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Texte à méditer :  Le progrès consiste à rétrograder, à comprendre [...] qu'il n'y avait rien à comprendre, qu'il y avait peut-être à agir.   Paul Valéry
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Hors des sentiers battus
Y a-t-il des vérités premières, indiscutables ?

  "Je suppose donc que tout ce que je vois est faux, je crois que rien n'a jamais existé de ce que représente la mémoire menteuse, je n'ai pas de sens du tout ; corps, figure, étendue, mouvement et lieu sont des chimères. Qu'est-ce donc qui sera vrai ? Une seule chose peut-être : il n'y a rien de certain.
  Mais d'où sais-je qu'il n'y a pas quelque chose de différent de tout ce que je viens de recenser, quelque chose dont il n'y ait pas même la plus petite occasion de douter ? N'y a-t-il pas quelque Dieu, ou peu importe le nom dont je l'appelle, qui met en moi ces pensées mêmes ? Mais pourquoi le croirais-je, alors que moi-même, peut-être, je pourrais en être l'auteur ? Ne suis-je donc pas, moi, à tout le moins, quelque chose ? Mais j'ai déjà dit n'avoir aucun sens ni aucun corps. J'hésite pourtant, car que s'ensuit-il ? Suis-je tellement attaché au corps et aux sens que je ne puisse être sans eux ? Mais je me suis persuadé qu'il n'y avait absolument rien dans le monde, ni ciel, ni terre, ni esprits, ni corps ; ne me suis-je donc pas aussi persuadé que je n'étais pas ? Mais non ! J'étais, moi, en tout cas, si je me suis persuadé quelque chose. Mais il y a je ne sais quel trompeur, souverainement puissant, souverainement rusé, qui de toute son adresse me trompe toujours. Il n'y a donc pas de doute, moi aussi je suis, s'il me trompe ; et qu'il me trompe autant qu'il peut, il ne fera pourtant jamais que je ne sois rien tant que je penserai être quelque chose ; de sorte que, tout bien pesé et soupesé, il faut finalement poser que cet énoncé, je suis, j'existe, moi [Ego sum, ego existo], toutes les fois que je le prononce ou que je le conçois mentalement, est nécessairement vrai."

 

Descartes, Méditations métaphysiques, 1641, Seconde méditation, tr. fr. Michel Beyssade, Le Livre de Poche, 1993, p. 51-53.



     "7. Que nous ne saurions douter sans être, et que cela est la première connaissance certaine qu'on peut acquérir.

  Pendant que nous rejetons en cette sorte tout ce dont nous pouvons douter, et que nous feignons même qu'il est faux, nous supposons facilement qu'il n'y a point de Dieu, ni de ciel, ni de terre, et que nous n'avons point de corps ; mais nous ne saurions supposer de même que nous ne sommes point pendant que nous doutons de la vérité de toutes ces choses ; car nous avons tant de répugnance à concevoir que ce qui pense n'est pas véritablement au même temps qu'il pense, que, nonobstant toutes les plus extravagantes suppositions, nous ne saurions nous empêcher de croire que cette conclusion : JE PENSE, DONC JE SUIS, ne soit vraie, et par conséquent la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre."

 

Descartes, Les principes de la philosophie, 1644, Première partie, Article 7, Vrin, 1993, p. 54.



  "Parmi les vérités de raison, LES VÉRITÉS PREMIÈRES ABSOLUMENT sont les identiques. Parmi les vérités de fait, la vérité première absolument est celle à partir de laquelle toutes les expériences pourraient être démontrées a priori, à savoir : « tout possible prétend exister », et donc existerait effectivement si un autre possible, prétendant aussi exister et incompatible avec lui, ne venait l'en empêcher.
[...]

  De deux choses l'une, ou bien tout existe, et alors tout possible prétend tellement exister qu'il existe effectivement ; ou bien certains possibles n'existent pas et l'on doit alors donner la raison pour laquelle certains existent plutôt que d'autres. Or cette raison ne peut être donnée qu'à partir de la raison générale de l'essence, c'est-à-dire de la possibilité, quand on a posé que le possible prétend à l'existence selon sa propre nature et en proportion de sa possibilité, c'est-à-dire de son degré d'essence.
  S'il n'y avait, dans la nature même de l'essence, une certaine inclination à exister, alors rien n'existerait. Car prétendre que certaines essences possèdent cette inclination alors que d'autres ne la possèdent pas, c'est avancer quelque chose sans raison.
[...]
  LES VÉRITÉS PREMIÈRES POUR NOUS sont les données de l'expérience.
  Toute vérité qui n'est pas première absolument peut être démontrée à partir d'une vérité première absolument.
  Toute vérité peut être démontrée à partir des vérités premières absolument (dont on peut démontrer qu'elles sont indémontrables) ou bien est elle-même première absolument. C'est ce qu'habituellement on exprime ainsi : que rien ne doit être asserté sans raison, et même, que rien n'arrive sans raison."

 

Leibniz, "Sur les vérités premières", in Recherches générales sur l'analyse des notions et des vérités, tr. fr. L. Clauzade, PUF, 1998, p. 446-448.

 

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Date de création : 04/08/2014 @ 09:34
Dernière modification : 07/01/2015 @ 16:41
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