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Hors des sentiers battus
Politique et non-violence

  "Ce n'est pas par la contrainte qu'une personne ou une société peut devenir non violente.
  La non-violence procède d'une manière extrêmement mystérieuse. Souvent, les actes d'un homme défient toute analyse en termes de non– violence. Non moins souvent, ses actes peuvent avoir l'apparence de la violence, alors même qu'il est absolument non violent au sens le plus élevé du terme; et tôt ou tard, on peut en avoir la confirmation. Il en va de même à propos de ma conduite dans les exemples cités plus haut. J'ai chaque fois agi dans l'intérêt de la non-violence, sans avoir d'autres idées derrière la tête ni m'être livré à de sordides calculs pour en faire profiter mon pays. Je ne crois pas qu'on puisse faire avancer la cause nationale ou toute autre cause en portant préjudice à d'autres intérêts.

  Je ne chercherai pas à défendre davantage ma thèse. Car, même en exploitant toutes les possibilités du langage, on ne peut pas exprimer toute la complexité d'une pensée. Pour moi, la non-violence ne se ramène pas à un simple principe d'ordre philosophique. Elle règle toute ma vie. Elle en est le souffle. Je sais bien que souvent je ne suis pas à la hauteur de cette règle de vie. Si j'échoue, c'est parfois en connaissance de cause, mais plus souvent en toute ignorance. C'est une question de cœur et non d'intelligence. Pour ne jamais s'égarer sur cette voie de la non-violence, il faut constamment s'en remettre à Dieu, être toujours prêt à faire abnégation de soi et avoir la plus grande humilité. Pour pratiquer la non-violence, il faut être intrépide et avoir un courage à toute épreuve. J'ai conscience de mes manques et ils me navrent.
  Mais la Lumière qui demeure en moi brille de tout son éclat et n'est jamais défaillante. Il n'y a pas d'issue possible en dehors de la vérité et de la non-violence. Je sais que la guerre est un mal, un crime sans excuses. Je sais également qu'il faut tout mettre en œuvre pour que ce fléau ne revienne plus jamais. Je suis persuadé qu'une liberté obtenue par des moyens malhonnêtes ou par le sang des autres n'est pas la liberté. J'aimerais mieux qu'on trouve absolument indéfendables tous les actes dont on me tient rigueur, plutôt que de voir une seule de mes actions interprétée comme une entorse à la valeur de la non-violence ou faire croire que j'aie pu un seul instant pencher en faveur de la violence ou du mensonge. Ni le manque de vérité ni la violence, mais seules la non-violence et la Vérité peuvent répondre à la loi de notre être."

 

Gandhi, Selections from Gandhi, par Nirmal Kumar Bose, Navajivan Publishing House, Ahmedabad, 1948, p. 168-170.



  "La non-violence est la plus grande force que l'humanité ait à sa disposition. Elle est plus puissante que l'arme la plus destructrice inventée par l'homme. La destruction ne correspond nullement à la loi des hommes. Vivre libre c'est être prêt à mourir s'il le faut, de la main de son prochain, mais jamais à le tuer. Quelle qu'en soit la raison, tout meurtre ou autre atteinte à la personne est un crime contre l'humanité.
  La première exigence de la non-violence est de respecter la justice autour de soi et dans tous les domaines. Est-ce trop demander à la nature humaine ? Je n'en crois rien. Il ne faut jamais faire de théorie sur ce que l'homme peut réaliser en bien ou en mal.
  De même qu'il faut apprendre à tuer pour pratiquer l'art de la violence, de même on doit savoir se préparer à mourir pour s'entraîner à la non-violence. La violence ne libère pas de la peur, mais cherche à combattre la cause de la peur. Au contraire, la non-violence est exempte de toute peur. Le non-violent doit se préparer aux sacrifices les plus exigeants pour s'affranchir de la crainte. il ne se demande pas s'il va y perdre sa maison, sa fortune ou sa vie. S'il n'a pas surmonté toute appréhension, il ne peut pratiquer l'ahimsa à la perfection. [...]
  Ce n'est pas être non-violent que se contenter d'aimer ceux qui nous aiment. La non-violence commence à partir de l'instant où l'on aime ceux qui nous haïssent. Je n'ignore rien des difficultés de ce grand commandement d'amour. Mais n'en est-il pas ainsi de toutes les choses grandes et bonnes? La plus difficile de toutes est d'aimer ses ennemis. Mais si nous voulons vraiment y arriver, la grâce de Dieu viendra nous aider à surmonter les obstacles plus redoutables".

Gandhi, Tous les hommes sont frères, 1958, tr. fr. Guy Vogelweith, Gallimard, Folio Essais, 1990, p. 153-154.

 

  "La non-violence est un principe universel qui doit triompher même dans l'adversité. C'est précisément lorsqu'elle doit affronter un milieu hostile qu'on peut mesurer son efficacité. Notre non-violence ne rimerait à rien si son succès devait dépendre du bon vouloir des autorités en place. [...]

  On ne peut pas être vraiment non-violent et rester passifs devant les injustices sociales.

  La résistance passive est une méthode qui permet de défendre tout droit qui se trouve menacé en faisant retomber sur soi les souffrances qui peuvent en résulter. C'est le contraire de la résistance armée. Quand je refuse de faire une chose qui répugne à ma conscience, je fais appel à la force de l'âme. Supposons que le gouvernement fasse passer une loi qui m'atteint dans certains de mes intérêts. Si je recours à la violence pour faire abroger la loi, j'emploie ce qu'on peut appeler la force du corps. Si au contraire, je n'obéis pas à la loi tout en acceptant d'encourir les sanctions prévues, je mets en oeuvre la force de l'âme, ce qui suppose le sacrifice de soi. [...]

  Une série d'expérience qui s'étendent sur ces trente dernières années (dont les huit années en Afrique du Sud) me confirme que l'avenir de l'Inde et du monde tient à l'adoption de la non-violence. C'est le moyen le plus inoffensif et le plus efficace pour faire valoir les droits politiques et économiques de tous ceux qui sont opprimés et exploités. La non-violence n'est pas une vertu monacale destinée à procurer la paix intérieure et à garantir le salut individuel. Mais c'est une règle de conduite nécessaire pour vivre en société, car elle assure le respect de la dignité humaine et permet de faire avancer la cause de la paix, selon les voeux les plus chers de l'humanité".
 

Gandhi, Tous les hommes sont frères, 1958, tr. fr. Guy Vogelweith, Gallimard, Folio Essais, 1990, p. 158-159, 161.
 

Date de création : 08/10/2006 @ 11:22
Dernière modification : 15/03/2014 @ 14:40
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