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Là où se lève l'aube du bien, des enfants et des vieillards périssent, le sang coule.   Vassili Grossman


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Hors des sentiers battus
État et nation

  "Une complexe historicité pose ainsi l'équation : société = nation. La Nation précède l'État : elle est son berceau, elle fournit le territoire sur lequel s'exerce la souveraineté, où se proclame la légitimité ; elle est donc le cadre naturel de la communauté politique. Si l'historien constate que la nation et la nationalité ne mûrissent pas spontanément, à la manière des œuvres de la nature, de sorte que le pouvoir politique et son intervention contribuent à former l'unité nationale, il parle d'interaction pour mieux établir la priorité historique et logique de la Nation sur son État. L'État passe donc pour le fruit, pour l'enfant chéri de la Nation, accouché toutefois par la violence, révolutions, guerres.
[...] L'Ancien Régime, aidant la Nation dans son ardente et belle jeunesse à traverser quelques crises graves, pose les fondements de l'État centralisé, rationnel. Pendant cet « Ancien Régime » et sous sa tutelle, croissait la force nouvelle, à la fois économique, sociale, politique et idéologique, qui devait le briser : la bourgeoisie, classe montante en même temps que le mode de production capitaliste [...]. La révolution, en France, a parachevé l'œuvre de l'Ancien Régime, en délivrant cette œuvre des limites étroites dans lesquelles la maintenait la monarchie. De cette révolution, le caractère contradictoire (le conflit entre la démocratie et la bourgeoisie) devait mettre un ou deux siècles à se manifester pleinement. Au début, la rationalité de l'État et de son rapport avec sa terre-mère, la Nation, se proclame avec éclat. Une nouvelle Trinité : Nation-État-Raison, remplace la Trinité chrétienne. Ce qu'acclament la Convention, Robespierre et les jacobins. Puis Napoléon achève l'œuvre, en accentuant la centralisation étatique, en codifiant la société [...].

  Dans le Logos européen, on l'a vu, la Nation se présente comme le lieu de l'État, comme l'histoire qui le façonne et qu'il façonne (histoire économique et militaire, événementielle et insttutionnelle, indissolublement) [...].
  Un siècle et demi plus tard, en va-t-il ainsi dans la foule bigarrée des États-Nations ou prétendus tels ? Non, de loin. Le rapport rationnel tend pour le moins à s'inverser. Tout se passe dans beaucoup de cas comme si l'État précédait et modelait la Nation, à partir d'agrégats passablement informes d'ethnies, de peuples, de groupes, méritant difficilement le titre (fallacieux) de nation au sens européen. Dans ces conditions, la bourgeoisie ne précède pas l'État : elle en procède, ainsi que la classe moyenne et les cadres bureaucratiques."

 

Henri Lefebvre, De l'État, 1976, tome I, 10/18.

 

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Date de création : 27/02/2024 @ 09:00
Dernière modification : 27/02/2024 @ 09:00
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