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Texte à méditer :   Là où se lève l'aube du bien, des enfants et des vieillards périssent, le sang coule.   Vassili Grossman
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Hors des sentiers battus
Connaissance de l'art et connaissance par l'art

    "[…] l'art n'apporte plus aux besoins spirituels cette satisfaction que des époques et des nations du passé y ont cherchée et n'ont trouvée qu'en lui - satisfaction qui, au moins sous le rapport de la religion, était très intimement liée à l'art. Les beaux jours de l'art grec, l'âge d'or du Moyen Âge tardif ne sont plus. Le degré qu'a atteint le développement de la réflexion dans notre vie actuelle fait que nous avons besoin, du point de vue tant de la volonté que du jugement, de retenir des perspectives universelles et de soumettre le particulier à leur régulation, de sorte que les formes, lois, devoirs, droits et maximes universels valent comme principes déterminants et gouvernent presque tout. Mais, en ce qui concerne l'intérêt et la production artistiques, nous exigeons, en général plutôt une vie où l'universel ne soit pas présent comme loi ou comme maxime, mais agisse de concert avec le coeur et la sensation en ne faisant qu'un avec eux - de même que dans l'imagination l'universel et le rationnel sont contenus comme étant unis à un phénomène sensible concret. C'est pourquoi notre époque, en raison de sa condition générale, n'est pas propice à l'art. [...]

    Sous tous ces rapports, l'art est et reste pour nous, quant à sa destination la plus haute, quelque chose de révolu. Il a de ce fait perdu aussi pour nous sa vérité et sa vie authentiques, et il est davantage relégué dans notre représentation qu'il n'affirme dans l'affectivité son ancienne nécessité et n'y occupe sa place éminente. Ce que les oeuvres d'art suscitent à présent en nous, outre le plaisir immédiat, est l'exercice de notre jugement : nous soumettons à l'examen de notre pensée le contenu de l'oeuvre d'art et ses moyens d'exposition, en évaluant leur mutuelle adéquation ou inadéquation. C'est pourquoi la science de l'art est bien plus encore un besoin à notre époque qu'elle ne l'était au temps où l'art pour lui-même procurait déjà en tant que tel une pleine satisfaction. L'art nous invite à présent à l'examiner par la pensée, et ce non pas pour susciter un renouveau artistique, mais pour reconnaître scientifiquement ce qu'est l'art."


Hegel, Cours d'Esthétique I (1827), trad. J.-P. Lefebvre et V. von Schenk, Éd. Aubier, coll. « Bibliothèque philosophique », 1995, pp. 17-19.



    "Qu'est-ce que la vie ? À cette question toute oeuvre d'art véritable et réussie répond à sa manière et toujours bien. Mais les arts ne parlent jamais que la langue native et enfantine de l'intuition, et non le langage abstrait et sérieux de la réflexion : la réponse qu'ils donnent est toujours ainsi une image passagère, et non une idée générale et durable. C'est donc pour l'intuition que toute oeuvre d'art, tableau ou statue, poème ou scène dramatique, répond à cette question ; la musique fournit aussi sa réponse, et plus profonde même que toutes les autres, car, dans une langue immédiatement intelligible, quoique intraduisible dans le langage de la raison, elle exprime l'essence intime de toute vie et toute existence. Les autres arts présentent tous ainsi, à qui les interroge, une image visible, et disent : Regarde, voilà la vie ! Leur réponse, si juste qu'elle puisse être, ne pourra cependant procurer toujours qu'une satisfaction provisoire, et non complète et définitive. Car ils ne nous donnent jamais qu'un fragment, un exemple au lieu de la règle ; ce n'est jamais cette réponse entière qui n'est fournie que par l'universalité du concept. Répondre en ce sens, c'est-à-dire pour la réflexion et in abstracto, apporter une solution durable et à jamais satisfaisante de la question posée, tel est le devoir de la philosophie. En attendant, nous voyons ici sur quoi repose la parenté de la philosophie et des beaux-arts, et nous pouvons en inférer jusqu'à quel point les deux aptitudes se rejoignent à leur racine, si éloignées qu'elles soient par la suite dans leur direction et leurs éléments secondaires."


Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation (1818), trad. Ross, P.U.F, 1998.



    "L'opinion répandue par les esthéticiens, selon laquelle l'oeuvre d'art en tant qu'objet de contemplation immédiate doit être comprise uniquement à partir d'elle-même, ne résiste pas à l'examen. Elle ne trouve pas seulement ses limites dans les présupposés culturels d'une oeuvre, dans son « langage » que seul un initié est en mesure de suivre. Même lorsque de telles difficultés ne se présentent pas, l'oeuvre d'art demande plus que le simple abandon en elle-même. Celui qui veut déceler la beauté de La Chauve-souris doit savoir que c'est La Chauve-souris : il faut que sa mère lui ait expliqué qu'il ne s'agit pas seulement de l'animal ailé, mais d'un costume de bal masqué ; il faut qu'il se rappelle qu'on lui a dit : demain nous t'emmenons voir La Chauve-souris. Être inséré dans la tradition signifierait : vivre l'oeuvre d'art comme quelque chose de confirmé, dont la valeur est reconnue, participer, dans le rapport que l'on a avec elle, aux réactions de tous ceux qui l'ont vue auparavant. Si toutes ces conditions viennent à manquer, l'oeuvre apparaît dans toute sa nudité et sa faillibilité. L'action cesse d'être un rituel pour devenir une idiotie, la musique, au lieu d'être le canon de phrases riches de sens, paraît fade et insipide. Elle a vraiment cessé d'être belle."


Theodor W. Adorno, Minima Moralia (1951), VI, trad. E. Kaufholz, Payot & Rivages, 1993.


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Date de création : 07/10/2007 @ 18:49
Dernière modification : 17/11/2007 @ 16:14
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