* *

Texte à méditer :  L'histoire du monde est le tribunal du monde.
  
Schiller
* *
Figures philosophiques

Espace élèves

Fermer Cours

Fermer Méthodologie

Fermer Classes préparatoires

Espace enseignants

Fermer Sujets de dissertation et textes

Fermer Elaboration des cours

Fermer Exercices philosophiques

Fermer Auteurs et oeuvres

Fermer Méthodologie

Fermer Ressources en ligne

Fermer Agrégation interne

Hors des sentiers battus
La proportionnalité de la peine

  "Cher Raphaël, j'aimerais entendre de vous pourquoi vous estimez qu'il ne faut pas punir le vol de la peine capitale et quelle autre peine vous proposez comme plus conforme à l'intérêt public .Car vous ne pensez évidemment pas qu'on puisse le tolérer. Or, si tant de gens ne pensent qu'à voler à présent qu'ils risquent la mort, quelle autorité, quelle terreur retiendra les malfaiteurs une fois qu'ils seront sûrs d'avoir la vie sauve ? N'interpréteront-ils pas l'adoucissement de la peine comme une récompense, une invitation à mal faire ?
  – Je crois simplement, mon révérend père, qu'il est de toute iniquité d'enlever la vie à un homme parce qu'il a enlevé de l'argent. Car tous les biens que l'on peut posséder ne sauraient, mis ensemble, équivaloir à la vie humaine. Le supplice compense, dira-t-on, non la somme dérobée, mais l'outrage fait à la justice, la violation des lois. N'est-ce pas là précisément ce « droit suprême » qui est une «  suprême injustice » ? Il ne faut pas considérer comme de bonnes lois des mesures semblables à celles de Manlius, où l'épée est levée dès la plus minime infraction, ni davantage ces raffinements des stoïciens qui estiment toutes les fautes égales et ne font aucune différence entre celui qui a tué un homme et celui qui a volé un écu, fautes entre lesquelles il n'y a ni ressemblance ni parenté, si l'équité n'est pas un vain mot. Dieu a interdit de tuer, et nous hésitons si peu à tuer pour un peu d'argent dérobé ! Si l'on interprète la loi divine en admettant que l'interdiction est suspendue lorsqu'une loi humaine parle en sens contraire, qu'est-ce qui empêchera les hommes, par un raisonnement tout semblable, de se mettre d'accord pour fixer les conditions où il sera permis de pratiquer la débauche, l'adultère, le parjure ? Alors que Dieu a retiré à l'homme tout droit sur la vie d'autrui et même sur la sienne propre, les hommes pourraient convenir entre eux des circonstances autorisant des mises à mort réciproques ? Exemptés de la loi divine, alors que Dieu n'y a prévu aucune exception, les contractants enverraient à la mort ceux qu'un jugement humain y aura condamnés ? Cela ne revient-il pas à affirmer que ce commandement de Dieu aura exactement la validité que lui laissera la justice humaine ? Que, d'après le même principe, les hommes peuvent décider à propos de toutes choses dans quelle mesure il convient d'observer les préceptes divins ? J'ajoute que la loi mosaïque, toute dure et impitoyable qu'elle est – punissait le vol d'une amende non de la mort. N'allons pas nous imaginer que Dieu, dans sa nouvelle loi, loi de clémence édictée par un père pour ses fils, ait pu nous donner le droit d'être plus sévères.
  Voilà mes arguments contre la légitimité de la peine. Combien absurde, combien même dangereux il est pour l'État d'infliger le même châtiment au voleur et au meurtrier, il n'est, je pense personne qui l'ignore. Si le voleur en effet envisage d'être traité exactement de la même façon, qu'il soit convaincu de vol, ou de surcroît, d'assassinat, cette seule pensée l'induira à tuer celui qu'il avait d'abord simplement l'intention de dépouiller. Car, s'il est pris, il n'encourt pas un risque plus grand et, de plus, le meurtre lui donne plus de tranquillité et une chance supplémentaire de s'échapper, le témoin du délit ayant été supprimé. Et voilà comment, en nous attachant à terroriser les voleurs, nous les encourageons à tuer les braves gens."

 

Thomas More, L'Utopie, 1516, tr. fr. Marie Delcourt, GF, 1987, p. 104-106.



  "La suppression du crime est la loi du talion en ce sens que, d'après son concept celle-ci est violation d'une violation, que, selon son existence empirique, le crime a une sphère qualitative et quantitative déterminée et que, par suite, la négation du crime doit avoir, dans son existence empirique, la même étendue. Cette identité (du crime et de la peine), qui repose sur le concept, n'est pas l'égalité dans la qualité spécifique de la violation, mais dans la nature en soi de la violation, c'est-à-dire une égalité suivant la valeur.
  Remarque. – Puisque, d'ordinaire, dans les sciences, la définition d'une détermination – ici, il s'agit de la définition de la peine – doit être tirée de la représentation générale, issue elle-même de l'expérience psychologique de la conscience, celle-ci montrerait que le sentiment général des peuples et des individus à l'égard du crime est et a été que le crime mérite un châtiment et qu'il faut infliger au criminel ce qu'il a fait subir aux autres. [...] Cette détermination du concept, est précisément cette connexion nécessaire entre le crime et la peine : selon cette connexion, le crime, en tant que volonté qui s'annule elle-même, contient en soi sa suppression qui apparaît comme peine. C'est l'identité intérieure qui, pour l'entendement, se réfléchit comme égalité dans l'existence empirique extérieure. La nature qualitative et quantitative du crime et sa suppression tombent dans la sphère de l'extériorité, où aucune détermination absolue n'est possible. Dans le champ de la finitude, cette détermination reste une exigence, dont l'entendement cherche à préciser sans cesse les limites, ce qui est certes de la plus haute importance, mais qui va à l'infini et n'aboutit qu'à une perpétuelle approximation. Si on néglige cette nature de la finitude, et si l'on s'en tient exclusivement à l'égalité abstraite spécifique, on se heurte à une difficulté telle qu'il devient impossible de déterminer les peines (surtout quand la psychologie ajoute à cela l'influence décisive des impulsions sensibles et, par suite – car on a le choix entre les deux éventualités – ou la force trop grande de la volonté mauvaise, ou, inversement, la faiblesse trop grande de la volonté libre). Il devient, en outre, alors très facile de présenter sous une forme absurde la loi du talion (vol pour vol, brigandage pour brigandage, œil pour œil, dent pour dent, puisque dans ces deux derniers cas, on peut se représenter le malfaiteur avec un seul œil ou sans dents.) Mais le concept n'a rien à voir avec cette absurdité, qui doit être imputée à cette égalité spécifique (que l'on fait intervenir dans le talion). La valeur, en tant qu'égalité interne des choses, qui, dans leur existence, sont spécifiquement tout à fait différentes, est une détermination que nous avons déjà vue intervenir dans les contrats et aussi dans l'actions civile contre le crime."

 

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Principes de la philosophie du droit, 1821, § 101, tr. fr. Robert Derathé, Vrin, 1989, p. 144-145.
 

 

Retour au menu sur le droit


Date de création : 25/01/2017 @ 14:23
Dernière modification : 11/01/2025 @ 10:00
Catégorie :
Page lue 4233 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article

Recherche



Un peu de musique
Contact - Infos
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

^ Haut ^