* *

Texte à méditer :   Le progrès consiste à rétrograder, à comprendre [...] qu'il n'y avait rien à comprendre, qu'il y avait peut-être à agir.   Paul Valéry
* *
Figures philosophiques

Espace élèves

Fermer Cours

Fermer Méthodologie

Fermer Classes préparatoires

Espace enseignants

Fermer Sujets de dissertation et textes

Fermer Elaboration des cours

Fermer Exercices philosophiques

Fermer Auteurs et oeuvres

Fermer Méthodologie

Fermer Ressources en ligne

Fermer Agrégation interne

Hors des sentiers battus
Suspendre son jugement

  "Dieu aurait pu faire aisément que, tout en demeurant libre et d'une connaissance finie, je ne fisse jamais d'erreur : s'il avait donné à mon entendement la claire et distincte perception de tout ce dont j'aurais jamais à délibérer, ou seulement s'il avait imprimé en ma mémoire, si fortement que je ne pusse jamais l'oublier, qu'il ne faut jamais juger d'aucune chose sans en avoir une claire et distincte intellection. Je reconnais sans peine que j'aurais été, en tant que j'ai le statut d'un tout, plus parfait que je ne suis en réalité, si j'avais été fait tel par Dieu. […] Et même, en outre, si je ne peux me garder des erreurs par le premier moyen qui dépend de la perception évidente de tout ce dont il faut délibérer, je le peux toutefois par le second, qui dépend d'une seule condition : que je me rappelle, chaque fois que la lumière n'est pas faite sur la vérité, qu'il faut se garder de porter un jugement. Car, bien que j'expérimente en moi cette faiblesse de ne pouvoir être continuellement fixé et attaché à un seule et même connaissance, je peux toutefois, par une méditation attentive et assez souvent réitérée, faire en sorte de me rappeler cette condition, chaque qu'il en sera besoin, et d'acquérir ainsi une certaine disposition à ne point me tromper."

 

René Descartes, Méditations métaphysiques, 1641, Quatrième méditation, tr. fr. Michel Beyssade, Le Livre de Poche, 1993, p. 169-171.


 

  "Touchant les choses que la volonté peut embrasser, j'ai toujours mis une très grande distinction entre l'usage de la vie et la contemplation de la vérité. Car, pour ce qui regarde l'usage de la vie, tant s'en faut que je pense qu'il ne faille suivre que les choses que nous connaissons très clairement, qu'au contraire je tiens qu'il ne faut pas même toujours attendre les plus vraisemblables, mais qu'il faut quelquefois, entre plusieurs choses tout-à-fait inconnues et incertaines, en choisir une et s'y déterminer, et après cela s'y arrêter aussi fermement, tant que nous ne voyons point de raisons au contraire, que si nous l'avions choisie pour des raisons certaines et très évidentes, ainsi que j'ai déjà expliqué dans le discours de la Méthode. Mais où il ne s'agit que de la contemplation de la vérité, qui a jamais nié qu'il faille suspendre son jugement à l'égard des choses obscures, et qui ne sont pas assez distinctement connues ?"

 

René Descartes, Réponse aux secondes objections, Œuvres et lettres, Pléiade, 1949, p. 273.


 

  "Mais ce qu'on peut toujours faire en telle occasion, et que je pense pouvoir mettre ici comme le remède le plus général et le plus aisé à pratiquer contre tous les excès des passions, c'est que, lorsqu'on se sent le sang ainsi ému, on doit être averti et se souvenir que tout ce qui se présente à l'imagination tend à tromper l'âme et à lui faire paraître les raisons qui servent à persuader l'objet de sa passion beaucoup plus fortes qu'elles ne sont, et celles qui servent à la dissuader beaucoup plus faibles. Et lorsque la passion ne persuade que des choses dont l'exécution souffre quelque délai, il faut s'abstenir d'en porter sur l'heure aucun jugement, et se divertir par d'autres pensées jusqu'à ce que le temps et le repos aient entièrement apaisé l'émotion qui est dans le sang. Et enfin, lorsqu'elle incite à des actions touchant lesquelles il est nécessaire qu'on prenne résolution sur-le-champ, il faut que la volonté se porte principalement à considérer et à suivre les raisons qui sont contraires à celles que la passion représente, encore qu'elles paraissent moins fortes."

 

René Descartes, Les Passions de l'âme, 1649, 3e partie, article 211, GF, 1996, p. 228-229.

 

Retour au menu sur juger

 


Date de création : 06/12/2025 @ 12:45
Dernière modification : 06/12/2025 @ 12:45
Catégorie :
Page lue 156 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article

Recherche



Un peu de musique
Contact - Infos
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

^ Haut ^