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Le langage comme fondement de la culture

"Le problème des rapports entre langage et culture est un des plus compliqués qui soient. On peut d'abord traiter le langage comme un produit de la culture : une langue, en usage dans une société, reflète la culture générale de la population. Mais en un autre sens, le langage est une partie de la culture ; il constitue un de ses éléments, parmi d'autres. Rappelons-nous la définition célèbre de Tylor [1], pour qui la culture est un ensemble complexe comprenant l'outillage, les institutions, les croyances, les coutumes et aussi, bien entendu, la langue. Selon le point de vue auquel on se place, les problèmes posés ne sont pas les mêmes. Mais ce n'est pas tout : on peut aussi traiter le langage comme condition de la culture, et à un double titre : diachronique [2] puisque c'est surtout au moyen du langage que l'individu acquiert la culture de son groupe ; on instruit, on éduque l'enfant par la parole ; on le gronde, on le flatte avec des mots. En se plaçant à un point de vue plus théorique, le langage apparaît aussi comme condition de la culture, dans la mesure où cette dernière possède une architecture similaire à celle du langage. Une et l'autre s'édifient au moyen d'oppositions et de corrélations, autrement dit, de relations logiques. Si bien qu'on peut considérer le langage comme une fondation, destinée à recevoir les structures plus complexes parfois, mais du même type que les siennes, qui correspondent à la culture envisagée sous différents aspects."

 

Claude Lévi-Strauss, « Linguistique et anthropologie » (1953), in Anthropologie structurale, Éd. Plon, 1958, p. 78-79.


[1] Edward Burnett Tylor : ethnologue britannique (1832-1917).

[2] Du point de vue de l'évolution dans le temps.


 

 

    "Le langage est une partie de la culture, à plusieurs titres ; d'abord parce que le langage est l'une ce ces aptitudes ou habitudes que nous recevons de la tradition externe ; en second lieu parce que le langage est l'instrument essentiel, le moyen privilégié par lequel nous nous assimilons la culture de notre groupe. […] Un enfant apprend sa culture parce qu'on lui parle : on le réprimande, on l'exhorte, et tout cela se fait avec des mots ; enfin et surtout, parce que le langage est la plus parfaite de toutes les manifestations d'ordre culturel qui forment, à un titre ou à l'autre, des systèmes et si nous voulons comprendre ce que c'est que l'art, la religion, le droit, peut-être même la cuisine ou les règles de politesse, il faut les concevoir comme des codes formés par l'articulation de signes, sur le modèle de la communication linguistique".

 

Georges Charbonnier, Entretiens avec Claude Lévi-Strauss, Librairie Plon, Paris 1969.

 


 

 

  "Georges CHARBONNIER. - Quel est le signe que l'on admet comme représentatif de la culture? Le signe le plus humble ?

  Claude LÉVI-STRAUSS. - Pendant très longtemps, on a pensé et beaucoup d'ethnologues pensent peut-être encore que c'est l'homme comme homo faber, fabricateur d'outils, en voyant dans ce caractère la marque même de la culture. J'avoue que je ne suis pas d'accord et que l'un de mes buts essentiels a toujours été de placer la ligne de démarcation entre culture et nature, non dansl'outillage, mais dans le langage articulé. C'est là vraiment que le saut se fait ; supposez que nous rencontrions, sur une planète inconnue, des êtres vivants qui fabriquent des outils, nous ne serions pas sûrs pour autant qu'ils relèvent de l'ordre de l'humanité. En vérité, nous en rencontrons sur notre globe, puisque certains animaux sont capables, jusqu'à un certain point, de fabriquer des outils ou des ébauches d'outils. Pourtant, nous ne croyons pas qu'ils aient accompli le passage de la nature à la culture.

  [...] Je pense que tout problème est de langage, nous le disions pour l'art. Le langage réapparaît comme le fait culturel par excellence, et cela à plusieurs titres ; d'abord parce que le langage est une partie de la culture, l'une de ces aptitudes ou habitudes que nous recevons de la tradition externe ; en second lieu, parce que le langage est l'instrument essentiel, le moyen privilégié par lequel nous nous assimilons la culture de notre groupe... un enfant apprend sa culture parce qu'on lui parle ; on le réprimande, on l'exhorte, et tout cela se fait avec des mots ; enfin et surtout, parce que le langage est la plus parfaite de toutes les manifestations d'ordre culturel qui forment, à un titre ou à l'autre, des systèmes, et si nous voulons comprendre ce que c'est que l'art, la religion, le droit, peut-être même la cuisine ou les règles de la politesse, il faut les concevoir comme des codes formés par l'articulation de signes, sur le modèle de la communication linguistique."

 

Georges Charbonnier, Entretiens avec Lévi-Strauss (1961), Éd. 10/18, 1969, p. 182-184.


 
 "En posant l'homme dans sa relation avec la nature ou dans sa relation avec l'homme, par le truchement du langage, nous posons la société.
 Cela n'est pas coïncidence historique mais enchaînement nécessaire. Car le langage se réalise toujours dans une langue, dans une structure linguistique définie et particulière, inséparable d'une société définie et particulière. Langue et société ne se conçoivent pas l'une sans l'autre. L'une et l'autre sont données. Mais aussi l'une et l'autre sont apprises par l'être humain, qui n'en possède pas la connaissance innée. L'enfant naît et se développe dans la société des hommes. Ce sont des humains adultes, ses parents, qui lui inculquent l'usage de la parole. L'acquisition du langage est une expérience qui va de pair chez l'enfant avec la formation du symbole et la construction de l'objet. Il apprend les choses par leur nom ; il découvre que tout a un nom et que d'apprendre les noms lui donne la disposition des choses. Mais il découvre aussi qu'il a lui-même un nom et que par là il communique avec son entourage. Ainsi s'éveille en lui la conscience du milieu social où il baigne et qui façonnera peu à peu son esprit par l'intermédiaire du langage.
 À mesure qu'il devient capable d'opérations intellectuelles plus complexes, il est intégré à la culture qui l'environne. J'appelle culture le milieu humain, tout ce qui, par-delà l'accomplissement des fonctions biologiques, donne à la vie et à l'activité humaine forme, sens et contenu. La culture est inhérente à la société des hommes, quel que soit le niveau de civilisation. Elle consiste en une foule de notions et de prescriptions, aussi en des interdits spécifiques; ce qu'une culture interdit la caractérise au moins autant que ce qu'elle prescrit. Le monde animal ne connaît pas de prohibition. Or, ce phénomène humain, la culture, est un phénomène entièrement symbolique. La culture se définit comme un ensemble très complexe de représentations, organisées par un code de relations et de valeurs : traditions, religion, lois, politique, éthique, arts, tout cela dont l'homme, où qu'il naisse, sera imprégné dans sa conscience la plus profonde et qui dirigera son comportement dans toutes les formes de son activité, qu'est-ce donc sinon un univers de symboles intégrés en une structure spécifique et que le langage manifeste et transmet ? Par la langue, l'homme assimile la culture, la perpétue ou la transforme. Or comme chaque langue, chaque culture met en œuvre un appareil spécifique de symboles en lequel s'identifie chaque société. La diversité des langues, la diversité des cultures, leurs changements, font apparaître la nature conventionnelle du symbolisme qui les articule. C'est en définitive le symbole qui noue ce lien vivant entre l'homme, la langue et la culture."
 
Émile Benvéniste, Problèmes de linguistique générale, t. I, Éd. Gallimard, 1966, p. 29-30.


 
 "Dès qu'il y a parole, il y a société, c'est-à-dire la mise en œuvre par un groupe d'individu d'actions coordonnées. Différenciées et planifiées, en vue de se représenter ou d'intervenir sur le monde, sur le groupe et sur lui-même. La spécificité de l'homme, à la différence des animaux, est qu'il est obligé de « faire société », qu'il lui faut faire un effort, un travail, une intervention délibérée pour maintenir une cohésion sociale. Les sociétés humaines ont cette particularité de se déliter assez vite si le lien social n'est pas entretenu. Ce n'est pas le cas des « sociétés animales ». La différence est essentielle.
 La société animale tient debout tant que ses membres observent les registres comportementaux propres à l'espèce. Même si l'animal, parce qu'il est un être vivant (et non une machine), accède à sa manière à certaines formes de conscience, il ne connaît ni la violence (que le lion mange la gazelle n'est pas en soi une violence), ni la guerre civile, ni la guerre entre espèces. À 'intérieur d'une même espèce, les registres comportementaux varient peu selon les groupes, et les membres qui les composent interprètent ces registres de façon très peu individualisée. En somme, les animaux ne connaissent ni la société, ni l'individu, mais plutôt la communauté de l'instinct.
 Comme le rappelle Gusdorf, « l'animal ne connaît pas le signe, mais le signal seulement, c'est-à-dire la réaction conditionnelle à une situation reconnue dans sa forme globale, mais non analysée dans son détail. Sa conduite vise l'adaptation à une présence concrète à laquelle il adhère par ses besoins, ses tendances en éveil, seuls chiffres pour lui, seuls éléments d'intelligibilité offerts par un événement qu'il ne domine pas, auquel il participe »[1]. L'animal, donc, ne parle pas. Et s'il ne parle pas, pour le dire autrement, c'est qu'il n'a tout simplement rien à dire. La parole est bien l'axe d'une discontinuité radicale entre l'animal et l'homme."
 
Philippe Breton, Éloge de la parole, 2003, La Découverte / Poche, 2007, p. 102.

[1] Georges Gusdorf, La parole, PUF, Paris, 1952, p. 10.
 

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Date de création : 27/07/2007 @ 15:17
Dernière modification : 09/02/2021 @ 14:43
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