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Texte à méditer :  Aucune philosophie n'a jamais pu mettre fin à la philosophie et pourtant c'est là le voeu secret de toute philosophie.   Gusdorf
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Hors des sentiers battus
Le bouddhisme

    "La présentation du bouddhisme en Occident achoppe de manière saisissante sur la question de son rapport au divin. Le bouddhisme est en effet souvent décrit comme étant une religion athée, qui offrirait par là même une alternative à nos monothéismes, une simple morale. Les tenants d'une telle interprétation ne semblent nullement gênés par les grandes expositions régulièrement organisées où sont montrés des panthéons riches de multiples divinités et par les textes qui les évoquent, peu à peu traduits en français. Penser ainsi le bouddhisme comme athée est une vue de l'esprit qui provient d'une construction intellectuelle sans grand rapport avec la réalité de ce chemin spirituel. Une telle erreur repose cependant sur la position très subtile que le bouddhisme adopte par rapport au divin.
    L'existence d'un Dieu unique, créateur de la terre, du ciel et de toute chose, n'y trouve pas sa place. La conception religieuse comme détermination métaphysique d'un Dieu « volonté génératrice de toute existence et antérieure à toute existence » (Bakounine) lui est étrangère. En ce sens, les bouddhistes ne sont pas athées pour la raison très simple que l'idée de Dieu leur est inconcevable. Pour eux, un être personnel est forcément un individu ; il existe donc au milieu d'autres individus et dépend d'eux, comme ils dépendent de lui. L'absolu, s'il existe, ne peut pas être personnel. S'il l'était, il existerait dans cette situation d'interdépendance et, par là même, ne serait plus absolu.
    Le bouddhisme, ne connaissant pas le Dieu du monothéisme, est une tradition spirituelle non théiste, ce qui en constitue le caractère profondément unique. […]
    Une telle perspective transforme la compréhension habituelle d'une voie spirituelle, en ce qu'elle ne débouche pas sur la nécessité de croire en quoi que ce soit d'extérieur à nous, mais présente une discipline qui nous permet de nous ouvrir simplement à ce qui est. Autrement dit, le bouddhisme n'invite à nul désenchantements ni désacralisation du monde. Il inaugure, au contraire de ce que prétend la doxa, d'une manière unique, un rapport profond au divin, comme le visage toujours nouveau que nous présente l'éveil quand nous savons lui répondre."


Fabrice Midal, « La philosophie du bouddhisme », Nouvel Observateur hors série n° 50, avril-juin 2003, pp. 8-9.

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Date de création : 17/11/2007 @ 17:11
Dernière modification : 17/11/2007 @ 17:13
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