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Texte à méditer :  Soyez philosophe ; mais, au milieu de toute votre philosophie, soyez toujours un homme.  David Hume
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Hors des sentiers battus
La violence morale ; violence perverse et harcèlement

   "Quand on parle de violence, on pense avant tout à la violence directe ou violence physique qui est une violence identifiable par tous. C'est même une violence médiatique que l'on montre au journal télévisé, et qui peut donner lieu des reportages et à des photos très émouvantes. Au contraire, la violence indirecte ou violence perverse ne se montre pas. Elle est beaucoup trop subtile. Elle agit de façon souterraine sans laisser de traces tangibles. On n'est d'ailleurs pas sûr de sa réalité. Parfois il est difficile de distinguer qui est l'agresseur et qui est l'agressé, alors, sous prétexte de stricte objectivité ou de refus de porter un jugement moral, on préfère l'ignorer. Non seulement la violence perverse est difficile à repérer par des témoins extérieurs, mais surtout elle est niée par l'agresseur qui refuse de porter la responsabilité du problème, et qui reporte toute la culpabilité sur la victime. Le déni de la violence tant par l'agresseur que par les témoins, ainsi que le fait que la honte empêche la victime d'en parler, constituent une violence supplémentaire puisque celle-ci n'arrive pas à se faire entendre. Cela engendre en retour chez elle une violence réactive qui, elle, est facile à repérer.
  Comment définir la violence perverse et le harcèlement ? Le harcèlement est un phénomène de destruction insidieux réalisé par un individu, sur un autre individu, au moyen de procédés indirects avec des gestes ou des paroles de mépris, d'humiliation, et de disqualification, cela de façon fréquente et sur une longue période. Même si tout un groupe ou une famille est entraîné, le point de départ vient d'un individu qui utilise des procédés pervers au sens de la perversité morale, le propre de la perversité étant de ne pas considérer l'autre comme une personne digne de respect, mais comme un objet utilisable que l'on peut écraser sans scrupules. Il s'agit pour l'agresseur de se grandir en rabaissant les autres et ainsi de s'éviter tout conflit intérieur, en faisant porter aux autres la responsabilité de ce qui ne va pas. Un individu pervers puisqu­'il n'a pas d'état d'âme ne tient aucunement compte des autres ; la seule chose qui l'intéresse est de parvenir au pouvoir ou de s'y maintenir en masquant ses incompétences ou ses faiblesses. Une société où l'on peut prendre puis jeter les gens sans risque de rencontrer des problèmes encourage les comportements pervers. On tend à y considérer les perso­nnes comme des pions qu'on peut déplacer, pousser ou détruire à volonté. Le laxisme social, qui a tendance à laisser faire, finalement encourage ce type de relations.

  La violence perverse, c'est le refus de l'autre en tant que personne. Il n'y a pas là de combat, pas même de conflit, il s'agit seulement de se débarrasser de quelqu'un qui gêne. Le harcèlement débute de façon anodine puis se propage de façon insidieuse. Ensuite les attaques se multiplient, la victime est régulièrement acculée, mise en état d'infériorité, soumise à des manœuvres hostiles ou dégradantes, jusqu'à ce qu'elle craque et tombe malade. Il s'agit bien là d'un comportement de prédation visant à détruire une personne. C'est une violence asymétrique où l'un domine l'autre qui n'a aucun moyen de se défendre. Celui qui domine utilise la violence pour rester dans sa position de toute-puissance, et pour lui, l'agression n'est que l'instrument lui permettant d'obtenir ou de garder ce qu'il désire, à savoir le pouvoir. Il s'agit d'une violence froide. Les marques d'hostilité n'appa­raissent pas dans des moments d'énervement ou de crise ; elles sont là de façon constante, permanente, à petites touches, tous les jours ou presque, pendant des mois, voire des années. Il n'existe pas de pauses qui pourraient permettre à la victime de récupérer. Elle doit rester là pour être frustrée en permanence, et pour qu'elle ne parte pas, on l'englue dans le doute et la culpabilité.
  Quel que soit le contexte (famille, lieu de travail...), les procédés de harcèlement sont très stéréotypés, et c'est d'ailleurs ce qui permet de les repérer et de les dénoncer. Dans le harcèlement, ce qui pose problème n'est pas apparent ; l'agresseur laisse planer une suspicion sur tout mais il refuse de nommer ce qui ne va pas : ce déni paralyse la victime et empêche de trouver une solution. Tout ce que peut dire la victime est déformé de façon à la mettre en faute ; elle est méprisée, raillée, humiliée, mais de façon subtile pour que d'éventuels témoins ne repèrent rien d'autre qu'une plaisanterie anodine. L'essentiel de l'agression se passe dans le registre de la communication non verbale, que seule la victime peut repérer : attitudes humiliantes, mimiques ironiques, regards méprisants, évitements de regards, ou bien dans des paroles à peine formulées : insinuations, allusions, sous-entendus, ou bien encore par des paroles qui dénigrent les opinions, les valeurs, les actions de l'autre. Mais surtout par des procédés dialectiques paradoxaux, par exemple dire une chose violente sur un ton très aimable ou dire une chose anodine sur un ton terrifiant, l'agresseur déstabilise sa proie en la faisant douter de ses pensées, de ses affects, et il la culpabilise en la rendant responsable de ce qu'il lui fait subir. Il l'empêche ainsi de penser et de comprendre ce qui se passe et donc de se défendre."

 

Marie-France Hirigoyen, "Violence occulte et harcèlement moral", 1999, in Faut-il s'accommoder de la violence ?, 2000, Éditions Complexe, p. 35-37.


 

  "La violence perverse est d'abord niée par l'agresseur qui ne considère pas qu'il y a un problème. S'il traite l'autre de cette façon, c'est que celui-ci le mérite et que, par conséquent, il n'a pas le droit de se plaindre. L'autre n'est qu'un objet, à disposition, que l'on peut manipuler ou maltraiter à volonté. L'agresseur domine et sait mieux que quiconque ce qui est bon pour l'autre. C'est une violence exercée pour une bonne cause. On vous fait du mal parce qu'on vous veut bien. L'habillage des conduites aberrantes se réfère à l'éducation, à la stimulation, à l'ordre public, ou à la bonne marche de l'entreprise. Lorsque la violence perverse vise un enfant, elle prend bien souvent le masque de l'éducation : « C'est pour ton bien ! » Il s'agit de le faire obéir par la terreur ou la séduction au lieu de l'éduquer et de lui donner des repères. Et comme un enfant n'a pas la possibilité de nommer cette maltraitance, pas même de la repérer, la violence prend figure de norme. Le déni de la violence par l'adulte agresseur et la surdité psychique des témoins viennent étouffer la parole de l'enfant.
  Mais la violence perverse est également niée par l'entourage. D'abord les pervers savent si bien falsifier leur violence qu'ils arrivent très souvent à donner une bonne image d'eux-mêm­es. Que ce soit dans la famille ou dans le monde du travail, ces violences-là