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Texte à méditer :  

Le progrès consiste à rétrograder, à comprendre [...] qu'il n'y avait rien à comprendre, qu'il y avait peut-être à agir.   Paul Valéry


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Hors des sentiers battus
La maîtrise des désirs

"69. Pour tous les hommes, le bien et le vrai sont semblables ; l'agréable varie avec les individus.
70.  Désirer avec excès, c'est agir en enfant, non en homme.
71. Des plaisirs intempestifs provoquent le dégoût.
72. Désirer violemment une chose, c'est rendre son âme aveugle pour le reste.
73. Le désir se justifie quand il poursuit sans excès ce qui est beau.
74. Refuse tout agrément qui ne comporte aucune utilité.
207. Il ne faut pas aspirer à tout plaisir, quel qu'il soit, mais à celui qui est lié au beau.
210. Le sort met à notre disposition une table bien garnie, la tempérance une table qui suffit à nos besoins.
211. La tempérance augmente la jouissance et accroît le plaisir.
230. Une vie sans fête est une longue route sans hôtellerie.
232. Parmi les plaisirs, les plus rare sont les plus vifs".

Démocrite, Les Penseurs grecs avant Socrate, p. 172 sq.



  "Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde et généralement, de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est, au regard de nous, absolument impossible. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m'empêcher de rien désirer à l'avenir que je n'acquisse, et ainsi pour me rendre content. Car notre volonté ne se portant naturellement à désirer que les choses que notre entendement lui représente en quelque façon comme possibles, il est certain que, si nous considérons tous les biens qui sont hors de nous comme également éloignés de notre pouvoir, nous n'aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent être dus à notre naissance, lorsque nous en serons privés sans notre faute, que nous avons de ne posséder pas les royaumes de la Chine ou de Mexique; et que faisant, comme on dit, de nécessité vertu, nous ne désirerons pas davantage d'être sains, étant malades, ou d'être libres, étant en prison, que nous faisons maintenant d'avoir des corps d'une matière aussi peu corruptible que les diamants, ou des ailes pour voler comme les oiseaux. Mais j'avoue qu'il est besoin d'un long exercice, et d'une méditation souvent réitérée, pour s'accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses..."

 

Descartes, Discours de la méthode, 1637, troisième partie, in Œuvres et Lettres, Pléiade, 1966, p. 142-143.



  "On croit m'embarrasser beaucoup en me demandant à quel point il faut borner le luxe. Mon sentiment est qu'il n'en faut point du tout. Tout est source de mal au-delà du nécessaire physique. La nature ne donne que trop de besoins ; et c'est au moins une très haute imprudence de les multiplier sans nécessité, et de mettre ainsi son âme dans une plus grande dépendance. Ce n'est pas sans raison que Socrate, regardant l'étalage d'une boutique, se félicitait de n'avoir à faire de rien de tout cela. Il y a cent à parier contre un, que le premier qui porta des sabots était un homme punissable, à moins qu'il n'eût mal aux pieds."

 

Rousseau, Dernière réponse de Jean-Jacques Rousseau de Genève à M. Bordes, in Discours sur les sciences et les arts.



  "L'homme est un être physique, soumis à la nature et par conséquent à la nécessité. Nés sans notre aveu, notre organisation ne dépend point de nous, nos idées nous viennent involontairement. Notre action est une suite de l'impulsion d'un motif quelconque.
  J'ai soif, je vois une fontaine, il m'est impossible de ne pas avoir la volonté de boire. J'apprends que cette eau est empoisonnée, et je m'abstiens d'en boire. Dira-t-on que je suis libre ? La soif me déterminait nécessairement à boire. Le second motif me paraît plus fort que le premier, et je ne bois pas. Mais, dira-t-on, un imprudent boira. Alors la première impulsion se trouvera la plus forte. Dans l'un ou l'autre cas, ce sont deux actions également nécessaires. Celui qui boira est un insensé ; mais les actions des insensés sont aussi nécessaires que celles des autres.

  On peut parvenir, il est vrai, à engager un débauché à changer de conduite. Cela signifie, non qu'il est libre, mais qu'on peut trouver des motifs assez puissants pour empêcher l'effet de ceux qui agissaient auparavant.
  Le choix ne prouve point la liberté de l'homme ; son embarras ne finit que lorsque sa volonté est déterminée par des motifs suffisants, et il ne peut empêcher les motifs d'agir sur la volonté. Est-il maître de ne point désirer ce qui lui paraît désirable ? Non : mais il peut, dit-on, résister à son désir, s'il réfléchit sur les conséquences. Mais est-il maître d'y réfléchir ? Les actions des hommes ne sont jamais libres. Elles sont les suites nécessaires de leur tempérament, de leurs idées reçues, fortifiées par l'exemple, l'éducation et l'expérience. Le motif qui détermine l'homme est toujours au-dessus de son pouvoir.
  Malgré leur système de liberté, les hommes n'ont établi leurs institutions que sur la nécessité. Si l'on ne supposait pas des motifs capables de déterminer leur volonté, à quoi servirait l'éducation, la législation, la morale, la religion même ? On veut donner par là des institutions aux volontés des hommes ; ce qui prouve qu'on est convaincu qu'elles agiront sur leur volonté. Ces institutions sont la nécessité montrée aux hommes.
  La nécessité, qui règle tous les mouvements du monde physique, règle aussi tous ceux du monde moral, où tout est par conséquent soumis à la morale".

 

Holbach, Système de la nature, 1770, 1ère partie, chap. IX, Georg Olms Verlag, 1966, p. 438-440.


 

  "Lorsque tourmenté d'une soif ardente, je me figure en idée ou j'aperçois réellement une fontaine dont les eaux pures pourraient me désaltérer, suis-je maître de désirer ou de ne point désirer l'objet qui peut satisfaire un besoin si vif dans l'état où je suis ? On conviendra, sans doute, qu'il m'est impossible de ne point vouloir le satisfaire ; mais l'on me dira que si l'on m'annonce en ce moment que l'eau que je désire est empoisonnée, malgré ma soif je ne laisserai pas de m'en abstenir, et l'on en conclura faussement que je suis libre. En effet de même que la soif me déterminait nécessairement à boire avant que de savoir que cette eau fût empoisonnée, de même cette nouvelle découverte me détermine nécessairement à ne pas boire ; alors le désir de me conserver anéantit ou suspend l'impulsion primitive que la soif donnait à ma volonté ; ce second motif devient plus fort que le premier, la crainte de la mort l'emporte nécessairement sur la sensation pénible que la soif me faisait éprouver. Mais, direz-vous, si la soif est bien ardente, sans avoir égard au danger, un imprudent pourra risquer de boire cette eau ; dans ce cas la première impulsion reprendra le dessus et le fera agir nécessairement, vu qu'elle se trouvera plus forte que la seconde. Cependant dans l'un et l'autre cas, soit que l'on boive de cette eau soit qu'on n'en boive pas, ces deux actions seront également nécessaires, elles seront des effets du motif qui se trouvera le plus puissant et qui agira le plus fortement sur la volonté.
  Cet exemple peut servir à expliquer tous les phénomènes de la volonté. La volonté, ou plutôt le cerveau, se trouve alors dans le même cas qu'une boule, qui, quoiqu'elle ait reçu une impulsion qui la poussait en droite ligne, est dérangée de sa direction dès qu'une force plus grande que la première l'oblige à en changer. Celui qui boit de l'eau qu'on lui dit empoisonnée nous parait un insensé, mais les actions des insensés sont aussi nécessaires que celles des gens les plus prudents. Les motifs qui déterminent le voluptueux et le débauché à risquer leur santé sont aussi puissants, et leurs actions sont aussi nécessaires que ceux qui déterminent l'homme sage à ménager la sienne. Mais, insisterez-vous, l'on peut parvenir à engager un débauché à changer de conduite ; cela signifie, non qu'il est libre, mais que l'on peut trouver des motifs assez puissants pour anéantir l'effet de ceux qui agissaient auparavant sur lui, et pour lors ces nouveaux motifs détermineront sa volonté, aussi nécessairement que les premiers, à la conduite nouvelle qu'il tiendra."

 

Paul-Henri Thiry D'Holbach, Système de la nature, 1770, 1ère partie, Chapitre XI, in Œuvres philosophiques complètes, tome II, Éditions Alive, 1999, p. 280-281.



  "Tout ce qui est vivant a des désirs. Ainsi nous sommes des êtres naturels, et le désir appartient au monde sensible en général. […] Les perceptions sont particulières, sensibles. Le désir l'est également, quel que soit son contenu. À ce niveau, l'homme est la même chose que l'animal, car il n'y a pas de conscience de soi dans le désir. Or l'homme se connaît soi-même et par là se distingue de l'animal. Il est pensant ; mais penser c'est connaître l'universel. [...]
  Ce que l'homme est réellement, il doit l'être idéellement. Sachant le réel comme idéel, il cesse d'être un simple être naturel, livré à ses perceptions et désirs immédiats, à leur satisfaction et leur création. Il en est conscient et c'est pourquoi il refoule ses désirs et met la pensée, l'idéel, entre la poussée du désir et sa satisfaction. En revanche, chez l'animal les deux coïncident : l'animal ne rompt pas volontairement leur connexion ; elle ne peut être rompue que par la douleur ou la peur. Mais le désir humain existe indépendamment de sa satisfaction. Pouvant freiner ou laisser aller ses désirs, l'homme agit selon des fins et se détermine selon l'universel. Il doit déterminer quelle fin doit être imposée; il peut même poser comme fin l'universel lui-même. Ce qui le détermine, c'est la représentation de ce qu'il est et de ce qu'il veut. C'est là son indépendance : il sait ce qui le détermine. Ainsi il peut prendre comme fin le concept simple, par exemple sa liberté positive. Les représentations de l'animal ne sont pas idéelles, réelles : c'est pourquoi l'animal est privé d'indépendance interne. En tant que vivant, l'animal porte en lui la source de son mouvement. Mais nulle stimulation extérieure n'est opérante si elle n'existe déjà en lui : ce qui ne correspond pas à son être intime n'existe pas pour l'animal. L'animal se divise lui aussi en lui-même et par lui-même. Mais il ne peut s'interposer entre ses désirs et leur satisfaction ; il n'a pas de volonté et ne connaît pas de refoulement. Chez lui, la stimulation commence intérieurement et suppose un développement immanent. Mais l'homme est indépendant, non parce qu'il est doué d'auto-mouvement, mais parce qu'il est capable de freiner le mouvement et de briser par là son immédiateté et sa naturalité."

 

Hegel, La. Raison dans l'histoire, 1830, trad. K. Papaioannou, 10/18, Plon, 1965, p. 77-78.

 

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Date de création : 25/01/2010 @ 17:17
Dernière modification : 02/09/2019 @ 09:57
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