* *

Texte à méditer :   La réalité, c'est ce qui ne disparaît pas quand vous avez cessé d'y croire.   Philip K. Dick
* *
Figures philosophiques

Espace élèves

Fermer Cours

Fermer Méthodologie

Fermer Classes préparatoires

Espace enseignants

Fermer Sujets de dissertation et textes

Fermer Elaboration des cours

Fermer Exercices philosophiques

Fermer Auteurs et oeuvres

Fermer Méthodologie

Fermer Ressources en ligne

Fermer Agrégation interne

Hors des sentiers battus
Le langage animal ; les langages animaux

  "Après s'être débarrassée de sa charge, la pourvoyeuse entame une sorte de ronde. Elle se met à trottiner à pas rapides sur le rayon, là où elle se trouve, en cercles étroits, changeant fréquemment les sens de sa rotation, décrivant de la sorte un ou deux arcs de cercle chaque fois, alternativement vers la gauche et vers la droite. Cette danse se déroule au milieu de la foule des abeilles, et est d'autant plus frappante et attrayante qu'elle est contagieuse. […]
  Si l'on regarde attentivement une des ouvrières qui escortent la danseuse, on peut observer qu'elle se prépare à l'envol, fait un brin de toilette, se faufile vers le trou de vol et quitte la ruche. Dès lors, il ne faut pas longtemps pour que d'autres abeilles viennent s'associer, sur notre table d'expérience, à la première qui l'a découverte. Les nouvelles venues dansent aussi, lorsqu'elles rentrent chargées à la ruche, et plus les danseuses sont nombreuses, plus il y a d'abeilles qui se pressent vers la table. La relation ne peut être mise en doute : la danse annonce dans la ruche la découverte d'une riche récolte. Mais comment les abeilles qui en sont averties trouvent-elles l'endroit où il faut aller la chercher ? […]

  Si nous nous arrangeons pour que des abeilles numérotées, appartenant à une ruche d'observation, aillent récolter au voisinage de celle-ci, et qu'au même moment d'autres bêtes marquées, de la même colonie, remplissent leur jabot à un endroit beaucoup plus éloigné, les rayons de la ruche seront le théâtre d'une scène surprenante : toutes les ouvrières qui butinent près de la ruche exécutent des rondes et toutes celles qui récoltent loin font des danses frétillantes.
  Dans ce dernier cas, l'abeille court en ligne droite sur une certaine distance, décrit un demi-cercle pour retourner à son point de départ, court de nouveau en ligne droite, décrit un demi-cercle de l'autre côté et cela peut continuer au même endroit pendant plusieurs minutes. Ce qui distingue surtout cette danse de la ronde, ce sont de rapides oscillations de la pointe de l'abdomen, et elles sont toujours exécutées pendant le trajet en ligne droite (appelé pour cela trajet frétillant).
  Si l'on éloigne progressivement le ravitaillement qu'on avait placé près de la ruche, on observe que quand il est distant de 50 à 100 mètres, les rondes des pourvoyeuses font place à des danses frétillantes. De même, si l'on rapproche petit à petit celui qui était loin, les danses frétillantes sont remplacées par des rondes lorsqu'on arrive à une distance de 100 à 50 mètres de la ruche. Les deux danses représentent donc deux expressions différentes de la langue des abeilles ; l'une indique la proximité d'une récolte, l'autre son éloignement, et, comme on peut le démontrer, c'est bien dans ce sens que les abeilles les interprètent. […]
  Il serait de peu d'intérêt pour les abeilles d'apprendre qu'à 2 kilomètres de la ruche il y a un tilleul en fleur, si ne leur était communiquée en même temps la direction dans laquelle il faut chercher. Et effectivement, la danse frétillante comporte également des indications sous ce rapport. Celles-ci sont données par l'allure de cette danse, et en l'occurrence par la direction de son parcours rectiligne. Pour faire part de leurs directives, les abeilles recourent à deux méthodes bien distinctes, selon qu'elles exécutent leur danse sur le rayon disposé verticalement dans la ruche - cas le plus fréquent -, ou sur une surface horizontale, par exemple sur la planchette d'envol […]
  Nous nous souviendrons d'abord du rôle de boussole que joue le soleil. Si, pour voler de la ruche jusqu'au ravitaillement, l'ouvrière a le soleil sous un angle de 40° à gauche et vers l'avant, elle observe ce même angle par rapport au soleil lorsqu'elle danse, et stipule ainsi directement le lieu de la récolte. Les abeilles qui suivent la danseuse enregistrent sa position par rapport au soleil pendant le parcours rectiligne de sa danse ; si elles adoptent, en quittant la ruche, une position semblable relativement à l'astre du jour, elles volent bien dans la direction de l'endroit intéressant...
  À l'intérieur de la ruche, il fait sombre et le ciel est totalement invisible : en outre, les rayons sont disposés verticalement, ce qui contribue à exclure toute possibilité d'indication du genre de celle que nous venons de décrire. Dans de telles conditions, les abeilles utilisent leur seconde méthode, d'ailleurs très remarquable. Elles reproduisent par rapport à la verticale l'angle que faisait la direction du butin avec celle du soleil ; pour ce faire, elles recourent au code que voici : si le parcours rectiligne de la danse est orienté vers le haut, cela signifie que le butin se trouve dans la direction du soleil ; ce même parcours orienté vers le bas indique la direction opposée ; un angle de 60° à gauche en haut, toujours par rapport à la verticale, envoie les abeilles vers une récolte située à 60° à gauche du soleil, etc. Les indications perçues ainsi par rapport à la verticale, dans l'obscurité de la ruche et grâce à leur fine sensibilité, les ouvrières qui suivent la danseuse les reporteront plus tard dans l'espace en se servant du soleil comme repère. […]
  La danse frétillante et son parcours rectiligne plein de fougue, la ronde et ses orbites circulaires, semblent inviter à l'action avec une clarté tellement symbolique qu'elle nous étonne ; la première incite les abeilles à se précipiter au loin, la seconde à chercher dans les environs immédiats de la ruche. Celles qui doivent partir au loin reçoivent, selon un système parfaitement établi, des indications précises quant au but de leur course. Mais lorsque des centaines d'ouvrières se mettent en route, obéissent aux directives reçues, il y en a généralement quelques-unes qui font autrement que les autres ; quelques-unes qui, après des rondes, s'en vont chercher au loin, ou qui restent dans les environs de la ruche après des danses frétillantes, ou encore qui partent dans une mauvaise direction. N'auraient-elles pas compris le langage de leurs compagnes ? Ou sont-ce de mauvaises têtes, qui n'en veulent faire qu'à leur guise ? Quel que puisse être le motif de leur « fausse manoeuvre », il s'agit de très utiles originales, si l'on envisage la question sur le plan de la communauté. En effet, lorsqu'au sud se met à fleurir un champ de colza, il est évidemment indiqué d'y envoyer en groupes nourris les pourvoyeuses, mais il est encore intéressant d'aller voir à ce même moment s'il n'y a pas autre part un champ de colza dont les boutons sont en train de s'ouvrir. C'est grâce à ces originales, dont le comportement n'est pas conforme à celui des autres abeilles, que toutes les sources de butin qui se trouvent à la portée de la colonie sont tellement vite découvertes."


Karl Von Frisch, Vie et moeurs des abeilles, 1927, tr. fr. André Dalcq, Albin Michel, 1984, p. 154-184, J'ai Lu, 1974, p. 152-182.

 

  "Les abeilles sont en mesure de désigner par leurs danses d'autres buts que les sources de nectar et de pollen : par exemple, un bourbier favorable pour l'obtention d'eau, laquelle n'est pas seulement nécessaire en abondance pour étancher la soif, mais souvent pour rafraîchir la ruche ; ou encore, les danses indiquent une place où l'on peut récolter sur les bourgeon des arbres quelque résine convenant pour enduire l'intérieur de la ruche et colmater les fissures propices aux courants d'air. Un intérêt particulier s'attache aux danses des « éclaireuses » qui ont été en quête d'une demeure et donnant alors connaissance à un essaim de la situation d'un endroit où s'installer.
  Immédiatement après avoir essaimé, les abeilles se réu­nissent autour de leur reine et forment une « grappe », qui est la plupart du temps suspendue à un arbre des environs. C'est alors aux éclaireuses qu'incombe la tâche de découvrir à la jeune colonie un abri approprié : arbre creux, cavité ménagée dans le roc ou dans un mur, ruche vide, et ainsi de suite. Les émissaires s'en vont par douzaines, dans toutes les directions, et il ne faudra pas longtemps pour que l'un ou l'autre d'entre eux ait découvert, ici ou là, un emplacement qui mérite d'être pris en considération, quand bien même il serait à des kilomètres de distance. À leur retour, les éclaireuses dont les recherches ont été couronnées de succès dansent sur la grappe formée par l'essaim, et indiquent ainsi la direction et l'éloignement de l'abri qu'elles ont trouvé, exactement comme le font les pourvoyeuses pour la localisation d'une récolte. À la suite de cela, on observe un nombre croissant de danses dans l'essaim ; les unes indiquent une petite distance, les autres une plus grande ; celles-ci une telle direction, celles-là encore une autre, chacune selon l'habitat découvert. Il est curieux de constater que la vigueur avec laquelle la danseuse invite les ouvrières à se joindre à elle, est en rapport avec le lieu en faveur duquel elle se démène. De même que les danses, pour une récolte abondante et très sucrée, sont pleines de vitalité et mettent toute la colonie en émoi alors qu'elles s'alanguissent lorsque le nectar possède moins de qualités, ainsi les éclaireuses, s'en tenant à des normes très strictes, dansent d'autant plus vigoureusement que l'abri découvert par elles répond mieux aux besoins de la colonie. Et ici, beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte : les dimen­sions de l'excavation repérée, le fait que son entrée soit protégée du vent et qu'il n'y ait pas de courants d'air à l'intérieur, une éventuelle odeur qui devra plaire aux abeilles, et qui sait quoi d'autre encore !

  Alors se produit, en quelques heures ou parfois même en quelques jours, une chose extrêmement remarquable. Les danseuses les plus animées sont suivies d'un nombre de plus en plus grand de compagnes qui sont allées explorer l'endroit signalé et qui – après s'être pour ainsi dire convaincues « de visu » de ses qualités – se mettent à danser et à faire de la propagande pour lui. Il arrive même que des danseuses qui jusqu'alors avaient fait du racolage en faveur d'une autre demeure présentant moins d'avantages, soient entraî­nées par le tourbillon d'une éclaireuse plus heureuse qu'elles et se laissent convertir, en ce sens qu'elles commencent par suivre leur concurrente dans la grappe de l'essaim, puis que, obéissant à ses directives, elles s'en aillent visiter l'autre abri et finissent même par faire du recrutement pour leur rivale. Beaucoup d'éclaireuses qui ne pouvaient défendre leur découverte avec autant d'ardeur, cessent tout simplement de danser lorsque les choses ont atteint ce stade. Peu à peu, on en arrive ainsi à une unification : toutes dansent au même rythme et selon la même direction, et dès que les choses en sont là, la grappe de l'essaim se disloque et s'envole, sous la conduite de centaines d'ouvrières qui connaissent déjà le chemin, vers l'objectif qui a recueilli, de tous, le plus de suffrages."

 

Karl Von Frisch, Vie et moeurs des abeilles, 1927, tr. fr. André Dalcq, Albin Michel, 1984, p. 154-184, J'ai Lu, 1974, p. 193-195.


 

  "Notre problème central est le suivant : qu'est-ce qui pousse l'acteur à donner un signal ? Qu'est-ce qui fait que la mouette adulte appelle ses petits et leur offre à manger ? À en juger d'après notre comportement à nous, nous tendrions à penser que l'acteur songe à une certaine fin, qu'il agit en vue d'arriver à cette fin. Mais tout donne à penser que, chez l'animal, les activités ne dépendent pas de cette sorte de « préscience » qui, d'une façon inexpliquée, commande à tel point notre propre comportement. S'il y avait une telle préscience, et une telle conscience des fins poursuivies par le comportement, nous ne pourrions expliquer les nombreux cas où, bien que leur comportement n'ait pas atteint sa fin, les animaux ne font rien pour y porter remède. Par exemple, si les cris d'alarme étaient poussés en vue d'avertir d'autres individus, on ne comprendrait pas pourquoi les oiseaux le poussent avec la même vigueur, qu'il ait ou non un congénère aux alentours. Ou encore, si les parents étaient guidés par une connaissance des fonctions de couvaison et d'alimentation, les oiseaux chanteurs colonisés par un Coucou ne laisseraient pas leurs propres petits mourir sous leurs yeux après que le petit Coucou les ait jetés hors du nid. On peut montrer que ce comportement (dont il existe beaucoup d'exemples semblables) est dû à des réactions relativement rigides et immédiates à des stimuli internes et externes. Le parent d'oiseaux chanteurs ne peut nourrir ses petits s'ils ne le lui demandent pas. Il ne peut les couver s'ils ne sont pas dans le nid. D'autre part, un oiseau qui a des petits ne peut s'empêcher de pousser le cri d'alarme s'il aperçoit un prédateur, qu'il y ait ou non un congénère à prévenir.
  Pour revenir aux Goélands argentés, tout nous amène à conclure que l'adulte réagit de façon rigide à un besoin interne et aux stimuli fournis par l'emplacement du nid et par les petits eux-mêmes. Cette rigidité est manifeste quand on constate les réactions d'un adulte à un poussin mort. Plus d'une fois, j'ai vu des oisillons tués par un adulte du voisinage. Alors qu'ils le défendent férocement tant qu'il est vivant, son père et sa mère le dévorent dès qu'il est mort. Ils n'entendent plus les cris du petit oiseau, ils ne voient plus ses mouvements ; cela suffit à lui faire perdre toute réalité en tant que poussin, et à le transformer en nourriture.

  Il est hors de doute que nous pouvons généraliser cette conclusion. Sauf peut-être chez les mammifères tout à fait supérieurs, tout comportement de signalement est une réaction immédiate à des stimuli internes et externes. À cet égard, il y a une grande différence entre l'Homme et les autres animaux. On peut comparer les signaux des animaux aux cris de l'être humain dans sa première enfance, ou aux expressions involonta­ires de la colère ou de la peur, chez les humains de tout âge ; nous savons que ce « langage émotionnel » de l'homme est différent du discours volontaire. Le « langa­ge » des animaux est au niveau de notre « langage émotionnel ».
  En outre, le comportement de signalement est inné, probablement dans tous les cas que nous avons évoqués. La chose a été prouvée chez un certain nombre d'anim­aux en les élevant à l'écart des autres membres de leur espèce, afin qu'ils n'aient aucune chance de voir et d'imiter leur comportement. En fait, nous savons actuel­lement que l'imitation réelle est extrêmement rare chez les animaux, On est pourtant toujours surpris, quand on voit de tels animaux isolés se livrer à des comporte­ments aussi complexes que la nidification, la résistance à un adversaire ou la cour à une femelle, et qu'ils le font pour la première fois de leur vie. Un jour, par exemple, nous élevâmes dans l'isolement (depuis l'œuf) un mâle Épinoche commune ; une fois qu'il eut atteint sa maturi­té sexuelle, quand nous le mîmes en face d'un mâle et d'une femelle, nous vîmes qu'il possédait intégrale­ment le comportement d'agression et toute la chaîne des activités de cour. À cet égard aussi, le « langage » animal diffère du discours humain."

 

Nikolaas Tinbergen, La Vie sociale des animaux, 1953, tr. fr. Laurent Jospin, Petite Bibliothèque Payot, 1979, p. 98-100.



  "Si l'on trouve, chez tous les oiseaux, l'émission-jeu aussi bien que l'émission affective, chez le perroquet le type ludique de « lan­gage » joue un rôle important. Leur don d'imitation sonore est si riche et puissant, qu'il atteint jusqu' « à la manière de » la parole humaine, ou plutôt des mots humains. Le « langage » de ces oiseaux constitue un phénomène si frappant qu'il forme un chapitre spécial, si l'on peut dire, du problème de l'émission sonore chez les bêtes. Bien qu'il y ait quelques autres espèces d'oiseaux, auxquelles on peut apprendre à imiter des sons proprement humains, ce mimétisme vocal apparaît bien plus nettement chez les perroquets. Comment l'expliquer ?
  L'organisation du perroquet mérite l'attention pour sa singularité. D'abord, sa langue est ultra-mobile ; elle lui sert à triturer sa nour­riture. Voilà réalisée, du coup, une première condition fonctionnelle d'une émission sonore très variée. De plus, cet oiseau est, à sa manière, un fin gourmet, grand amateur de friandises. Alors que sa nourriture est très variée, il a des préférences, des mets de choix, des élections gourmandes. Comme tous les animaux qui se trouvent dans ce cas, tout, en lui, est disposé en vue du choix. D'où, sans doute, la formation rapide de ses habitudes, sa réaction aux nuances de la situation globale prise comme un aspect général, réaction si forte qu'elle suscite l'accoutumance au milieu humain, l'écoute et l'observation visuelle, l'une et l'autre attentives, tendues vers tout ce qui se passe dans l'ambiance. Le perroquet « connaît » des gens, réagit aux plus subtiles différences dans l'aspect extérieur et la façon de se mouvoir. Comme bête arboricole, il est prédisposé au contact des structures ; comme espèce volatile, à la vie sociale et à l'imitation. D'autre part, bien plus que d'autres oiseaux, les perroquets sont inquiets, toujours en éveil, en mouvement. Surtout s'ils sont captifs, un besoin de mou­vement les travaille, un « surplus d'impulsion », qui tend sans cesse à s'exprimer par une conduite ludique. Cette surabondance constante et débordante de mobilité se traduit, chez les singes, par la perpétuelle manipulation, comme folâtre, des objets, etc. ; chez le perroquet, doté d'ailes au lieu de mains, ce besoin de mouvement se « réfugie » en d'autres parties du corps, « libres» et disponibles, et peut s'exprimer surtout par l'émission sonore. Enfin, déjà les sonorités naturelles aux perroquets s'apparentent aux sons humains, de sorte que le « langage» ultérieur n'est rien autre qu'une série de variantes, à partir des sons naturels et spontanés. Le jeu sonore de cet animal incorpore, en les adaptant des sons ambiants surtout si cette adaptation se trouve cimentée, renforcée par des « récompenses », c'est-à-dire par des associations positives. L'expérience nous apprend que, surérogatoi­rement, le jeu même du mimétisme vocal procure à la bête un bien­-être, un assouvissement, qui satisfait son besoin d'impressions et perceptions confortables (c'est pour la même raison qu'il « adore » se gratter, voire qu'on le gratte).

  Ces diverses propriétés constituent les conditions du langage, chez cet animal. Il apprend à « parler », non pas en vertu d'affects, mais en jouant, par écholalie et imitation, tout comme le petit enfant des hommes.
  Mais voici la véritable question : cet oiseau, qui « parle », com­prend-il aussi ? Sans aucun doute, les sons émis par le perroquet, s'ils sont déclenchés par ses rapports avec des hommes – qui lui offrent des friandises, le grattent, etc. – remplissent une fonction affective, voire pseudo-représentative. Mais, comme tous les autres sons proférés par les bêtes, ils n'en restent pas moins des signaux et des mouvements expressifs. Bien entendu, les récits ne manquent pas de perroquets qui « parlent comme vous et moi ». La plupart sont aussi anthropomorphiques que les histoires de chiens « intelli­gents », sans parler d'autres animaux. Ce qui rend difficile tout juge­ment à leur égard, c'est qu'il est impossible de contrôler si les descriptions en sont complètes et exactes. De plus, on ignore en général les rétroactes de la bête en question, y compris la façon dont elle en est arrivée à imiter des sons humains. Des actes, dépendant de minimes nuances dans la situation générale où se trouve l'animal, se produisent assez souvent ; ils ont été relevés. Par exemple : plus d'un chien se conduit différemment le dimanche et en semaine. Est-ce une preuve de compréhension, de réflexion ? Certes, non. Il en va de même pour les innombrables perroquets qui disent « bonjour » le matin, et « bonsoir » au crépuscule, appellent quelqu'un par son nom, demandent une faveur et remercient après l'avoir reçue, etc.
  Celui qu'a décrit BREHM savait dire : « Donne-moi une amande », et : « Donne-moi une noisette.» Mais je ne sache pas qu'après avoir été gratifié d'une noisette, alors qu'il quémandait une amande, il ait réagi en croassant : « Erreur ! C'est une amande qu'il me faut ! » Mais c'eût été là vraiment un « parler », c'est-à-dire une libération de la simple émission sonore, un affranchissement de l'oiseau par rapport à la situation, une association délibérée des mots déjà connus, repris dans une liaison nouvelle. Une de ces bêtes avait appris de LUCANUS à s'exclamer « adieu », chaque fois qu'une personne quittait la chambre. Un jour, entra quelqu'un vis-à-vis de qui l'oiseau éprouvait visiblement une vive répugnance ; aussitôt le perroquet se mit à lui crier : « Adieu ! » Voir en cette façon d'agir « une tactique pour éloigner un être antipathique », est erroné. Car, énervé, hors de lui, le perroquet crie tout ce qui lui passe par la tête, vide tout son sac à malices, y compris donc, en l'occurrence, cet « adieu ». Toutes les autres anecdotes célébrant les performances vocales des perroquets ne fournissent, elles aussi, pas une seule preuve de pensée concep­tuelle ou de vocabulaire, au vrai sens du mot. Certes, il existe des associations, subtilement différenciées, avec la situation ; mais, pour le reste, le prétendu langage des oiseaux n'est qu'une formation de sons en guise de jeu, qui s'adapte aux impressions reçues."

 

F. J. J. Buytendijk, Traité de psychologie animale, 1952, tr. fr. A. Frank-Duquesne, PUF logos, p. 239-242.

 



  "Employer un symbole est cette capacité de retenir d'un objet sa structure caractéristique et de l'identifier dans des ensembles différents. C'est cela qui est propre à l'homme et qui fait de l'homme un être rationnel. La faculté symbolisante permet en effet la formation du concept comme distinct de l'objet concret, qui n'en est qu'un exemplaire. Là est le fondement de l'abstraction. […] Or, cette capacité représentative d'essence symbolique qui est à la base des fonctions conceptuelles n'apparaît que chez l'homme. Elle s'éveille très tôt chez l'enfant, avant le langage, à l'aube de sa vie consciente. Mais elle fait défaut chez l'animal.
  Faisons toutefois une exception glorieuse en faveur des abeilles. D'après les observations mémorables de K. von Frisch, quand une abeille éclaireuse a découvert au cours de son vol solitaire une source de nourriture, elle retourne à la ruche annoncer sa trouvaille en dansant sur les alvéoles une danse particulière, frétillante, et en décrivant certaines figures qu'on a pu analyser ; elle indique ainsi aux autres abeilles qui trottinent derrière elle la distance et la direction où se trouve la nourriture. Celles-ci s'envolent alors et vont sans erreur au but qui est parfois fort éloigné de la ruche. Observation de la plus haute portée, qui semble suggérer que les abeilles communiquent entre elles par un symbolisme particulier et se transmettent de véritables messages. Devons- nous mettre ce système de communication en rapport avec le fonctionnement si remarquable de la ruche ? La vie des insectes sociaux suppose-t-elle un certain niveau des rela­tions symboliques ? C'est déjà beaucoup de pouvoir seule­ment poser la question. Nous demeurons, hésitants et fascinés, au bord d'un immense problème : l'homme pourra-t-il pour la première fois, surmontant la barrière biologique, jeter un regard à l'intérieur d'une société animale et décou­vrir le principe qui l'organise ? Cette réserve faite, on peut montrer plus précisément où est la différence qui sépare l'homme de l'animal. Prenons d'abord grand soin de distinguer deux notions qui sont bien souvent confondues quand on parle du « langage animal » : le signal et le symbole.

  Un signal est un fait physique relié à un autre fait physique par un rapport naturel ou conventionnel : éclair annonçant l'orage ; cloche annonçant le repas ; cri annonçant le danger. L'animal perçoit le signal et il est capable d'y réagir adéquatement. On peut le dresser à identifier des signaux variés, c'est-à-dire à relier deux sensations par la relation de signal. […] Mais il utilise en outre le symbole qui est institué par l'homme ; il faut apprendre le sens du symbole, il faut être capable de l'interpréter dans sa fonction signifiante et non plus seulement de le percevoir comme impression sensorielle, car le symbole n'a pas de relation naturelle avec ce qu'il symbolise. L'homme invente des symboles ; l'animal, non. […] On dit souvent que l'animal dressé comprend la parole humaine. En réalité l'animal obéit à la parole parce qu'il a été dressé à la reconnaître comme signal, mais il ne saura jamais l'interpréter comme symbole. Pour la même raison, l'animal exprime ses émotions, il ne peut les dénommer. On ne saurait trouver au langage un commencement ou une approximation dans les moyens d'expression employés chez les animaux. Entre la fonction sensori-motrice et la fonction représentative, il y a un seuil que l'humanité seule a franchi. […] L'émergence de Homo dans la série animale peut avoir été favorisée par sa structure corporelle ou son organisation nerveuse ; elle est due avant tout à sa faculté de représentation symbolique, source commune de la pensée, du langage et de la société."

 

Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, t. 1, 1963, Gallimard tel, 2001, p. 26-28.


 

  "Appliquée au monde animal, la notion de langage n'a cours que par un abus de termes. On sait qu'il a été impossible jusqu'ici d'établir que des animaux disposent, même sous une forme rudimentaire, d'un mode d'expression qui ait les caractères et les fonctions du langage humain. Toutes les observations sérieuses pratiquées sur les communautés animales, toutes les tentatives mises en œuvre au moyen de techniques variées pour provoquer ou contrôler une forme quelconque de langage assimilable à celui des hommes ont échoué. Il ne semble pas que ceux des animaux qui émettent des cris variés manifestent, à l'occasion de ces émissions vocales, des comportements d'où nous puissions inférer qu'ils se transmettent des messages « parlés ». Les conditions fondamentales d'une communication proprement linguistique semblent faire défaut dans le monde des animaux même supérieurs.
  La question se pose autrement pour les abeilles, ou du moins on doit envisager qu'elle puisse se poser désormais. Tout porte à croire – et le fait est observé depuis longtemps – que les abeilles ont le moyen de communiquer entre elles. […]

  La danse en cercle annonce que l'emplacement de la nourriture doit être cherché à une faible distance, dans un rayon de cent mètres environ autour de la ruche. Les abeilles sortent alors et se répandent autour de la ruche jusqu'à ce qu'elles l'aient trouvé. L'autre danse, que la butineuse accomplit en frétillant et en décrivant des huit (wagging-dance), indique que le point est situé à une distance supérieure, au-delà de cent mètres et jusqu'à six kilomètres. Ce message fournit deux indications distinctes, l'une sur la distance propre, l'autre sur la direction. La distance est impliquée par le nombre de figures dessinées en un temps déterminé ; elle varie toujours en raison inverse de leur fréquence. Par exemple, l'abeille décrit neuf à dix « huit » complets en quinze secondes quand la distance est de cent mètres, sept pour deux cent mètres, quatre et demi pour un kilomètre, et deux seulement pour six kilomètres. Plus la distance est grande, plus la danse est lente. […]
  Les abeilles apparaissent capables de produire et de comprendre un véritable message, qui enferme plusieurs données. Elles peuvent donc enregistrer des relations de position et de distance ; elles peuvent les conserver en « mémoire » ; elles peuvent les communiquer en les symbolisant par divers comportements somatiques. Le fait remarquable est d'abord qu'elles manifestent une aptitude à symboliser : il y a bien correspondance « conventionnelle » entre leur comportement et la donnée qu'il traduit. Ce rapport est perçu par les autres abeilles dans les termes où il leur est transmis et devient moteur d'action. Jusqu'ici, nous trouvons, chez les abeilles, les conditions mêmes sans lesquelles aucun langage n'est possible, la capacité de formuler et d'interpréter un «signe », qui renvoie à une certaine « réalité », la mémoire de l'expérience et l'aptitude à la décomposer.
  Le message transmis contient trois données, les seules identifiables jusqu'ici : l'existence d'une source de nourriture, sa distance, sa direction. On pourrait ordonner ces éléments d'une manière un peu différente. La danse en cercle indique simplement la présence du butin, impliquant qu'il est à faible distance. Elle est fondée sur le principe mécanique du « tout ou rien ». L'autre danse formule vraiment une communication ; cette fois, c'est l'existence de la nourriture qui est implicite dans les deux données (distance, direction) expressément énoncées. On voit ici plusieurs points de ressemblance au langage humain. Ces procédés mettent en œuvre un symbolisme véritable bien que rudimentaire, par lequel des données objectives sont transposées en gestes formalisés, comportant des éléments variables et de « signi­fication » constante. En outre, la situation et la fonction sont celles d'un langage, en ce sens que le système est valable à l'intérieur d'une communauté donnée et que chaque membre de cette communauté est apte à l'employer ou à le compren­dre dans les mêmes termes.
  Mais les différences sont considérables et elles aident à prendre conscience de ce qui caractérise en propre le langage humain. Celle-ci, d'abord, essentielle, que le message des abeilles consiste entièrement dans la danse, sans intervention d'un appareil « vocal », alors qu'il n'y a pas de langage sans voix. D'où une autre différence, qui est d'ordre physique. N'étant pas vocale mais gestuelle, la communication chez les abeilles s'effectue nécessairement dans des conditions qui permettent une perception visuelle, sous l'éclairage du jour ; elle ne peut avoir lieu dans l'obscurité. Le langage humain ne connaît pas cette limitation.
  Une différence capitale apparaît aussi dans la situation où la communication a lieu. Le message des abeilles n'appelle aucune réponse de l'entourage, sinon une certaine conduite, qui n'est pas une réponse. Cela signifie que les abeilles ne connaissent pas le dialogue, qui est la condition du langage humain. Nous parlons à d'autres qui parlent, telle est la réalité humaine. Cela révèle un nouveau contraste. Parce qu'il n'y a pas dialogue pour les abeilles, la communication se réfère seulement à une certaine donnée objective. Il ne peut y avoir de communication relative à une donnée « linguistique » ; déjà parce qu'il n'y a pas de réponse, la réponse étant une réaction linguistique à une manifestation linguistique ; mais aussi en ce sens que le message d'une abeille ne peut être reproduit par une autre qui n'aurait pas vu elle-même les choses que la première annonce. On n'a pas constaté qu'une abeille aille par exemple porter dans une autre ruche le message qu'elle a reçu dans la sienne, ce qui serait une manière de transmission ou de relais. On voit la différence avec le langage humain, où, dans le dialogue, la référence à l'expérience objective et la réaction à la manifestation linguistique s'entremêlent librement et à l'infini. L'abeille ne construit pas de message à partir d'un autre message. [...] Or, le caractère du langage est de procurer un substitut de l'expérience apte à être transmis sans fin dans le temps et l'espace, ce qui est le propre de notre symbolisme et le fondement de la tradition linguistique.
  Si nous considérons maintenant le contenu du message, il sera facile d'observer qu'il se rapporte toujours et seulement à une donnée, la nourriture, et que les seules variantes qu'il comporte sont relatives à des données spatiales. Le contraste est évident avec l'illimité des contenus du langage humain. De plus, la conduite qui signifie le message des abeilles dénote un symbolisme particulier qui consiste en un décalque de la situation objective, de la seule situation qui donne lieu à un message, sans variation ni transposition possible. Or, dans le langage humain, le symbole en général ne configure pas les données de l'expérience, en ce sens qu'il n'y a pas de rapport nécessaire entre la référence objective et la forme linguistique. Il y aurait ici beaucoup de distinctions à faire au point de vue du symbolisme humain dont la nature et le fonctionnement ont été peu étudiés. Mais la différence subsiste.
  Un dernier caractère de la communication chez les abeilles l'oppose fortement aux langues humaines. Le message des abeilles ne se laisse pas analyser. Nous n'y pouvons voir qu'un contenu global, la seule différence étant liée à la position spatiale de l'objet relaté. Mais il est impossible de décomposer ce contenu en ses éléments formateurs, en ses « morphèmes », de manière à faire correspondre chacun de ces morphèmes à un élément de l'énoncé. Le langage humain se caractérise justement par là. Chaque énoncé se ramène à des éléments qui se laissent combiner librement selon des règles définies, de sorte qu'un nombre assez réduit de morphèmes permet un nombre considérable de combinaisons, d'où naît la variété du langage humain, qui est capacité de tout dire. Une analyse plus approfondie du langage montre que ces morphèmes, éléments de signification se résolvent à leur tour en phonèmes, éléments d'articulation dénués de signification, moins nombreux encore, dont l'assemblage sélectif et distinctif fournit les unités signifiantes. Ces phonèmes « vides », organisés en systèmes, forment la base de toute langue. Il est manifeste que le langage des abeilles ne laisse pas isoler de pareils constituants ; il ne se ramène pas à des éléments identifiables et distinctifs."

 

Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, t. 1, 1963, Gallimard tel, 2001, p. 56-62.



  "Les bêtes, elles, ne parlent pas. Dans un univers de parole grandissante, de contrainte d'aveu et de parole, elles seules restent muettes, et de ce fait elles semblent reculer loin de nous, derrière l'horizon de la vérité. Mais c'est ce qui fait que nous sommes intimes avec elles. Ce n'est pas le problème écologique de leur survie qui est important. C'est encore et toujours celui de leur silence. Dans un monde en voie de ne plus faire que de parler, dans un monde rallié à l'hégémonie des signes et du discours, leur silence pèse de plus en plus lourd sur notre organisation du sens.
  Bien sûr, on les fait parler, et de toutes les façons, moins innocentes les unes que les autres. Elles ont parlé le discours moral de l'homme dans la fable. Elles ont supporté le discours structural dans la théorie du totémisme. Elles livrent tous les jours leur message « objectif » – anatomique, physiologique, générique – dans les laboratoires. Elles ont servi tour à tour de métaphore pour les vertus et les vices, de modèle énergétique et écologique, de modèle mécanique er formel dans la bionique, de registre phantasmatique pour l'inconscient et, dernier en date, de modèle de déterritorialisation absolue du désir dans le « devenir-animal » de Deleuze (paradoxal : prendre l'animal comme modèle de déterritorialisation alors qu'il est par excellence l'être du territoire).

  Dans tout cela, métaphore, cobaye, modèle, allégorie (sans oublier leur « valeur d'usage » alimentaire), les bêtes tiennent un discours de rigueur. Nulle part elles ne parlent vraiment, puisqu'elles ne fournissent que les réponses qu'on leur demande. C'est leur façon à elles de renvoyer l'Humain à ses codes circulaires, derrière lesquels leur silence nous analyse."

 

Jean Baudrillard, Simulacres et simulation, 1981, Editions Calilée, p. 199.



  "La manière dont les deux chimpanzés, Washoe et Sarah paraissent, durant leur apprentissage, maîtriser le code auquel on les dresse, indique qu'ils sont capables de symboliser, qu'ils peuvent même utiliser les symboles en dehors de la présence physique des objets correspondants. Mieux encore, ils savent isoler par analyse des traits. Ils peuvent, pourvu qu'il s'agisse toujours de symboles et non de signes arbitraires, les utiliser pour abstraire, c'est-à-dire classer des objets distincts selon un aspect qu'ils possèdent en commun : par exemple la pomme et la banane, série à partir de laquelle ils sont capables d'abstraire le symbole valant pour « fruit », ou inversement le rouge et le rond, série dont ils peuvent tirer « pomme ». Enfin et surtout, ces singes sont capables d'assimiler les structures abstraites qui correspondent aux phrases simples des langues humaines, et dont les éléments, agencés en séquences non aléatoires[1], peuvent être, chacun en sa position, rem- placés par d'autres appartenant aux mêmes ensembles. Ainsi, Sarah est apte à combiner les unités selon une même structure, pour obtenir des énoncés comme Mary + donner + pomme, Sarah sait même enseigner le code à d'autres singes. Et pourtant tout cela ne suffit pas, malgré l'apparence. En effet, pour que l'on puisse parier de langue et même de langage, il faudrait qu'il n'y eût pas seulement perception unilatérale de messages, comme c'est le cas chez les singes auxquels les expérimentateurs ont appris comment réagir à des énoncés constitués des symboles qu'ils les ont dressés d'abord à interpréter individuellement. Il faudrait, d'une part, qu'il y eût intelligence conceptuelle, agençant des signes purs ; et d'autre part, qu'il y eût encore initiative prise par chacun des individus du couple émetteur-récepteur en rapport d'inversion systématique entre eux, le récepteur assumant la totalité des fonctions de l'émetteur lorsque à son tour il agit comme tel."

 

Claude Hagège, L'Homme de paroles, 1985, Folio essais, 2002, p. 139-140.


[1] Agencés en séquences aléatoires : placés dans un certain ordre (ici, l'ordre grammatical).


 

Retour au menu sur l'animal


Date de création : 11/12/2020 @ 09:17
Dernière modification : 18/03/2025 @ 08:27
Catégorie :
Page lue 3575 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article

Recherche



Un peu de musique
Contact - Infos
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

^ Haut ^