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Texte à méditer :   Là où se lève l'aube du bien, des enfants et des vieillards périssent, le sang coule.   Vassili Grossman
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Hors des sentiers battus
L'intérêt de l'étude des animaux

  "En toutes les parties de la Nature il y a des merveilles ; on dit qu'Héraclite, à des visiteurs étrangers qui, l'ayant trouvé se chauffant au feu de sa cuisine, hésitaient à entrer, fit cette remarque : « Entrez, il y a des dieux aussi dans la cuisine. » Eh bien, de même, entrons sans dégoût dans l'étude de chaque espèce animale : en chacune, il y a de la nature et de la beauté. Ce n'est pas le hasard, mais la finalité qui règne dans les œuvres de la nature, et à un haut degré ; or, la finalité qui régit la constitution ou la production d'un être est précisément ce qui donne lieu à la beauté.
  Et si quelqu'un trouvait méprisable l'étude des autres animaux, il lui faudrait aussi se mépriser lui-même, car ce n'est pas sans avoir à vaincre une grande répugnance qu'on peut saisir de quoi se compose le genre Homme, sang, chair, os, veines, et autres parties comme celles-là.

  De même, quand on traite d'une partie ou d'un organe quelconques, il faut garder dans l'esprit qu'on ne doit pas seulement faire mention de la matière et voir là le but de la recherche, mais qu'on doit s'attacher à la forme totale ; ainsi considère-t-on une maison tout entière et non pas seulement les briques, le mortier, les bois. Pareillement, dans l'étude de la Nature, c'est la synthèse, la substance intégrale qui importent, et non des éléments qui ne se rencontrent pas séparés de ce qui fait leur substance."

 

Aristote, Les Parties des Animaux, I, 5, 645a 16-36, tr. fr. Pierre Louis, Les Belles Lettres.



  "Celui qui connaît bien la langue des pays et des peuples qu'il visite s'en trouvera mieux et obtiendra plus que celui qui ne la connaîtrait pas. Il en est de même de rapport existant entre l'apiculteur et ses colonies : la connaissance de la « langue » des abeilles lui permet de les faire mieux servir ses desseins.
  Une fois qu'arrive l'été, le temps des grosses récoltes est passé. Il y a bien encore de nombreuses plantes qui fleu­rissent, mais les sources de nectar ne coulent plus aussi abondamment que quelques semaines auparavant. L'apicul­teur averti sait qu'à ce moment, dans beaucoup de prairies, les cirses, ces grands chardons, dressent vers le ciel par centaines de milliers leurs têtes enveloppées dans un invo­lucre vert, et qu'ils peuvent lui rapporter encore maintes livres de miel. Mais les abeilles ne font plus preuve d'autant de suite dans leur activité. Ce sont surtout des bourdons que l'on voit s'affairer autour des cirses. Ils ont l'avantage d'avoir une plus longue trompe que les abeilles, et d'ail­leurs celles-ci ne trouvent pas assez de nectar dans ces fleurs pour danser et demander du renfort lors de leur retour à la ruche. L'éleveur s'en rend compte, non sans déplaisir. Comment faire comprendre aux ouvrières qu'elles ne devraient pas rester à la ruche sans rien faire et que cela vaudrait quand même la peine d'aller chercher ce qu'il y a dans les fleurs de cirse ?
  Il peut pourtant le leur dire, s'il s'entend à leur parler. Pour cela, il lui suffit d'attirer avec du miel et de l'eau sucrée quelques abeilles de ses ruches vers un bouquet de cirses et de les y nourrir en l'arrosant de liqueur sucrée ; elles danseront, alors, et le parfum qu'elles emportent révé­lera la provenant de leur butin et le but que visent leurs appels pressant. Leurs congénères s'envolent bientôt et se mettent à la recherche du parfum de cirse, si prometteur. Le nombre de visites que les abeilles font à ces fleurs s'en trouve multiplié un grand nombre de fois.
  Dans la pratique, le procédé a subi diverses modifications et simplification. Au lieu de faire manger les abeilles sur des fleurs de cirse, on peut très bien leur présenter, dans la ruche, une solution sucrée qui en ait l'odeur. Pour cela, il suffit de plonger les fleurs dans de l'eau sucrée, et de les y laisser quelques heures. Quant aux fleurs dont le par­fum se modifient par le séjour dans l'eau sucrée et ne répondrait donc plus à ce qu'on attend de lui, on les fait sécher, puis on les met, avec de l'eau sucrée, dans une petite boîte que l'on place alors devant le trou de vol de la ruche. De cette façon, des apiculteurs au courant du progrès purent obtenir sans grand effort d'importantes récoltes de miel provenant de cirses ou d'autres plante, alors que leurs voisins restaient les mains vides.
  Il n'est pas rare non plus que l'agriculteur soit désireux d'attirer les abeilles ver une plante donnée, pour en amé­liorer la pollinisation et en augmenter le nombre de graines.  Ainsi, pour le trèfle incarnat, l'une de nos plantes fourragères les plus importantes, l'obtention des graines nécessaires à la culture est difficile et incertaine. Le nectar de ces fleurs à bourdons n'est pas facilement accessible aux abeilles, dont la trompe est trop courte pour pénétrer jusqu'au fond des fleurons. Là où l'on cultive des champs entiers de trèfle, il y a trop peu de bourdons pour en polliniser toutes les fleurs. Les abeilles, elles, ne volent pas volontiers vers ces champs qui ne leur rapportent pas grand-chose, et elles se tournent de préférence vers de meilleures sources. Le résultat, c'est que la récolte de graines est mauvaise, à moins que – ce qui arrive rarement – le trèfle incarnat ne sécrète un nectar extrêmement abondant, qui lui attire la visite d'un plus grand nombre d'abeilles. Il y a cependant moyen de remédier à cette situation malencontreuse. On installe des ruches près des champs de trèfle et on sensibilise les abeilles à l'odeur du trèfle, de la façon que nous avons indiquée. Le nombre des abeilles qui butinent le trèfle s'en trouve augmenté au point que la récolte de graines s'accroît de 40 % en moyenne. Dans les régions où pousse le trèfle incarnat, le fait qu'on puisse désormais compter sur son rendement en semences a suscité chez les grainetiers expérimentés un vif intérêt pour ce procédé de « direction par le parfum ». Si celui-ci n'est encore appliqué qu'en peu d'endroits, il est pourtant certain qu'il prendra bientôt une plus grande extension là où on est contraint d'exploiter à fond le sol. En effet, la peine modique qu'il faut se donner pour exhorter les abeilles au travail dans leur propre « langue », aide en fin de compte l'apiculteur à remplir ses pots à miel et fait réaliser un gain important à l'agriculteur."

 

Karl Von Frisch, Vie et moeurs des abeilles, 1927, tr. fr. André Dalcq, Albin Michel, 1984, p. 196-198.


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Date de création : 08/12/2020 @ 12:16
Dernière modification : 08/12/2020 @ 13:21
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