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Texte à méditer :  Avant notre venue, rien de manquait au monde ; après notre départ, rien ne lui manquera.   Omar Khayyâm
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Hors des sentiers battus
L'homo faber

  "On a rappelé que l'homme avait toujours inventé des machines, que l'antiquité en avait connu de remarquables, que des dispositifs ingénieux furent imagines bien avant l'éclosion de la science moderne et ensuite, très souvent, indépendam­ment d'elle : aujourd'hui encore de simples ouvriers, sans culture scientifique, trouvent des perfectionnements auxquels de savants ingénieurs n'avaient pas pensé. L'invention mécanique est un don naturel. Sans doute elle a été limitée dans ses effets tant qu'elle s'est bornée à utiliser des énergies actuelles et, en quelque sorte, visibles : effort musculaire, force du vent ou d'une chute d'eau. La machine n'a donné tout son rendement que du jour où l'on a su mettre à son service, par un simple déclenchement, des énergies potentielles emmagasinées pendant des millions d'années, empruntées au soleil, disposées dans la houille, le pétrole, etc. Mais ce jour fui celui de l'invention de la machine à vapeur, et l'on sait qu'elle n'est pas sortie de considérations théoriques. Hâtons-nous d'ajouter que le progrès, d'abord lent, s'est effectué à pas de géant lorsque la science se fut mise de la partie. Il n'en est pas moins vrai que l'esprit d'inven­tion mécanique, qui coule dans un lit étroit tant qu'il est laissé à lui-même, qui s'élargit indéfiniment quand il a rencontré la science, en reste distinct et pourrait à la rigueur s'en séparer."

 

Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, 1932, Chapitre IV, Alcan, p. 324-325.



  "L'homo faber est dès l'origine des temps un inventeur : déjà le bâton, la massue dont il arme son bras pour gauler les fruits, pour assommer les bêtes sont des instruments par lesquels il agrandit sa prise sur le monde ; il ne se borne pas à transporter au foyer des poissons cueillis au sein de la mer : il faut d'abord qu'il conquière le domaine des eaux en creusant des pirogues ; pour s'approprier les richesses du monde il annexe le monde même. Dans cette action il éprouve son pouvoir; il pose des fins, il projette vers elles des chemins : il se réalise comme existant. Pour maintenir, il crée ; il déborde le présent, il ouvre l'avenir. C'est pourquoi les expéditions de pêche et de chasse ont un caractère sacré. On accueille leurs réussites par des fêtes et des triomphes ; l'homme y reconnaît son humanité. Cet orgueil il le manifeste aujourd'hui encore quand il a bâti un barrage, un gratte-ciel, une pile atomique. Il n'a pas seulement travaillé à conserver le monde donné : il en a fait éclater les frontières, il a jeté les bases d'un nouvel avenir."

 

Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, 1949, I, Deuxième partie, Chapitre I, Édition du Club France Loisirs, La Bibliothèque du XXe siècle, 1990, p. 124-125.



  "Leurs campements installés pour un ou plusieurs jours, quelques semaines parfois, consistent en autant d'abris sommaires que de familles, faits de palmes ou de branchages piqués en demi-cercle dans le sable et liés au sommet. Au fur et à mesure que le jour s'avance, les palmes sont retirées d'un côté et plantées de l'autre, pour que l'écran protecteur Se trouve toujours placé du côté du soleil, ou, le cas échéant, du vent ou de la pluie. C'est l'époque où la quête alimentaire absorbe tous les soins. Les femmes s'arment du bâton à fouir qui leur sert à extraire les racines et à assommer les petits animaux; les hommes chassent avec de grands arcs en bois de palmier et des flèches dont il existe plusieurs types - celles destinées aux oiseaux, à pointe émoussée pour quelles ne se fichent pas dans les branches; les flèches de pêche, plus longues, sans empenne et terminées par trois à cinq pointes divergentes ; les flèches empoisonnées dont la pointe enduite de curare est protégée par un étui de bambou et qui sont réservées au moyen gibier, tandis que celles pour le gros gibier - jaguar ou tapir - ont une pointe lancéolée [1] faite d'un gros éclat de bambou afin de provoquer l'hémorragie, car la dose de poison véhiculée par une flèche serait insuffisante."


Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, 1955, Éd. Plon, 1955, p. 313-314, Pocket, p. 321.


[1] En forme de lance.

 

 

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Date de création : 31/08/2007 @ 11:53
Dernière modification : 08/05/2014 @ 12:33
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