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Texte à méditer :  Il n'y a rien de plus favorable à la philosophie que le brouillard.  Alexis de Tocqueville
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Hors des sentiers battus
Les limites du libre arbitre

    "Il est absurde de supposer que l'homme qui commet des actes d'injustice ou d'intempérance ne souhaite pas être injuste ou intempérant ; et si, sans avoir l'ignorance pour excuse, on accomplit des actions qui auront pour conséquence de nous rendre injuste, c'est volontairement qu'on sera injuste. Il ne s'ensuit pas cependant qu'un simple souhait suffira pour cesser d'être injuste et pour être juste, pas plus que ce n'est ainsi que le malade peut recouvrer la santé, quoiqu'il puisse arriver qu'il soit malade volontairement en menant une vie intempérante et en désobéissant à ses médecins : c'est au début qu'il lui était alors possible de ne pas être malade, mais une fois qu'il s'est laissé aller, cela ne lui est plus possible, de même que si vous avez lâché une pierre vous n'êtes plus capable de la rattraper, mais pourtant il dépendait de vous de la jeter et de la lancer, car le principe de votre acte était en vous. Ainsi en est-il pour l'homme injuste ou intempérant : au début il leur était possible de ne pas devenir tels, et c'est ce qui fait qu'ils le sont volontairement ; et maintenant qu'ils le sont devenus, il ne leur est plus possible de ne pas l'être."

Aristote, Éthique à Nicomaque, III, 7, 1114a 11-21,  tr. fr. Tricot, éd. Vrin.


 

    "Nous sommes d'autant moins libres que nous aurions plus besoin de l'être. Par exemple, dans le péril et la tentation. Notre liberté est diminuée par les parfums, par le temps qu'il fait, par le danger.
    Mais d'observer que cette liberté dépend de tant de choses ; qu'elle augmente, qu'elle diminue ; que le nombre des actes, des solutions qui nous sont physiquement et moralement possibles à tel moment est bizarrement variable ; que l'énergie dont dispose ce qui juge en nous nos images, est une grandeur inconstante, - n'est-ce pas voir qu'elle n'est qu'une conséquence de circonstances qui la resserrent ou l'élargissent, c'est-à-dire une forme de relation qui peut exister entre ce qui agit sur moi et ma réponse à cette action ?"

Paul Valéry, Moralités (1941), in Tel quel, p. 110.


 

  "Un roi puissant dispose grâce à ses chances de puissance d'une marge de décision plus grande que chacun de ses sujets. Dans ce sens on pourrait peut-être dire qu'il est plus « libre » que chacun de ses sujets. Notre étude a mis en évidence qu'un souverain est « plus libre » que ses sujet, mais il n'est certainement pas « libre », si l'on entend par là qu'il serait « indépendant » des autres. Rien n'éclaire mieux le problème de l'interdépendance humaine que le fait que chaque action d'un souverain – action qu'il réalise peut-être au mieux l'idéel d'une décision prise en toute liberté – établit en même temps sa dépendance par rapport à ses sujets, parce que ces derniers peuvent s'opposer à son acte ou du moins y réagir d'une manière imprévisible. C'est exactement ce qu'exprime la notion d'interdépendance. Comme au jeu d'échecs, toute action accomplie dans une relative indépendance représente un coup sur l'échiquier social, qui déclenche infailliblement un contrecoup d'un autre individu (sur l'échiquier social, il s'agit en réalité de beaucoup de contrecoups exécutés par beaucoup d'individus) limitant la liberté d'action du premier joueur. Chaque être humain vivant et tant soit peu sain d'esprit, même l'esclave, même le prisonnier aux fers, a une certaine autonomie ou, si l'on préfère un terme plus dramatique, une certaine marge de liberté. Le fait que même le prisonnier dispose d'une certaine autonomie a trouvé son reflet dans des déclarations romantiques destinées à administrer la preuve métaphysique de la liberté de l'homme. L'idée de la liberté absolue de chaque individu a pour elle qu'elle flatte la sensibilité de l'homme. Si l'on écarte les spéculations métaphysiques ou philosophiques sur le « problème de la liberté », qui se situent au-delà de tous les phénomènes observables et vérifiables, on se trouve confronté au fait qu'on peut déterminer les différents degrés de dépendance et d'indépendance des êtres humains, ou – pour employer une terminologie différente – des relations de puissance, mais qu'il n'y a pas de degré zéro dans un sens ou dans l'autre. En général, l'action relativement indépendante de l'un compromet l'indépendance relative de l'autre ; elle modifie l'équilibre des tensions toujours mouvant, toujours instable. On peut affirmer sans risque de se tromper que dans une phase ultérieure de l'évolution humaine, les penseurs et les chercheurs se détacheront de plus en plus de polarités conceptuelles figées telles que « liberté-déterminisme » pour se pencher davantage sur les problèmes d'équilibre."

 

Norbert Elias, La société de cour, 1969, tr. fr. Pierre Kamnitzer et Jeanne Étoré, Flammarion, Champs essais, 1985, pp. 152-153.

 


Date de création : 12/01/2006 @ 17:01
Dernière modification : 12/09/2011 @ 21:40
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