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Hors des sentiers battus
Qu'est-ce que prouver ?

  "À la limite, qu'est-ce que prouver ? c'est faire recon­naître à un autre, qui peut d'ailleurs être moi-même, que du moment où il admet une certaine proposition, il est tenu d'admettre aussi telle autre proposition qui n'est distincte de celle-là qu'en apparence, et que, livré à lui-même, il mettait en doute. Ne nous cantonnons pas dans des considérations d'ordre exclusivement logique : plusieurs points méritent ici d'être mis en lu­mière.
  En premier lieu, prouver, c'est prouver à ; à soi-même, sans doute, dans bien des cas : mais à soi-même en tant qu'autrui. De toutes façons, il faut que je m'ap­paraisse comme occupant par rapport à l'autre une position avancée ou dominante : par rapport à l'autre, non pas sans doute absolument, mais en tant qu'il a lui-même une certaine position en la matière. Appe­lons champ d'aperception l'ensemble des propositions qui apparaissent, immédiatement ou non, comme cer­taines à un esprit déterminé, propositions auxquelles il adhère et qu'il peut par conséquent prendre à son compte, celles dont il peut dire : je vois distinctement que..., etc. Lorsque j'entreprends de prouver à l'autre que..., son champ d'aperception est en quelque façon aussi le mien, c'est-à-dire que je prétends l'appré­hender à travers l'idée que je me forme de cet autre ; mais j'admets en même temps que la réciproque n'est pas vraie ; que mon champ d'aperception dépasse, déborde le sien ; la proposition qu'il s'agit pour moi de prouver fait partie de ce qui est pour lui la zone sombre, par opposition à celle qui est éclairée pour lui comme elle l'est pour moi. Dès lors, en quoi consiste l'opération à laquelle je vais tenter de me livrer ? On pourrait dire, il me semble, qu'il s'agit pour moi d'obtenir de lui, c'est-à-dire en réalité de son attention, qu'il concentre sur ce que j'ai appelé son champ d'aperception une clarté assez intense pour qu'elle gagne par voisinage cette région adjacente qui pour moi était déjà lumineuse, mais pour lui était encore dans l'ombre. Ceci est une description phénoménologique, bien plutôt qu'une sché­matisation d'ordre logique. Il est trop évident que dès le moment où nous posons la question de validité – et il est impossible de parler de preuve sans la poser – , nous sommes tenus de changer en quelque manière de plan, ou plus exactement d'interpréter ce que je viens de dire en fonction de certaines structures uni­verselles à reconnaître, la preuve consistant à faire appa­raître une unité organique de la notion, là où de prime abord il semblait qu'on se trouvât en présence d'éléments discontinus, c'est-à-dire d'affirmations susceptibles d'être absolument isolées les unes des autres, certaines étant par exemples vraies, et les autres douteuses ou même fausses."

 

Gabriel Marcel, Essai de philosophie concrète, 1940, Gallimard, Idées, 1967, p. 260-262.

 

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Date de création : 20/04/2014 @ 07:55
Dernière modification : 20/04/2014 @ 08:06
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