"Autrefois, l'hérétique était entendu attentivement. S'il donnait satisfaction, on l'absolvait, s'il s'entêtait après avoir été convaincu d'hérésie, la peine suprême était pour lui l'exclusion de la communion ecclésiastique. Maintenant, le crime d'hérésie a changé de caractère ; pour n'importe quelle raison futile, on a tout de suite à la bouche : « C'est une hérésie ! c'est une hérésie ! » Autrefois, on regardait comme hérétique celui qui s'écartait de l'Évangile, des articles de foi ou de ce qui avait une autorité analogue. Maintenant, si quelqu'un s'écarte tant soit peu de saint Thomas, c'est un hérétique, ou m ê m e si quelqu'un marque son désaccord avec la fausse théorie de quelque sophiste de l'École de fraîche invention, c'est un hérétique. Tout ce qui ne plaît pas, tout ce qu'on ne comprend pas, c'est une hérésie. Savoir le grec, c'est une hérésie. Parler un langage châtié, c'est une hérésie [...] J'avoue que c'est une grave accusation que celle de vicier la foi, mais il ne faut pas cependant faire de tout une question de foi."
Érasme de Rotterdam, Lettre à Albert de Brandenbourg, 1519.
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