petits. Chez beaucoup d'oiseaux, mais aussi chez quelques Mammifères, le couple défend son territoire, mais il existe également beaucoup d'animaux qui occupent un territoire en associations plus vastes : hardes, troupeaux ou grandes bandes, et le défendent contre les groupes étrangers. Il en est ainsi chez les loups, les hamadryas[1] et les rats, pour ne citer que quelques exemples. Les souris domestiques Mus musculus, les surmulots Rattus norvegicus et les rats noirs R. rattus, vivent dans des sociétés qui s'étendent au-delà de l'unité familiale, par le fait que les générations successives, restent ensemble. Ces animaux défendent en groupe leur territoire contre les étrangers d'autres groupes de leur espèce. […]
  Chez certains animaux la territorialité n'existe que pendant une certaine saison, chez les hirondelles et les étourneaux par exemple, à la saison des accouplements ; ensuite les oiseaux migrent en grands vols jusqu'à leur lieu d'hivernage. Là ils sont plus sociaux, évitant cependant des contacts trop étroits. Posés sur un hl électrique ils garderont une certaine distance entre eux. Il est évident que l'intolérance territoriale ne peut pas toujours être supprimée.
  Le comportement territorial assure un certain espace pour vivre ou un endroit de refuge, à un animal ou à un groupe d'animaux. Il est par exemple très important pour un passereau qu'aucun autre congénère ne couve dans les environs immédiats de son nid, car ce n'est que de cette façon qu'il peut trouver la quantité de nourriture nécessaire à sa nichée. Au-delà, s'impose la question de compétition pour les lieux de nidification ou de refuge. Par exemple les poissons-anémones ne défendent pas leurs anémones comme lieux de pâturage, mais comme endroit de refuge, et ceci est valable pour un bon nombre de poissons de récifs. Les animaux se répartissent plus régulièrement au travers du comportement territorial. Une pression est exercée sur les voisins, et en fin d'analyse cela sert finalement aussi à l'expansion de l'espèce. Finalement le résultat du comportement territorial est peut-être de prévenir la surexploitation d'un emplacement comme par exemple la surpâture. Ceci vaut aussi bien pour les individus, les couples ou les groupes plus importants qui s'opposent les uns les autres comme des unités intolérantes. Si des groupes se font pression les uns sur les autres, cela conduit également à la dispersion. Chez les singes en liberté, la territorialité du groupe est une caractéristique très fréquente, et l'analogie avec le comportement humain est frappante […] Les membres de différents groupes se menacent et se combattent entre eux, et il peut se déclarer de véritables batailles de groupes. […]
  Mâles et femelles peuvent participer de la même façon à la défense de leur territoire. Mais en premier lieu, c'est le plus souvent, et même exclusivement le mâle, qui possède le territoire. Ceci arrive le plus fréquemment pendant la période de reproduction, le reste du temps les animaux pouvant être relativement pacifiques. Ici I'objectif est la possession de la femelle. L'avantage sélectif de tels combats entre rivaux provient du fait que le plus fort, et par là le plus sain, arrive à procréer et, chez certains animaux, le plus fort assume le rôle de protecteur de la nichée. […]
  Pour éviter un malentendu, il doit être souligné que les espèces territoriales ne défendent pas toujours, contre leurs congénères, l'ensemble des lieux qu'ils visitent. De fait, une zone neutre peut exister dans un terrain qui est régulièrement fréquenté par un animal. Le lieu fréquenté mais non défendu par l'animal est appelé son domaine vital. Chez les otaries des Galapagos, Zalophus wollebaeki, les mâles défendent une certaine bande de rivage aussi bien aquatique que terrestre. Par contre en mer, les zones de pêche ne sont pas défendues. […] Parfois un animal défend l'ensemble de son domaine vital qui est alors petit et se confond avec le territoire. Le territoire n'est pas nécessairement une surface délimitée par des frontières rigides ; il peut s'agir aussi d'un système de cheminement avec quelques points fixes. Les surmulots ne poursuivent un congénère étranger qu'aux passages qu'ils ont marqués ; le rat noir par contre défend toute la surface qui est croisée par les chemins qui la sillonnent.
[…]
  Il est erroné de croire que les animaux territoriaux sont inlassablement en querelle avec leurs voisins. Les animaux en général, ne combattent que lors de l'établissement de leur territoire et, occasionnellement contre des étrangers, très rarement toutefois avec le voisin. Ils se connaissent et respectent mutuellement leur territoire. Ainsi, on n'observe chez l'otarie de Galapagos qu'une ébauche de combat entre deux voisins, mais de vives explications avec un intrus étranger.
  […] nous parlerons donc de territoire […] comme d'une surface sur laquelle un individu ou un groupe ne tolèrent pas des membres de leur même espèce, repoussant également tous les étrangers ou seulement ceux du même sexe. La propriété du territoire peut être limitée à des périodes de temps déterminées.
  Des marques naturelles sont souvent admises comme frontières de territoire. Chez l'épinoche on peut modifier expérimentalement les limites territoriales. Une touffe d'Elodea fraîchement plantée est aussitôt prise comme frontière par le poisson, même si elle réduit la dimension du territoire d'origine. […]
  Le lieu accaparé par un animal ou un troupeau est souvent délimité par un marquage particulier ; beaucoup de Mammifères font des marques odorantes, en déposant en des points déterminés autour du territoire, des sécrétions de glandes, des déjections, ou encore de l'urine. […]
  En dehors du marquage par les odeurs, il existe d'autres possibilités pour indiquer la propriété d'un territoire. On peut, par exemple, la proclamer par des appels ou des comportements très ostentatoires. Le mâle de l'otarie crie inlassablement pendant qu'il nage sans arrêt sur toute la longueur de sa partie de rivage. Aux frontières territoriales il grimpe de temps à autre sur la rive et crie vers le voisin qui réagit de la même manière  sans que pour cela il y ait combat. […] Les groupes de singes hurleurs Alouatta palliata marquent leur territoire par des concerts de cris, exécutés plus spécialement aux premières heures matinales. Enfin on connaît bien le chant territorial des passereaux.
  Beaucoup d'animaux paradent d'une manière fortement ostensible sur leur territoire et sont le plus souvent colorés de façon très voyante. Les exhibitions génitales de différents Primates, peuvent être interprétées comme un marquage visuel de territoire.
  La possession d'un territoire est souvent sous-jacente à l'apparition d'un comportement agressif. Les épinoches nagent en groupes paisibles sans livrée d'apparat jusqu'à ce qu'elles aient trouvé un endroit adéquat pour établir un territoire. Aussitôt qu'un poisson a trouvé un emplacement, son ventre devient rouge ; les autres mâles sont attaqués quand ils s'approchent trop près. Mais la disposition à l'attaque diminue avec l'éloignement de leur territoire […].
  Les individus les plus agressifs conquièrent, en général, des territoires mieux situés et plus vastes. […]
  Parfois les aires défendues sont très petites. Beaucoup d'oiseaux qui couvent en colonie, nichent exactement à la distance de becquetage des voisins.
  De nombreux animaux sont prêts à attaquer un congénère en dehors de leur territoire lorsqu'ils s'approchent de trop près. Ils semblent être entourés par un petit espace inviolable.  La « distance individuelle » lorsqu'elle est franchie par un individu de même espèce déclenchera un combat [...]."

 

Irenäus Eibl-Eibesfeldt, Éthologie, biologie du comportement, 3e édition, 1984, tr. fr. A. Lehmann et R.G. Busnel, Ophrys, p. 400-409.


[1] Le Babouin hamadryas (Papio hamadryas), ou hamadryas, est un babouin des régions arides qui se rencontre de part et d'autre de la mer Rouge et dans la Corne de l'Afrique ([Djibouti, Éthiopie, Érythrée Somalie).

 

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Date de création : 16/10/2020 @ 08:22
Dernière modification : 16/10/2020 @ 08:22
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