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Texte à méditer :  Il n'est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon doigt.  David Hume
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Hors des sentiers battus
La dimension politique et économique de la technique

  "Dans la même direction, on se préoccupe aux États-Unis d’établir un véritable statut du technicien politique, en face du politicien. L’on cherche à séparer de plus en plus l’organe de décision que serait le politique, et l’organe de préparation que serait le technicien. L’expert doit fournir les éléments d’appréciation en fonction desquels il y a une décision à prendre. À cette division des fonctions répond évidemment une différence dans la responsabilité : l’expert n’est pas responsable. On cherche surtout à maintenir l’indépendance du technicien [...] Lorsqu’il a terminé sa tâche, il indique aux politiques les diverses solutions possibles, et leurs conséquences probables. Puis, il se retire. Malheureusement, les Américains ne considèrent pas le problème inverse, qui devient objectivement plus important : lorsque l’expert a bien fait son travail, qu’il a mis en œuvre les voies et les moyens nécessaires, il ne reste plus souvent qu’une seule solution logique et admissible. Le politicien se trouvera, dès lors, obligé de choisir entre la solution du technicien, seule raisonnable, et d’autres qu’il peut toujours tenter à ses risques et périls, mais qui ne sont pas raisonnables. À ce moment-là, il engage véritablement sa responsabilité, parce qu’il a de fortes chances d’échouer s’il adopte les solutions aberrantes. Dès lors, en fait, le politique n’a plus le choix, la décision découle d’elle-même des travaux techniques préparatoires."

 

 

Jacques Ellul, La Technique ou l’enjeu du siècle, 1954, chap. IV, §2.



    "L'a priori technologique est un a priori politique dans la mesure où la transformation de la nature entraîne celle de l'homme, et dans la mesure où les « créations faites par l'homme » proviennent d'un ensemble social, et où elles y retournent. On peut toujours dire que le machinisme de l'univers technologique est « en tant que tel » indifférent aux fins politiques – il peut révolutionner ou il peut retarder une société. Un calculateur électronique peut servir une administration capitaliste et une administration socialiste ; un cyclotron est un outil très efficace en temps de guerre mais il peut aussi servir en temps de paix. L'énoncé de Marx controversé selon lequel le « moulin à bras vous donnera la société avec le suzerain ; le moulin à vapeur vous donnera la société avec le capitalisme industriel », conteste cette neutralité de la technologie. Cet énoncé est modifié ensuite dans la théorie marxiste elle-même : c'est le mode social de production et non la technique qui est le facteur historique fondamental. Cependant, quand la technique devient la forme universelle de la production matérielle, elle circonscrit une culture tout entière ; elle projette une totalité historique – un « monde »."


Herbert Marcuse, L'Homme unidimensionnel (1964), Éd. de Minuit, 1968, p.177.



 "Les principes de la science moderne ont été structurés a priori d'une manière telle qu'ils ont pu servir d'instruments conceptuels à un univers de contrôle productif qui se renouvelle par lui-même. À l'opérationalisme pratique correspond en fin de compte un opérationalisme théorique. Ainsi, la méthode scientifique qui a permis une maîtrise toujours plus efficace de la nature en est venue à fournir aussi les concepts purs de même que les instruments pour une domination toujours plus efficace de l'homme sur l'homme au moyen de la maîtrise de la nature [...] Aujourd'hui la domination se perpétue et s'étend non seulement grâce à la technique mais en tant que technique, et cette dernière fournit sa grande légitimation à un pouvoir politique qui prend de l'extension et absorbe en lui toutes les sphères de la civilisation.
 Dans cet univers, la technologie fournit aussi à l'absence de liberté de l'homme sa grande rationalisation et démontre qu'il est techniquement impossible d'être autonome, de déterminer soi-même sa propre vie. Car ce manque de liberté [...] se présente bien plutôt comme la soumission à l'appareil technique qui donne plus de confort à l'existence et augmente la productivité du travail. Ainsi la rationalisation technique ne met pas en cause la légitimité de la domination, elle la défend plutôt, et l'horizon instrumentaliste de la raison s'ouvre sur une société rationnellement totalitaire."
 
Herbert Marcuse, L'homme unidimensionnel, Essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée, 1964, Trad. M. Wittig, éd. de Minuit, 1968, p. 181-182.


  "Car il faut bien prendre la mesure de ce fait nouveau : la ruée du capital sur la biomédecine, comme sur les biotechnologies en général. D'année en année la bioscience devient une immense affaire où le milliard de francs, voire de dollars est l'unité de mesure pertinente. [...] Le monde de la découverte biologique et de l'innovation biomédicale est un monde où l'on parle de plus en plus part de marché, gestion d'entreprise, portefeuille de brevets, stratégie de groupe, alliances secrètes et bras de fer à l'échelle transnationale. [...] Le marché capitaliste est de plus en plus aujourd'hui le pilote automatique de la recherche. [...]
  À voir les choses comme elles sont on devrait convenir, semble-t-il, que la recherche biomédicale ne peut être ni plus coupable ni moins indemne des logiques de marché capitaliste que par exemple la création cinématographique ou le souci écologique. [...] N'est-il pas flagrant que les pratiques les plus révoltantes dans le champ de la biomédecine - comme les déviations de la PMA[1] ou les trafics d'organes - sont justement celles qui doivent le moins au savoir et le plus à l'argent ? Par quoi se confirme la nécessité de reformuler bien différemment les termes de notre problème : au procès dans une large mesure factice intenté à la science, ne faut-il pas substituer le processus d'évaluation critique qu'appellent des logiques économico-financières aux effets si manifestement pervers ?"
 
 
Lucien Sève, Pour une critique de la raison bioéthique, 1994, Odile Jacob, 1997, p. 264-265.

[1] Procréation Médicalement Assistée.

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Date de création : 26/09/2007 @ 19:17
Dernière modification : 23/05/2013 @ 12:05
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