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Texte à méditer :  L'histoire du monde est le tribunal du monde.
  
Schiller
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Hors des sentiers battus
Une cosmologie scientifique est-elle possible ?

  "Quant à notre système planétaire, la connaissance exacte que nous possédons de sa constitution actuelle peut donner quelque solidité à nos conjectures sur le mode de sa formation. Mais, au contraire, malgré les précieuses observations d'Herschel et de ses successeurs sur la comparaison des nébuleuses et sur les mouvements relatifs des étoiles doubles, malgré même ) 'ingénieuse méthode si heureuse­ment préparée par M. Savary pour utiliser plus tard ce dernier genre d'observations de manière à obtenir une première approximation certaine des éléments astronomiques de quelques étoiles, on ne peut se dissimuler que l'astronomie sidérale, comparée à notre astronomie solaire, est encore tout à fait dans l'enfance et ne saurait offrir aucun point d'appui positif à ces spéculations sur les états antérieurs de l'univers. Toute tentative à cet égard me paraît donc aujourd'hui extrêmement prématurée, puisque les phénomènes nous manquent pour confirmer ou pour infirmer la justesse des conjectures qui peu­vent être formées, et qui, pour ce motif ne sauraient avoir encore aucun caractère scientifique : laissons-les provisoirement se disputer les unes aux autres le domaine de la pure imagination. Comment oserions-nous conjecturer avec quelque confiance sur la formation de l'univers lorsque nos connaissances réelles à ce sujet sont encore si peu, avancées que nous ignorons même complètement jusqu'ici s'il existe en effet un univers dans la rigoureuse acception du terme, c'est-à-dire, si tous les grands corps naturels forment réellement un système unique, et, non pas un certain nombre, peut-être fort grand, de systèmes partiels entièrement indépendants les uns des autres ?"

 

Auguste Comte, "Premier mémoire sur la cosmogonie positive", 1835, in Écrits de jeunesse (1816-1828). Suivis du Mémoire sur la cosmogonie de Laplace (1835), EHESS, 1995, p. 588.



  "Rien de plus significatif que ce déclin de la Cosmologie à l'âge que l'on peut dire classique quand on parle de la Science (entre la fin du XVIIe et la fin du XIXe siècle), rien de plus significatif que la méditation d'un très grand philosophe, Emmanuel Kant. On doit à Kant l'une des premières ten­tatives cohérentes de synthèse cosmologique qui s'appuie sur la loi de la gravitation universelle de Newton, et qui anticipe remarquablement, sur certains points, les théories du XXe siècle ; c'était au milieu du XVIIIe siècle :  pourtant, trente ans après, lorsque Kant écrivit l'œuvre qui lui assura l'immortalité [la Critique de la raison pure, en 1781], il prétendit démontrer que les questions ultimes que pourrait se poser la Cosmologie : si l'Univers est fini dans l'espace, s'il a une origine dans le Temps – que ces questions sont insolubles parce qu'elles sont dénuées de sens, et, qu'à tenter d'y répondre, on ne peut que s'empêtrer dans la contradiction ; il avait donc dû, à mesure que le siècle et sa propre pensée avançaient, renoncer à la Cosmologie, et il était parvenu à la conclusion que la Raison humaine devait y renoncer définitivement. Que Kant eût raison ou non, ce renoncement devint très général chez les savants du XIXe siècle, sans, bien entendu, être universel ; on peut voir d'ailleurs qu'en fait, ce prétendu renoncement s'associait à une croyance en des hypothèses qui, sous leur apparence simple et évidente, étaient en réalité de portée cosmologique et auraient donc dû, en bonne logique, être soumise au doute. Mais enfin, la Totalité, la Causalité première, l'Origine, concepts si chargés d'histoire, hypothéqués par trop de réminiscences théologiques, déconsidérés par tant de vaines disputes, furent réputées « métaphysiques », c'est-à-dire inu­tiles et dangereuses, par les sciences et se trouvèrent bannies par principe des pensées du savant raisonnable. Il faut ajouter que le sondage de l'Univers astronomique révéla une telle immensité qu'oser le totaliser par la pensée paraissait relever de la mégalomanie spéculative ; et d'ailleurs, malgré les avertissements de Kant, l'infinité de l'Univers fut de plus en plus admise dans la Science et professée comme un véritable dogme."

 

Jacques Merleau-Ponty, Les Trois étapes de la cosmologie, Introduction, Robert Laffont, coll. Science nouvelle, 1971, p. 15-16.
 

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Date de création : 14/11/2022 @ 17:14
Dernière modification : 08/12/2022 @ 12:57
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